L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Pékin impute l'échec des négociations à l'Omc aux occidentaux

1 Août 2008


Port Louis — Les pays en développement ont rejeté la responsabilité de l'échec de cette réunion sur les pays riches, qui, selon eux, ont refusé de faire des concessions sur plusieurs dossiers.

L'Inde, qui a réclamé des mesures visant à soutenir les agriculteurs des pays émergents, est accusé d'avoir voulu surprotéger ses intérêts.

L'échec des négociations visant à aboutir à un accord mondial de libéralisation des échanges commerciaux est imputable à «l'égoïsme» des pays riches occidentaux, estime la Chine, tandis que son voisin japonais accuse les grands pays émergents.

Pour l'agence de presse officielle Chine nouvelle, les discussions de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à Genève ont capoté parce que les Etats-Unis et l'Union européenne n'ont pas voulu renoncer aux subventions qu'ils versent à leurs agriculteurs.

Le Japon reporte la paternité de l'échec sur la Chine et l'Inde qui n'auraient pas pris leurs responsabilités lors des négociations.Chine nouvelle estime que le coeur du problème réside dans la volonté des pays occidentaux de surprotéger leurs propres agricultures sans se soucier du sort de celles des économies émergentes.

Non seulement Washington et Bruxelles ont refusé de s'opposer aux lobbies américains et européens, mais ils ont aussi exercé une pression sur les pays pauvres pour qu'ils réduisent considérablement les taxes à l'importation et qu'ils ouvrent leurs marchés financiers aux banques et assureurs occidentaux, affirme l'agence chinoise.«Cet égoïsme et cette politique à courte vue ont provoqué l'échec des négociations de l'OMC, ce qui aura de nombreuses conséquences», estime Chine nouvelle.

L'agence de presse ajoute qu'en l'absence de nouvelles négociations et d'un accord sur ces questions, la communauté internationale aura sans doute du mal à régler d'autres problèmes cruciaux tels que le changement climatique, la hausse des prix de l'alimentation ou celle du pétrole.

«Franchement, il faut se demander si la Chine ou l'Inde ont pesé leurs déclarations et leurs actions à hauteur de leurs responsabilités et comment ils ont envisagé l'économie dans un contexte mondial en se concentrant autant sur leurs propres intérêts», a réagi mercredi Nobutaka Machimura, secrétaire général du gouvernement japonais.

L'Inde et la Chine, a-t-il dit, ont plus de pouvoirs aujourd'hui qu'elles n'en avaient lorsque les négociations du cycle de Doha ont été lancées, en novembre 2001. «En d'autres termes, leurs responsabilités sont également devenues plus importantes», a-t-il poursuivi. La Chine a elle aussi adressé quelques reproches à l'Inde sur la manière dont se sont achevées les négociations.

Laisser retomber la poussière

Chen Deming, le ministre chinois du Commerce, a déclaré qu'il regrettait que les discussions aient capoté en raison des oppositions entre deux pays, désignant sans les nommer l'Inde et les Etats-Unis.

En Inde au contraire, l'attitude de New Delhi n'est pas perçue comme obstructionniste.«Notre position a été claire dès le début: on ne peut pas remettre en question le niveau de vie des petits exploitants», déclare Nagesh Kumar, directeur général du cercle de réflexion Research and Information System for Developing Countries.

T.K Bhaumik, qui dirige le comité des affaires économiques de l'Association des chambres de commerce et de l'Industrie, estime quant à lui que la responsabilité de l'échec est à imputer conjointement à l'Inde, au Brésil, aux Etats-Unis et à l'UE et que le grand perdant est le multilatéralisme.«C'est une véritable déconvenue pour le multilatéralisme et il est clair que le multilatéralisme n'a pas d'avenir», a-t-il dit.

Ce reproche reflète les difficultés des négociations de l'OMC qui devaient concilier les 153 pays représentés à Genève. Chen Demming a d'ailleurs publié un communiqué dans lequel il indique que la Chine est prête à intensifier ses relations avec d'autres membres de l'OMC, en particulier avec les pays en développement.

En l'absence d'avancées aux discussions sur le cycle de Doha, le nombre d'accords préférentiels liant des pays de l'Asie et du Pacifique a explosé ces dernières années, et les experts pensent que cette tendance se poursuivra.

Dernier en date de ces accords bilatéraux, celui signé par le Chili et L'Australie mercredi à Canberra, quelques heures après l'échec des pourparlers à Genève.

Stephen Smith, le ministre australien des Affaires étrangères, a déclaré qu'il fallait laisser la poussière retomber sur ces négociations et trouver une solution pour aller de l'avant. «Avec les discussions sur le commerce mondial, le travail n'est jamais fait. C'est extrêmement décevant, mais nous savons tous deux que le Chili et l'Australie seront à l'avant-garde et en première ligne pour pousser la communauté internationale», a-t-il dit à des journalistes.

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