Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: John Nimis « La musique Congolaise est caractérisée par le sébène »

JND

31 Juillet 2008


Kinshasa — Le chercheur américain John Nimis a livré sa perception de la musique congolaise. Ins­tallé à Kinshasa depuis quelques temps, ce boursier a réalisé, dans son approche, une série de recherches pour mieux comprendre la musique congo­laise. En dépit de son oreille étrangère, le chercheur a cons­taté que la musique congolaise est caractérisée par le «sébène» le rythme saccadé.

Pour John Nimis, la musique congo­laise est une rituelle de fête. Et dans la thématique des chan­sons, l'amour occupe une place de choix mais avec un peu de mélancolie. Sauf que dans cette approche thématique, les musi­ciens congolais ont en général une perception un peu originale de l'amour, a souligné le cher­cheur américain.

Il ajoute que l'artiste musicien congolais a ten­dance à personnifier l'amour par des métaphores percutantes. De Franco Luambo Simaro à Ferré Gola, en passant par le Zaïko Langa Langa et Wenge Musica BCBG 4X4 Tout Terrain, le récit de chan­sons de musiciens congolais émet habituellement les problèmes d'amour, et par hasard quelques faits de société, bien que souvent inexploités.

Cela contrairement au caractère de l'occidental qui est discret dans ses sentiments amoureux. «Bolingo ezanga misu» (L'amour est aveugle); «Nzambe ayebi pona nini asala bolingo» (Dieu seul sait pourquoi il a crée l'amour...) a chanté Lutumba; «Bolingo eleki ezui ngai nzoto»; (L'amour aussi fort me vide le corps) chantonne Kester Emeneya ; «Mpinzoli eleki molayi ya cravate» (Les larmes qui coulent, dépassent la lon­gueur de la cravate) fredonne Fally Ipupa dans son album «Droit chemin».

De ses travaux de recherches singulièrement sur la thématique de l'amour, John Nimis dégage une perception de méfait en amour. Le narrateur amoureux s'acharne sur l'amour comme sur une personne qui vit. Par ailleurs, l'interprète vide le sens de la chanson. La thématique vit dans le contexte de la langue de la chanson. Par­tant du conte. La chanson, à l'exemple de ce cri de « Quartier Latin International, «Pipi pi ya ofele» (Pon pon c'est gra­tuit), ramène le mélomane à l'épo­que ou l'armée congolaise avait disponibilisé gratuitement ces camions pour alléger les difficul­tés de transport.

Pour mieux ap­préhender cette réalité, il faut être kinois, renchérit John Nimis. C'est donc le grand prob1ème de la traduction de cette musique. Seul, le lingala donne le sentiment vif,... Avec sa lanterne, John Nimis constate que la musique congo­laise est contradictoire alors que le tempo est joyeux et sa théma­tique triste. De ce constat, il déboule à un cercle vicieux. Pour comprendre cette musique, il faut comprendre la ville de Kinshasa et pour comprendre Kinshasa, il faut comprendre sa musique...

De ce fait, le chercheur constate que le musicien congolais est coupa­ble du nombrilisme. .11 est profon­dément enraciné dans le quotidien alors que sous d'autres cieux, la musique est flottante A Kinshasa, les musiciens sont intimes au public. il Y à une certaine com­plicité alors que aux Etats-Unis, c'est plutôt le contraire La musi­que congolaise a son public pas­sionné, c'est une musique popu­laire qui ne marche pas forcement avec l'industrialisation. Au niveau de l'harmonie, la musique congo­laise est simple. C'est une musi­que d'assimilation, caractérisée par des emprunts d'autres musi­ques.

Le chercheur John Nimis est candidat doctorant au département de fran­çais de l'Université de New York, où il fait sa spécialisation en littérature et culture francophone, avec un accent sur la culture populaire de l'Afrique centrale. Il a été boursier au programme Fulbright à Kinshasa, en Répu­blique démocratique du Congo.

Présentement, il est chercheur au Centre de recherche WISER à Johannesburg en Afrique du Sud, où il rédige sa thèse intitulée, «Literary Listenings Readings in Congolese Popular Music». John Nimis a fait des exposés sur la littérature Africaine et Caraïbe aux rencontres de l'Association de Littérature Africaine aux Etats-Unis et au Ghana.

Il est titulaire d'une maîtrise en musi­que de l'Université du Michigan et d'une maîtrise en français de l'Université de Miami (Ohio). Il a joué tout au long de sa carrière comme pia­niste (classique, jazz et salsa) et comme guitariste et chanteur aux Etats-Unis, aux Caraïbes et en Europe.

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