Jeannot Ne Nzau Diop
2 Août 2008
Kinshasa — Wendo Kalosoy, un monument de la musique congolaise, s'est écroulé à 83 ans. Décédé le 28 juillet 2008, ce pionnier incontestable de la rumba sera inhumé la semaine prochaine. C'est ce qui émane du communiqué officiel du ministre de la Culture et des Arts. C'est une longue maladie qui a emporté le patriarche Antoine Wendo.
Antoine Wendo Kalosoy, ce nom demeure un refrain, un nom indélébilement gravé dans les annales de l'histoire de la musique congolaise moderne. Au mois de novembre 1998, le ministère de la Culture et des Arts s'apprêtait à fêter les 52 ans de sa carrière musicale. En février 1998, il a participé au Marché des Arts et Spectacles Africain, Masa, et deux mois après, pendant la Pentecôte, il s'est produit, grâce à Christian Mousset, au Festival des musiques métisses, dit festival d'Angoulême en France. Wendo et ses 4 musiciens, Albert Emima, Vula Missy, Bikunda Nzoku et Ngaila Bikunda, se sont produits en Belgique et en France. Depuis 1998, il était toujours en tournée. En 2006, il est tombé malade au cours d'une prestation au Musée d'Afrique Centrale de Tervuren en Belgique, où il se produisait avec l'autre monument vivant et patrimoine culturel Rochereau Tabu Ley.
Né en 1925, à Mushie dans le Mai-Ndombe au Bandundu. Antoine Wendo a fait plus de 60 ans de carrière musicale (1943 - 2006). Il caressait le rêve de devenir une grande célébrité musicale dès sa tendre jeunesse. Ce rêve deviendra réalité lorsqu'il deviendra membre de l'écurie Opika, puis Ngoma, des maisons d'édition des disques phonographiques créées à Léopoldville, dans les années 40 par des commerçants grecs.
Talentueux, Antoine Wendo n'avait pas attendu longtemps pour être propulsé au sommet de la gloire. Il gagnera des prix lors des concours dans la rue pour l'interprétation correcte des chansons populaires. C'est ce qui lui valut la carrure de musicien. Ses deux premiers pseudonymes furent «Wendo alanga nzembo » et «Wendo mokonzi ya nzembo». Ces pseudonymes résument sa carrière et son idylle.
A 18 ans, Wendo, orphelin de mère, embrasse la carrière musicale, toujours avec sa guitare sèche et sa voix limpide, ses seuls atouts. A ce moment où il se lance dans cette aventure, il n'a aucune référence. L'interprète des chansons populaires d'abord, puis des chansons rumba et quelques leçons pratiques sous l'oeil vigilant des responsables des studios Opika et Ngoma.
C'est l'éclosion des talents et la conquête des mélomanes de l'après-guerre, de l'un des doyens de la musique congolaise moderne, en raison de son oeuvre qui resiste aux épreuves du temps et en face de nouvelles créations toujours en quête de succès. Wendo, bien que guitariste soliste, n'a pas attaché beaucoup d'importance à son instrument. Il a bâti sa gloire dans le domaine de la composition des chansons. C'est un talentueux parolier. Son imagination fertile, sa poésie imagée et sa voix ont fait de lui l'un des premiers créateurs des chansons modernes de notre pays, avec une immense oeuvre intarissable, accomplie en cinq décennies.
OEUVRES ET TALENTS DU CHANTEUR
En 62 ans, Wendo a réalisé de nombreuses oeuvres musicales. Il incarne toute une période de l'histoire musicale congolaise, si pas de l'Afrique noire. Grâce à ses nombreuses chansons, il a plané sur tout l'univers musical du pays : l'aisance, les amours, les réussites, les maladies, les déboires, la mort, etc.
Les oeuvres de Wendo sont généralement reposantes et se dansent du coeur et des pieds; à travers lesquelles Wendo prêche la morale en prodiguant de sages conseils à ses contemporains. Son message est captivant, car sa chanson se veut être une histoire, une description, une peinture, un tableau, une scène de la vie sociale et se termine par des conseils et des conclusions éducatives. Il a toujours un souci permanent de l'ordre, de la justice et de la moralisation. Un style propre qui apostrophe le public. Une poésie qui engage. Des mélodies douces et même mélancoliques. Wendo critique aussi les tares de la société. Il décrit, se révolte et finit par chercher des solutions et exalte les bonnes manières.
