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4 Août 2008
Akua Kuenyehia, Ekaterina Trendafilova, Sylvia Steiner
Décidément, la justice pénale internationale fait confiance aux femmes ! Comme procureur, elle a déjà fait appel à Carla del Ponte et à Eva Joly. On voit également que dans l'affaire Charles Taylor, c'est une juge rwandaise qui mène le procès.
Dans le dossier al-Béchir, il reviendra également à trois femmes membres de la Chambre préliminaire de la Cour pénale internationale, de répondre favorablement ou négativement à la demande d'émission d'un mandat d'arrêt international contre le président soudanais que demande le Procureur Luis Moreno-Ocampo. Ces femmes, qui ont un délai de deux mois pour trancher, vous sont présentées ci-dessous.
Mme la juge Akua KUENYEHIA, première vice-présidente, de nationalité ghanéenne, est élue pour 3 ans parmi le Groupe des États d'Afrique et affectée à la Section préliminaire. C'est une femme de tête et d'expérience. Elle a enseigné le droit pénal, elle a écrit trois livres et plusieurs publications académiques ; elle a été doyenne de la faculté de droit de l'université du Ghana avant son élection comme juge. Apparemment, ce n'est pas une femme qui pourrait être manipulée.
Deuxièmement, la juge Ekaterina TRENDAFILOVA (de Bulgarie). Elle est élue quant à elle pour une durée de 9 ans parmi le Groupe des pays d'Europe de l'Est et est affectée à la Section préliminaire également. Elle a un Doctorat en droit de l'Université de Sofia, a enseigné dans la même université. Elle est membre de l'Association des avocats de Bulgarie. Elle a été Procureur adjoint de la République près le tribunal d'instance de Sofia et a représenté son pays dans la commission de l'ONU sur le Crime et la Justice pénale. La juge a été conseillère du Ministère des affaires étrangères sur la création de la Cour pénale internationale et expert auprès du Ministère de la justice, du Ministère de l'intérieur, de la Cour de Cassation et du Parlement Bulgare dont elle a dirigé la Division pénale du Conseil Consultatif. Elle a publié 70 ouvrages en Bulgarie et à l'étranger. Ce n'est pas une femme qu'on pourra dévier de ses convictions très fortes sur les droits de l'homme.
Enfin, la troisième, Mme la juge Sylvia STEINER (du Brésil), élue également pour une durée de 9 ans, dans le Groupe des États d'Amérique latine et des Caraïbes, est affectée à son tour à la Section préliminaire. Elle a tour à tour été avocate, procureur à la cour Fédérale de Sao Paulo, juge à la cour d'appel fédérale jusqu'à son élection à la CPI. Elle a beaucoup écrit sur les droits humains, les droits des femmes et des enfants, le droit pénal et le droit pénal international. Maître de conférence, elle a donné des cours dans les plus grandes universités brésiliennes et a été membre de la Délégation brésilienne auprès de la commission préparatoire de la CPI. Ce n'est pas cette femme non plus qui pèsera d'un poids léger au sein de la Section préliminaire.
Voilà donc le trio sur lequel pèse la lourde responsabilité de décider si oui ou non, il faut délivrer un mandat d'arrêt international contre le président soudanais. Au moment où fait rage une campagne diplomatique, médiatique, autour de la question, elles sont armées juridiquement, professionnellement, pour ne voir que l'intérêt de la justice internationale !
Encore faudrait-il qu'effectivement, la Cour soit saisie. Là, ce n'est pas encore gagné quand on voit le ballet de cygnes auxquels se livrent les membres du Conseil de sécurité face à la pression du camp Union africaine/Ligue arabe, décidé à obtenir la suspension des poursuites à l'encontre de al-Béchir !
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