Raj Meetarbhan
1 Août 2008
Port Louis — Trop de ZEP tue les ZEP. Le concept de zones d'éducation prioritaires est en danger, parce qu'il se banalise.
A l'heure actuelle, il y a 27 écoles qui sont classées en ZEP. Le ministre de l'Education vient d'annoncer l'extension du modèle à de nouveaux établissements. Un projet baptisé ZEP + a été élaboré dans ce but. Dans un premier temps, ce sont 23 écoles non-ZEP qui seront concernées. 50 autres s'ajouteront à la liste d'ici la rentrée de janvier 2009.
Le projet initial avait été lancé en juillet 2003 par Steeve Obeegadoo, alors ministre de l'Education. Il visait à améliorer la qualité de l'éducation dans une trentaine d'écoles qui étaient reconnues comme des lieux d'échec scolaire. Malgré les bonnes intentions du gouvernement d'alors, cette expérience de discrimination positive en faveur des populations défavorisées n'a pas connu le succès escompté.
Tandis que le taux moyen de réussite au CPE, à l'échelle nationale a atteint 67 % l'année dernière, celui des écoles ZEP traîne sous la barre des 40 %. Depuis la mise en place du système, le taux n'a grimpé que de quelques points. Il est passé de 32,4 à 36,5 %, ce qui signifie qu'il y a piétinement. Le cas de l'école du Morne, soulevé par le leader de l'opposition à l'Assemblée nationale, est une illustration flagrante de l'incapacité de certaines écoles à rattraper leur retard. 8 % de ses élèves ont été reçus au CPE l'année dernière.
Plutôt que de réfléchir sur les lacunes du système et de revoir le modèle appliqué depuis la création des ZEP, le ministère veut appliquer la recette existante à un plus grand nombre d'écoles. Ce n'est pas ainsi qu'il va lutter contre l'échec scolaire. Au contraire, ce sera un gâchis total. Alors que des écoles en difficulté cherchent laborieusement leurs marques sur les chemins de la progression, les maigres ressources publiques qui leur sont consacrées vont être davantage dispersées. En effet, avec la décision de passer au ZEP+, le nombre d'écoles qui bénéficieront des dispositifs spéciaux jusqu'ici réservés aux seuls établissements classés en ZEP passera à environ une centaine.
La discrimination positive est un principe selon lequel il faut «donner plus à ceux qui ont le moins». Elle corrige les inégalités existantes et offre un moyen aux classes sociales défavorisées de sortir de la pauvreté. En octroyant les mêmes privilèges à l'ensemble de la population, le gouvernement dilue son action et fait perdre de son efficacité à une aide censée être sélective. La généralisation des avantages viole le principe de l'«affirmative action».
L'urgence est de renforcer les dispositifs conçus en 2003. Il faut revoir les pratiques d'évaluation des personnels affectés aux écoles ZEP, trouver des mesures incitatives pour les motiver, améliorer l'environnement des écoliers, etc. Il faut concentrer les moyens et les ressources investis si on souhaite que les ZEP deviennent des Zones d'Excellence Pédagogique.
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