Gilles Ribouet
31 Juillet 2008
Port Louis — Les résultats s'améliorent mais restent modestes. Mais les autorités veulent étendre le concept ZEP dans des écoles similaires. Lutte contre la pauvreté et éducation sont liées. Reste à voir les nouveautés promises pour améliorer le concept.
L'école de Barkly est une des écoles ZEP à démontrer des progrès. Ce concept est appelé à être étendu à des écoles ayant le même profil. Malgré le nouveau concept ZEP+, peu de changements pointent à l'horizon.
Elitiste. Laissant sur le carreau de nombreux enfants. Et dans trois mois, à nouveau les examens du CPE dont les résultats démontreront les avancées ou les carences de la politique éducative. Les zones d'éducation prioritaire (ZEP) doivent faire l'objet d'une attention particulière. Les élèves qui fréquentent ces établissements partent avec des handicaps qu'on ne peut occulter.
Les ZEP se situent dans les régions défavorisées, où les maux sociaux sont exacerbés, où le manque d'équipements publics peut constituer une limite dans les activités scolaires ou extra-scolaires. De fait, l'absentéisme est plus fort et surtout, les résultats aux examens du CPE sont faibles. Pour rappel, ce sont bien les résultats au CPE qui définissent le classement en ZEP. Trois années consécutives avec des taux de réussite inférieurs à 40 % entérinent ce classement.
Toutefois, ce seul critère ne peut suffire à identifier une ZEP. Des indicateurs sociaux précis, tels l'analphabétisme ou les revenus des ménages doivent être pris en compte afin d'embrasser toutes les régions. La tentation, aisée, de croire qu'une seule communauté est visée par les ZEP s'est faite jour, concède un fonctionnaire requérant l'anonymat.
De fait, on ne peut fermer les yeux sur les autres écoles qui rencontrent les mêmes difficultés. A l'heure actuelle, 27 écoles sont classées comme ZEP (voir carte). Celles-ci se situent principalement en milieu périurbain, autrement dit dans les cités ouvrières entre Rose-Hill et Roche-Bois. Pourtant, force est de reconnaître que de nombreuses écoles primaires en milieu rural manquent cruellement de moyens tant techniques qu'en termes de ressources humaines.
Leadership et gestion des ressources
La gestion des ressources humaines et physiques est centrale à la réussite du concept ZEP. A cet effet, le cas de l'école Jean Eon à Grand-Gaube est éloquent. Unique établissement du Bureau de l'éducation ccatholique (BEC) à être classé parmi les écoles ZEP, cette école se signale par un taux de réussite qui a pris la courbe ascendante à la différence de bien d'autres écoles. Comment s'explique cette réussite?
La recette, précise Gilberte Chung, directrice du BEC, se trouve au niveau du management. «Un bon leadership qui stimule une équipe d'enseignants motivés est une condition primordiale. Parallèlement, tout aussi importants sont le Food Feeding Program et l'engagement des parents. Il faut également s'assurer de la participation de la communauté et du secteur privé», explique Gilberte Chung.
Par contre, les établissements publics souffrent définitivement de certaines carences. Par exemple, l'avis du personnel enseignant appelé à travailler dans les écoles ZEP n'est pas recherché. Ce qui n'est pas pour assurer l'engagement au travail malgré une allocation spéciale versée à ces enseignants pour qu'ils exercent au sein de ces écoles.
Le cas de l'école du Morne, soulevé par le leader de l'opposition le 22 juillet dernier à l'Assemblée nationale, est l'illustration la plus éloquente de ces non-ZEP dont les besoins sont criants. Le taux de réussite au CPE en 2007 n'atteint que 8 % alors qu'il était de 41 % l'année précédente. Si le ministre de l'Education, Dharam Gokhool, a affirmé prendre en charge «personnellement» le dossier, c'est surtout l'évocation d'un nouveau concept qui est à retenir : la ZEP +, ou comment soutenir les écoles non-ZEP qui présentent les mêmes caractéristiques.
Les écoles ZEP tombent sous la responsabilité d'un conseil d'administration présidé par le ministre de l'éducation. Un budget est alloué spécifiquement à ces établissements. A l'inverse, les ZEP + ne pourront obtenir de financement de cette enveloppe, fait-on ressortir au ministère de l'éducation. A part cela, quelle nouveauté donc?
Partager des pratiques avec les écoles non-ZEP
«Nous avons identifié de bonnes pratiques dans les ZEP, des pratiques pédagogiques et éducatives qui ont apporté des résultats. Notre objectif est donc de partager ces bonnes pratiques avec les écoles non-ZEP. Par exemple, les cours de formation continue dispensés au personnel enseignant de lower primary des ZEP sera étendu aux écoles non-ZEP. C'est l'un des points les plus importants du concept de ZEP +», avance un fonctionnaire du ministère de l'Education.
