Libreville — Les anciens employés marquent le changement du 1er août par un mouvement de grève.
L'ambiance était quelque peu bizarre en fin de semaine dernière à Libreville. Pendant que la radio panafricaine organisait à la Cité de la démocratie la première édition de son "Grand prix de l'intégration africaine", dans ses locaux quelques employés étaient assis à l'entrée principale et à l'antenne seule la musique passait entrecoupée toutes les trois minutes d'un spot annonçant : "Chers auditeurs, veuillez nous excuser pour ce dérangement ; le personnel d'Africa N°1 est en grève".
Le Syndicat des communicateurs d'Africa N°1 (Syca) a donc mis en exécution la menace formulée mercredi dernier par son président Jean-Claude Boucka lors d'une conférence de presse tenue au siège de la radio. Le Syca dénonçait la somme globale de 400 millions de Fcfa prévue par la Commission de privatisation pour l'indemnisation des 93 employés mis à la porte à partir du 1er août 2008 après le rachat en novembre 2006 de 52% des actions d'Africa N°1 par la Libyan Jamahiriya Broadcasting (Ljb). Il s'agit, selon M. Boucka, d'un "mode de calcul opaque qui ne respecte ni l'esprit de la concertation du 2 juillet, ni le Code du travail et encore moins la convention d'entreprise d'Africa N°1 (...) Comment pouvez-vous comprendre qu'un agent se retrouve avec 1.500.000 Fcfa après plus de dix ans de travail ?"
L'inspection du travail, sur la base des dossiers fournis par la direction générale d'Africa N°1, avait pourtant établi l'ensemble des droits sociaux à payer aux employés licenciés à 560 millions de Fcfa. Le syndicat des employés, dans ses propres calculs qui envisagent jusqu'à 40 mois de salaires par agent, réclame plutôt 6 milliards de Fcfa. C'est ce qui fait dire à l'administrateur directeur général d'Africa N°1, Louis Barthélémy Mapangou, resté en poste malgré le changement de l'actionnaire principal, que les grévistes font de la surenchère avec cette grève, d'autant plus que l'Etat gabonais s'est engagé à leur payer tous leurs droits. En fait, il se pourrait bien que les employés comptent sur la générosité habituelle du président Bongo Ondimba pour s'en sortir à bon compte, comme hier leurs collègues de Gabon Télécom...
Africa N°1 a été créé le 7 février 1981 avec l'ambition d'arroser tout le continent, à l'image des chaînes de radio étrangères comme Bbc, La Voix de l'Amérique ou Rfi. Pari réussi à l'époque, en ondes courtes puisque la modulation de fréquence (bande Fm) n'était pas encore vulgarisée.
Le capital initial de 100 millions de Fcfa était réparti ainsi : Sofréa (filiale de Sofirad France) 40%, Etat gabonais 35% et privés gabonais 25%. Puis, la Sofréa s'est retirée suite à la liquidation de la Sofirad et a cédé ses parts à des privés gabonais. A partir de 2002, Africa N°1 est entré dans une sérieuse crise financière après la perte de ses contrats de location d'émetteurs à certaines chaînes étrangères comme la française Rfi et la japonaise Nhk. L'Etat gabonais, à travers des subventions spéciales, a masqué ce gouffre jusqu'en 2006 quand il décide de recourir à l'actionnariat libyen.
Le protocole de cession de 52% des actions appartenant à des privés gabonais prévoyait que la Ljb va financer un plan de développement de la radio panafricaine sans subvention de l'Etat, avec résorption du passif de 3,4 milliards de Fcfa. L'Etat s'engageait à payer les droits aux personnels qui seraient licenciés dans le cadre de la restructuration. Les nouveaux contrats de travail, avec ceux des anciens employés qui seront retenus par les nouveaux propriétaires ou des nouvelles recrues, sont donc entrés en vigueur le 1er août 2008. C'est donc à dessein que le Syca a choisi d'initier un débrayage à partir du 31 juillet, pour exiger que soient soldé au prix fort les droits des employés remerciés.

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