La Presse (Tunis)

Tunisie: Festival de la musique symphonique

Adel Latrech

1 Août 2008


Les envolées lyriques maghrébines

- Le concert symphonique maghrébin témoigne manifestement de l'intérêt grandissant de nos pays pour une musique propre aux grands auteurs classiques de la tradition musicale occidentale. Ahmed Achour a, de toute évidence, réussi à épicer les voluptés lyriques de la musique classique d'une touche maghrébine au goût relevé.

El Jem a consacré la soirée de dimanche à la musique classique en Tunisie et en Algérie, nouvelle venue dans le paysage musical maghrébin. L'Orchestre symphonique tunisien a été créé en 1969, tandis que la même institution algérienne, elle, n'a vu le jour qu'en 1992. En Tunisie, la ville d'El Jem est la seule du monde arabe à disposer d'un festival véritablement international consacré à la musique symphonique et qui est à sa 23e session. Dès les débuts, M. Mohamed Ennaceur, l'initiateur de ce projet, s'est fixé pour objectif de démocratiser cette musique d'essence supérieure en la mettant à la portée de tout le monde. Sous sa tutelle, le public a découvert les troupes les plus prestigieuses d'Europe et même de plus loin, c'est le cas de la grande Barbara Hendrix. C'est justement cette action d'envergure qui est à l'origine du plein épanouissement de ce festival et de sa renommée sur le plan international.

Sentiments intimes et émotion

Le récital de cette soirée maghrébine était placé sous la direction musicale de Ahmed Achour, directeur de l'Orchestre symphonique tunisien et enseignant aux ISM de Sousse et de Tunis. Fort de 87 instrumentistes, l'orchestre impressionnant en nombre, a occupé toute la scène de l'amphithéâtre. C'était frappant, ce que n'ont pas manqué de relever les médias algériens, ainsi que M. Abdelkader Bouazzane, le directeur de l'Orchestre symphonique national algérien. Ils étaient tous sous l'emprise de l'émotion à la vue de l'imposant édifice illuminé par les torches.

L'Italienne à Alger de Gioacchino Rossini, une ouverture en do majeur, a été la première pièce jouée. Sous l'influence de l'Orient auquel a également était sensible Mozart dans La Marche turque Rossini a voulu dans cette composition musicale saluer la prise d'Alger par les Français en 1830.

Juste après, Ludwig von Beethoven, l'éveilleur du romantisme germanique, était présent avec la première de ses neuf symphonies. En do majeur et située à l'opus 21, elle a été jouée dans les quatre mouvements, de l'adagio molto à l'allegro molto e vivace,en passant par l'allegro con brio et l'andante cantabile.

L'ensemble tuniso-algérien a témoigné, manifestement, d'une entente et d'une harmonie très rigoureuses dans l'enchaînement des accords. Placé, sous la direction musicale du chef Ahmed Achour, l'orchestre a, de toute évidence, séduit le public, grâce à une heureuse combinaison de maestria, de virtuosité et de parfaite assurance.

Une démarche unificatrice

La deuxième partie de la soirée a fait place au répertoire musical maghrébin. Sur des arrangements orchestraux somptueux de Rachid Saouli, l'ensemble des compositions musicales algériennes était d'une exceptionnelle beauté : Tassili qui évoque les majestueux massifs du Hoggar, dans le sahara algérien, ou alors Ya bahi el jamal (Incarnation de la beauté) qui ressemble si étrangement à un morceau du répertoire iranien Tajé-bahé (diadème de la beauté), et enfin Bakhta et Wahran, les deux grands succès de l'Oranais Khaled. Oran, la grande métropole de l'Ouest algérien, située à quelques encablures des côtes espagnoles tient sa réputation de la pureté cristalline de ses eaux, la qualité de l'air qu'on y respire et, surtout, la façon dont se voilaient autrefois les oranaises (ma'ha, hw'aha ou tghambiznsa'ha). Décidément, Khaled fait mouche à toutes les coups.

En fin de programme, l'orchestre a joué trois compositions signées Ahmed Achour et Slim Larbi : danse de marionnettes et variation orientale pour le premier et Dune de sable pour le deuxième.

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A l'issue du spectacle, très ovationné, Abdekader Bouazzane nous a fait part de ses impressions : «cette soirée est un grand événement qui est venu consacrer la fraternité naturelle entre deux pays que tout rapproche et que rien ne sépare. J'estime que c'est fatalement à travers la musique, le langage de l'âme, que s'exprime la conception qu'on se fait de l'amitié et de la fraternité. Je tiens à remercier les responsables de la culture en Tunisie pour cette invitation qui nous touche si profondément».

Quant à Ahmed Achour, apparemment très satisfait du déroulement de son concert, il nous a déclaré : «Le spectacle de ce soir vient en quelque sorte compléter notre engagement en matière de musique vis-à-vis du maghreb. En mai dernier, tunisien et marocains étaient engagés dans «mogador» l'opéra du banquier Jalloul Ayed que j'avais dirigé. Aujourd'hui, c'est avec nos frères algériens que nous avons mis en oeuvre une collaboration fort concluante à laquelle, je souhaite ardemment une participation, à plus au moins longue échéance, du Maroc».

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