Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Yaoundé - Les casses continuent à Ntaba

Corinne Kadji (stagiaire)

31 Juillet 2008


Les démolisseurs de la Communauté urbaine étaient à nouveau sur les lieux hier matin.

Les démolitions ont continué mercredi 30 juillet 2008 au quartier Ntaba. C'est aux environs de 9h que les agents de la Communauté urbaine de Yaoundé (Cuy) sont arrivés avec leur engin pour continuer le travail commencé à la veille. Plus de la moitié des maisons avaient déjà été mises au sol et certaines personnes en voulaient énormément au délégué du gouvernement auprès de la Cuy, Gilbert Tsimi Evouna. " Il vient nous déguerpir à un mois de la rentrée scolaire, qu'allons nous faire maintenant ? J'ai quatre enfants à nourrir et à envoyer à l'école, je n'ai ni argent, ni où les loger. Je suis dépassé ", déclare Bonaventure Nzalé. " Il doit savoir que même dans les pays riches, il y a des bidonvilles. Yaoundé ne sera jamais comme Paris ", rajoute t-il.

Hier encore, des familles n'avaient pas totalement fait leurs bagages.

Pendant qu'on cassait, certains transportaient leurs effets sur le trottoir. Mais comme il n'y avait plus assez de place, d'autres les déposaient au petit terrain de foot situé au centre du quartier. Selon certains témoignages, dans la nuit d'avant-hier, des habitants de Ntaba ont dormi très tard parce qu'ils ramassaient encore des objets de valeur. Il y aurait même eu des cas de vols, " les gens sont venus d'ailleurs et ont fait croire aux sinistrés qu'ils devaient les aider à transporter leurs bagages. Comme tout le monde avait la tête ailleurs, ils en ont profité pour disparaître avec des téléviseurs, plaques à gaz, réchauds à pétrole et autres ", affirme Jean Paul Ndzana. Il rajoute : "on doit combattre la pauvreté et non les pauvres, tout le monde n'a pas de l'argent pour se construire dans de beaux quartiers. Présentement, je n'ai nulle part où aller, même pas à manger. Me voilà, handicapé de mon état, où vais-je vivre ? Si quelqu'un a pitié de moi, qu'il me vienne en aide ".

D'après les déclarations d'une jeune femme qui a requis l'anonymat, plusieurs familles ont dormi à la belle étoile parce qu'elles n'avaient pas trouvé un endroit où passer la nuit. Le collège Adventiste a même ouvert ses portes aux infortunés et depuis avant-hier, certaines personnes y séjournent.

Au petit terrain de foot, certains habitants du quartier ont ouvert un petit marché, vendant ainsi des boissons gazeuses, de la bière et du vin de palme pour ceux qui aimeraient bien se rafraîchir, du pain et des grillades de viande. Non loin de là, des femmes préparent de la nourriture à l'air libre pour la vendre et gagner un peu d'argent. Les tôles et planches ne sont pas en reste. Les prix varient entre 800 et 3000Fcfa, 800 et 1500Fcfa. Tout dépend de la qualité du produit. " Si je vends du bois, c'est parce que j'ai besoin d'argent pour me trouver un logement ", déclare à nouveau Bonaventure Nzalé, le corps couvert de sueur à cause du transport des tôles et planches.

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