L'attention particulière portée aux écoles non-ZEP engendre des coûts d'opération. Ceux-ci seront pris en charge par un partenariat public (ministère)-privé. «Un protocole d'accord a été signé à ce sujet.» Dans la droite ligne de la Responsabilité sociale des entreprises (RSE), de nouveaux acteurs privés sont appelés à soutenir les écoles non-ZEP en difficulté dans leurs alentours. C'est un moyen pour l'Etat d'économiser sur ses lignes budgétaires tout en étendant le concept de ZEP et tenter de réduire par l'éducation les disparités socioéconomiques régionales. «Il y a deux volets dans les programmes ZEP et ZEP +, d'une part l'amélioration des performances, et d'autre part, la lutte contre la pauvreté», précise-t-on au ministère de l'éducation.
«Les projets financés par les entreprises privées de la zone seront assurés par le personnel enseignant. N'oublions pas que la grande différence est aussi que les enseignants des ZEP dispose d'une incentive allowance, ce qui ne sera pas le cas pour ceux des écoles non-ZEP», souligne-t-on au ministère de l'éducation. Les projets des opérateurs privés visent aussi bien les aspects éducatifs et pédagogiques que les aspects sociaux.
Depuis 2005, le Programme des Nations Unies (PNUD) est partie prenante du dossier ZEP après avoir mené une première évaluation. «A partir de cette année, nous nous concentrons sur les aspects pédagogiques, notamment en faisant rentrer l'UNESCO dans le programme», souligne-t-on au PNUD. «Il faut bien voir que la nouveauté tient aussi à une plus grande flexibilité des critères. L'essentiel est d'élargir le concept à des écoles qui présentent les mêmes profils mais qui ne remplissent pas tous les critères pour être ZEP.»
Poursuivant, notre interlocuteur indique que les ZEP bénéficient d'un parrainage de la part d'entreprises privées. Il s'agit donc dans le cas des ZEP + d'élargir l'adhésion des entreprises à ce projet dans la logique de la RSE. «Ce sont de nouvelles entreprises qui seront appelées à apporter un soutien, davantage technique que financier très certainement.»
Quoi qu'il en soit, l'important est de permettre à des écoles telles que celle du Morne d'améliorer leurs résultats, en soutenant le personnel enseignant dans sa mission, en intégrant les parents dans le parcours pédagogique de l'enfant et en combattant l'absentéisme. Le projet ZEP + semble bien ambitieux.
Les résultats de certaines ZEP apportent du crédit à ces ambitions. Toutefois, d'autres questions restent en suspens. Qu'en est-il du rôle des parents-médiateurs ? Quel partage de tâches entre les différents acteurs pour les ZEP + alors qu'il manque déjà un coordonnateur pour le dossier ZEP? Surtout, lorsqu'une école a réussi à dépasser les 40 % de réussite au CPE doit-elle sortir du cadre spécifique des ZEP et ne plus bénéficier des avantages du programme ? Le risque serait que le soutien, s'il porte ses fruits, pénalise paradoxalement des écoles qui ont besoin de renforcer durablement leurs résultats.
Des résultats qui expliquent la diffusion du modèle ZEP
Dans un premier temps, 23 écoles non-ZEP ont été identifiées, auxquelles s'ajouteront 50 autres d'ici la rentrée de janvier 2009, dans un second temps. Selon le ministère, la recette est payante. Dans les ZEP, l'absentéisme a reculé de 7 % (22 % en 2003, 15 % en 2007) et le taux de réussite aux épreuves du CPE est passé de 31 % en 2003 à 36 % en 2007. D'où l'intérêt de la diffusion du modèle. Mise en place sous l'ancien gouvernement, la formule ZEP, malgré des couacs et des faiblesses, s'avère plutôt réussie dans certains cas. Le ministère, qui s'est fixé un objectif de 38 % de réussite au CPE pour l'ensemble des ZEP, se montre même «confiant pour cette année et pense même être mesure d'aller au-delà de l'objectif dès cette année». Toutefois, on est en droit de se poser la question de l'engagement de l'ensemble des acteurs affiliés ? Par exemple, les inspecteurs qui ne perçoivent pas d'allocation spécifique comme les enseignants des ZEP trouvent-ils la motivation nécessaire à collaborer au mieux avec les établissements concernés ? C'est une question que se pose un enseignant de ZEP. Les ZEP + viennent donc, à juste titre, renforcer la lutte contre la pauvreté qui incombe essentiellement au ministère des Finances. L'aspect éducation est l'une des pierres angulaires de ce vaste chantier. Reste que l'extension du modèle de ZEP à d'autres établissements doit bien répondre à des exigences spécifiques en innovant dans la manière de faire.
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