En 1943, imitant Paul Kamba, Me Taureau Bateko crée avec Wendo, Bongeli, Bape et Tango, l'orchestre Vastoria Kin qui s'appuie sur le groupe de jeunes filles dénommé « La reine politesse », dirigé par Germaine Ngongolo, danseuse de renom. Grâce aux haut-parleurs de la radio Congolia, Wendo est découvert en 1946. En 1949, Wendo chante «Marie-Louise», oeuvre de Bowane, qui est à la guitare chez Ngoma. Cette oeuvre est le plus grand tube de l'histoire de l'édition musicale naissante. Cette chanson bénéficie d'une publicité involontaire de la part du clergé. Marie-Louise, concubine de Bowane, décédée entre-temps, réapparaît, dit-on, dans les bars de Léopoldville. Au cours d'un prêche, un curé déclare que la chanson «Marie-Louise» est satanique, il faut l'interdire. Les fidèles doivent la censurer. Les autorités belges alertées par cette rumeur tente d'arrêter Wendo qui s'enfuit à Stanleyville.
Effet boomerang, les fidèles l'adoptent. Avec «Marie-Louise», Wendo se présente, dès lors, comme le porte-flambeau de la musique congolaise. Son premier disque s'appelle «Mabele ya mama», dédié à sa mère décédée peu de temps avant. Il devient pour le grand public, le Duc de Windsor, et par déformation « Wendo Sor». En 1950, Bukasa, D'Oliveira et Wendo, acteurs professionnels de la musique congolaise, se groupent et montent l'orchestre «Trio Bow». Cette formation constitue un ensemble de trouvères et inventeurs de la chanson savante, dont l'oeuvre forme dans son immensité un tout représentatif d'un génie national, qui synthétise sans effort les tendances de son temps en lui imprimant la marque d'une personnalité multiforme. Appartenant chacun à un groupe, les trois chanteurs-guitaristes se retrouvaient en concert ou au studio pour exécuter à l'unisson des mélodies dont le rythme épousait étroitement les accents de la rumba pure. Leurs oeuvres célèbres furent «Sango ya bana Ngoma», «Victoria apiki dalapo», «Wendo a longwe na Kisasa», «Bibi wangu Madeleine», «Youyou aleli Veka», «Yoka biso ban'Angola», «Landa bango», leur talent contribue au développement et au prestige de la firme Ngoma.
PATRIOTE ET MUSICIEN DE L'UNITE
Ancien batelier de l'Otraco, (actuel Onatra), et de la Compagnie Mbila, huilerie HEB, Wendo parcourt constamment le pays en bateau. Il interprète les chansons de toutes les aires culturelles du pays. Dans son oeuvre, il chante en langue ekonda, sa langue paternelle, en kundo, sa langue maternelle, en lingala et en swahili. Il sélectionne avec son imagination et ses connaissances, des éléments hétérogènes d'origines culturelles diverses pour ses chansons, de véritables échos musicaux de toutes les traditions. Wendo est un animateur vivant des podiums et des scènes musicales. Il fait toujours danser les autres. Ce producteur de culture musicale compte des dizaines de titres composés entre 1943 et 1960, 1966, dans African Fiesta de Rochereau Tabu Ley, qui le premier, l'a ressuscité après l'indépendance, puis entre 1999 et 2008.
Sa musique a servi toutes les générations de compositeurs congolais. Elle a inspirée bon nombre de jeunes musiciens du pays. Cela est d'autant plus qu'entre 1947 et 1957, plusieurs pays africains n'avaient ni orchestres modernes, ni maisons de disque, ni de marchés de disque développés. Toute l'Afrique centrale a vécu sous l'emprise des orchestres et des éditions musicales congolaises installées à Léopoldville. Les disques des musiciens congolais étaient distribués dans tous les pays d'Afrique de l'Ouest et centrale, et étaient recherchés par les admirateurs africains.
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