Nazim Esoof
1 Août 2008
Port Louis — Lorsqu'on s'attaque à l'inflation, c'est la croissance qui baisse. Lorsqu'on met l'accent sur la croissance, c'est l'inflation qui grimpe. Comment parvenir à un équilibre? La formule magique n'existe pas mais des pistes peuvent être explorées.
Entre 2000 et 2008, l'économie mauricienne a pris la balançoire avec, à ses deux extrêmes : l'inflation et la croissance (voir lexique). Pour s'en sortir, dirigeants politiques et experts économiques valsent avec les théories et les mesures.
Entre 2001 et 2005, l'inflation ne devait pas dépasser 6,4 %. Mais en même temps, la croissance stagnait, avec un taux plus élevé à 5,2 %. De 2006 à 2008, l'inflation prend l'ascenseur atteignant presque 9 %. Mais après des années d'une croissance réduite, la tendance est vers 6 % (voir les tableaux). Qu'est-ce qui explique donc ces mouvements inverses ?
Seraient-ils dus à des décisions politiques d'un gouvernement à un autre ou aux initiatives des responsables de la politique économique ? «Effectivement, il y a une certaine atonie de l'économie avec une croissance relativement faible et un taux élevé du chômage. En somme, l'activité économique est dynamique. Cela n'est pas la cause d'une quelconque décision du gouvernement en place. Il s'avérait qu'on ne trouvait pas les moyens d'activer la machine», répond à cet effet l'économiste Pierre Dinan.
Pour le chef économiste de la Banque centrale de Maurice (BoM), Hemraz Jankee, il faudrait éviter de trouver des motivations politiques dans les courbes contrastantes d'une période à une autre entre les taux d'inflation et de croissance. «Il y a des explications logiques et des situations ponctuelles qui influent sur les taux», précise-t-il en ce sens.
Croissance de qualité
Cependant, il est vrai, comme le précise Pierre Dinan, que les mesures prises en faveur de la réforme économique depuis 2005 vont faire grimper le taux d'inflation. «Mais c'est conjoncturel. Certains coûts augmentent pour remettre les choses en place. Au fond, la réforme vise à ramener la croissance», fait-il ressortir.
Cette réforme, ajoute-t-il, s'accompagne de la réforme du budget. Des aides budgétaires sont reçues en ce sens. Ce qui implique qu'une masse d'argent est injectée dans le pays. «Avec également le flux d'argent que garantit l'Integrated Resorts Scheme, projet initié par le précédent gouvernement, la masse monétaire s'en trouve accrue», explique Pierre Dinan.
L'inflation devient, dans un tel contexte, presque inévitable. Parallèlement, la croissance est en hausse. Pour cette année, le taux prévu par le Central Statistics Office, initialement, à 6 % a été ramené à 5,7 %. Ce qui est tout de même, assure Hemraz Jankee, au-dessus de la tendance générale. «Il n'y a pas ralentissement de l'activité économique même si le taux est revu à la baisse», estime-t-il. Dans le budget 2008-2009, la prévision tourne autour de 6,2 %. C'est ce qui amène la BoM à mettre désormais l'accent sur les moyens pour combattre l'inflation.
D'où la décision de hausser le Repo Rate après une politique continue de baisse (voir encadré). C'est d'ailleurs la tendance mondiale. Cela va-t-il inévitablement se faire au détriment de la croissance ? Ce n'est pas l'avis du chef économiste qui est convaincu que si on arrive à maîtriser l'inflation, on garantit la croissance. «Il faut lutter contre l'inflation, autrement le pouvoir d'achat va continuer à dégringoler», conclut-il à ce chapitre.
Pierre Dinan, de son côté, introduit le concept de croissance de qualité. Il explique le mécanisme. «On peut faire de la croissance en activant la machine économique interne, soit en effectuant des dépenses budgétaires importantes comme une hausse des salaires. Ce qui malheureusement ne s'accompagne pas d'une hausse de la productivité. Dans une économie ouverte comme Maurice, la qualité de la croissance passe en fait par les exportations», souligne-t-il.
Ramener l'inflation à un taux raisonnable tout en oeuvrant en faveur de la croissance, c'est le difficile exercice auquel experts et politiques se sont attelés.
L'importance du «Repo Rate»
Le «Repo Rate» (voir lexique), le taux directeur de la Banque centrale de Maurice (BoM), influe dans une grande mesure sur l'inflation et la croissance. Lorsque le taux d'intérêt est élevé, les agents économiques empruntent moins. Ce qui devrait freiner la création monétaire par les banques surtout lorsqu'elles donnent des crédits, et aussi réduire la consommation et l'investissement. Cela permet donc de réduire l'inflation mais il réduit aussi la croissance. L'inverse se produit lorsqu'il y a baisse du taux d'intérêt. La BoM a ainsi dû ces derniers temps revoir le «Repo Rate» en fonction des difficultés et des impératifs du moment. En mai de cette année, afin de soutenir les entreprises d'exportation, elle devait prendre la décision de baisser son taux directeur de 8,5 % à 8 %. C'était la troisième baisse depuis le début de l'année. Cependant avec un taux d'inflation qui ne cesse de croître, le 21 juillet dernier, le «Repo Rate» était revu à la hausse, passant de 8 % à 8,25 %. Face aux crises énergétiques et alimentaires, la BoM estimait qu'il fallait mettre l'accent sur la lutte contre l'inflation. Volte-face de la BoM ? Pour celle-ci, avec la révision à la hausse du taux de croissance - le Fonds monétaire international dans ses estimations de juillet dernier prévoyait que la croissance passerait de 3,7 %, comme il l'avait prévu en avril dernier, à 4,1 % pour l'année en cours - il fallait par conséquent se concentrer à réduire le taux d'inflation.
Lexique
Politique : Le financement de l'économie dépend des mesures prises. La politique monétaire, ce sont ces mesures prises par les banques centrales qui influent sur l'économie.
Repo Rate : C'est le taux directeur de la Banque centrale de Maurice. C'est le taux d'intérêt fixé auquel les autres banques achètent à la Banque centrale.
Inflation : Lorsque l'argent mis en circulation dépasse la quantité nécessaire, l'inflation s'ensuit. Ceci s'accompagne d'une hausse généralisée des prix et de la chute du salaire réel.
Croissance : Lorsqu'il y a une augmentation de la production, on parle de croissance qui fournit donc plus de biens et de services aux citoyens.
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