Cheikhou Sarr
1 Août 2008
éditorial
Communication et propagande se confondent de plus en plus dans notre pays, ce constat procède de l'escalade de la campagne menée depuis les malheureux évènements survenus au cours du match Sénégal/Libéria. Certains acteurs des médias vont en guerre contre le pouvoir et ce conflit ouvert ne trouve, à nos yeux, aucune raison qui puisse justifier l'ampleur de la campagne. Il convient d'insister auprès des protagonistes de tous les bords sur la nécessité de revoir leur projet, son exécution et ses effets.
L'opinion nationale s'interroge sur l'ampleur du procédé parce que la presse s'est toujours attaquée à des citoyens, a détruit des ménages, a jeté l'opprobre sur des autorités de tout genre et, a enfin calomnié sans risque des Sénégalaises et des Sénégalais. L'injure, par exemple, par le biais de la presse engendre plus de mal et plus de méfaits qu'une matraque, fut-elle électrique, ou en bois, mais les populations du Sénégal ne se sont jamais soulevées, pour autant, contre les médias, ou engagé des épreuves physiques en vue de se venger. Comment dès lors expliquer cette inflation continue du matraquage engagé à l'encontre de l'Etat par le canal de certains médias ?
Examinons surtout quelques faits typiques pour comprendre les tendances comportementales provenant de la presse, mais aussi des pouvoirs publics. Les faits retenus sont les suivants : La création du Comité de défense et de protection des journalistes (Cdpj) et la publication d'une déclaration sous forme de manifeste diffusé au niveau national et international, la majorité des 'Une' supérieures de la quasi-totalité des journaux privés porte un bandeau de protestation contre l'impunité, la promptitude de la Rfm signalant le malheureux évènement afférant à la bastonnade des journalistes Kambel et Karamokho, la déclaration du ministre de l'Information, suivie de celle de son collègue de l'Intérieur et par la suite celle non moins bizarre du ministre de la Justice, la marche de protestation de Dakar, délocalisée dans toutes les régions du pays, les déclarations et invectives opposant le Cdpj et le pouvoir, et la récupération politicienne de cette situation par l'opposition regroupée autour du Front Siggil Sénégal, les incidents regrettables survenus à Chicago où Souleymane Jules Diop qui avance toujours avec le masque de journaliste, mais à qui on collerait facilement l'étiquette d'homme politique - M. Diop a d'ailleurs fait des pieds et des mains pour passer incognito -, certains collaborateurs de premier plan du chef de l'Etat ont, à leur tour, ajouté de l'huile sur le feu en organisant, au vu et au su de tout le monde, de surcroît en terre étrangère, une bastonnade bien en règle de Souleymane Jules Diop, même si ce dernier ne cesse d'occulter, de par son inconduite manifeste, les nobles valeurs de l'exaltant métier de journaliste.
Cessons maintenant de transposer des combats qui n'ont pas le même sens, encore moins la même texture. Notons que la propagande reste un moyen de mobilisation politique et sociale, si elle n'affecte pas l'ordre social national, ou n'entrave en aucune façon l'équilibre des pouvoirs institutionnels. La communication, dans le même ordre d'idées, ne doit également pas demeurer un moyen illicite de combat au service d'antagonistes, d'acteurs de développement et de serviteurs de l'Etat. Les populations du Sénégal n'arrivent plus, depuis la médiatisation à outrance, à différencier la propagande de la communication.
Le pouvoir, dans l'esprit du citoyen, est réputé pratiquer la communication dans le désir d'anéantir l'obscurantisme et la démagogie ; les médias, à leur tour, ont la responsabilité de servir de moyen de démultiplication de l'information afin que le citoyen cesse d'être victimisé et soit toujours à niveau et bien à niveau. Vouloir rendre la conflictualité structurelle empêche, objectivement, l'émancipation de la démocratie participative devenue le premier acquis de l'Alternance 2000, du Sopi, du libéralisme social et du leadership de Me Abdoulaye Wade.
La Grande offensive pour l'abondance et la nourriture (Goana), en tant que vision et action, augure des espoirs et des espérances confirmés par la pluviométrie qui installe le Sénégal dans une perspective d'abondance, surtout que les populations adhèrent sans calcul à l'approche qui a régulé, depuis le démarrage de l'hivernage 2008, le stress provenant notamment des pénuries, des dysfonctionnements du service public et des désagréments que cet état de faits a générés. Pourquoi, devant un don aussi généreux du Ciel, ne pas en profiter et transcender, avec fascination, la conflictualité induite par la médiatisation à outrance du Cdpj et la riposte malheureuse, inopportune et inefficace engagée par certaines autorités de la République ?
La visite du khalife général des mourides à Dakar, l'accueil réservé par le chef de l'Etat à ce guide religieux et l'adhésion des populations à cet évènement sont autant de preuves qui ont fini par convaincre plus d'un et démontrer, s'il en était besoin, que le Sénégal reste et restera un et indivisible. L'éclectisme engendré par le binôme religion/laïcité, exhibe, aux yeux du monde, que notre pays entend réussir, en ce début du 21e siècle, une synthèse peut-être pas inédite, mais rare. Une telle Nation peut et doit engager des ruptures sans déchirures, étant entendu que le jour où la presse et le pouvoir seront du même côté, la démocratie cessera de vivre. La presse reste un contrepoids du pouvoir ? Un rétroviseur pour le peuple, mais n'est pas contre le pouvoir d'Etat.
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