La Presse (Tunis)

Tunisie: Les Tambours du Bronx et les Gangbe Brass Band à Carthage

Héla Hazgui

6 Août 2008


La symphonie des bidons, ou les fleurs du mal

Ils jouent dans des chapelles, des patinoires, dans le désert, au fond d'une piscine, sous la Tour Eiffel, dans une carrière, une mine, dans des usines, sur le toit d'un immeuble, sur l'eau, dans la neige, dans la forêt, sur la plage, sur des bus, à bord d'une péniche... Mais il leur arrive aussi de mettre pied à terre et de se produire dans des amphithéâtres romains comme celui de Carthage...

Lundi dernier, à 23h30, après les Gangbe Brass Band du Bénin, qui ont assuré la première partie de la soirée, les musiciens des Tambours du Bronx ont surgi du fond des ténèbres, comme des diables enchaînés. Habillés de noir, visages crispés et yeux étincelants de rage, serrant dans la paume des mains de grosses barres qu'on appelle des mailloches, ils étaient quatorze musiciens européens à se mettre en cercle derrière des bidons, deux aux stands et un au synthétiseur, prêts à briser du tympan...

Mais quand ces "diables" se sont abattus sur les caisses métalliques, une mélodie a résonné, incroyablement rythmée et timbrée. La nappe sonore, quoique hyperpuissante, évolue d'une manière très agréable. On ne souffre point de cette symphonie des bidons, où la musique oscille à l'intérieur d'un arc divisé en trois parties: "base", "milieu" et "rythmique". La résonance est parfaite. Et le son, tantôt électronique, tantôt acoustique, est tinté d'une souplesse frappante dans cet univers de pure brutalité.

Une mise en scène alliant les mailloches, la lumière et les fumigènes vient donner du punch à cette fougue incroyable... Au fur et à mesure, les frappes deviennent puissantes et énergiques. L'espace semble tomber en miettes et on se croit lâchés dans un autre monde, "sinistre", dominé par des monstres diaboliques. Des frissons parcourent le corps quand ces tatoués en transe se déchaînent en sautant sur les bidons. Des chanteurs aux voix rauques mettent de l'huile sur le feu en jetant les grandes caisses et les micros et en hurlant leur musique... Ils rappellent le rock, la techno, la musique industrielle et autres genres musicaux, mais les Tambours du Bronx ont bâti leur réputation de bonne facture grâce à une musique propre.

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Leur apparition pourtant tardive sur la scène de Carthage a marqué profondément le public. On oublie très vite la première partie, relativement longue, assurée par les Gangbe Brass Band. Ce groupe mariant jazz et musique traditionnelle du Bénin a offert pourtant une panoplie de rythmes et de mélodies. La troupe a voulu chanter l'Afrique à sa manière. Vêtus de costumes évoquant la peau des félins, les musiciens ont essayé d'animer les gradins par des danses, des improvisations et des textes plaidant la solidarité entre Africains.

Pour un dernier morceau, les musiciens sont allés jusqu'à gravir les marches de l'amphithéâtre en file indienne, se mêlant corps et âmes aux spectateurs. Puis la douceur de la musique profondément africaine a été dominée par la symphonie des bidons.

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