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Nigeria: La rétrocession de Bakassi divise les Nigérians


Le Messager (Douala)
 

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Le Messager (Douala)

7 Août 2008
Publié sur le web le 7 Août 2008

Noé Ndjebet Massoussi

A quelques jours du transfert définitif de la souveraineté de la presqu'île de Bakassi au Cameroun, des velléités de contestation se font jour chez le grand voisin.

Le 14 août 2008 est un grand jour pour le Cameroun. Ce jour, selon l'accord de Greentree signé le 12 juin 2006 aux Etats-Unis d'Amérique consécutif à l'arrêt de la Cour internationale de justice (CIJ) d'octobre 2002, la péninsule de Bakassi doit être totalement et définitivement rétrocédée au Cameroun. Hier, mercredi 06 août, des collaborateurs du Premier ministre étaient annoncés à Mudemba, chef-lieu du département du Ndian dont dépend Bakassi, pour une réunion avec les autorités administratives, politiques et traditionnelles de la péninsule, ainsi que les populations locales. Mais, côté nigérian, à mesure que la date du 14 août approche, le transfert de souveraineté de Bakassi au Cameroun fait des gorges chaudes.

Ici et là, des Nigérians font naître des velléités de contestation de cette décision saluée en son temps par les deux parties. C'est le cas des membres d'une coalition politique nigériane regroupant plus de 50 partis de l'opposition. Dimanche dernier, 3 août, ils ont publié à Abuja leurs réserves sur la rétrocession de Bakassi au Cameroun. Ils relèvent que ni le Parlement, ni les Forces armées nationales, n'avaient été consultées par le gouvernement nigérian de l'époque avant la signature de l'accord.

Cette position rejoint la préoccupation du chef d'état-major nigérian, le général Owoye Azazi, qui affirmait le 17 juillet dernier que l'ex président Olusegun Obasanjo n'avait pas pris l'avis des militaires avant de signer l'accord de Greentree. Dans un communiqué rendu public, le secrétaire national chargé de la communication de cette coalition, Conférence des partis politiques du Nigeria (Cnpp), Osita Okechukwu, indique que le gouvernement de Olusegun Obasanjo n'aurait pas respecté l'article 12 de la Constitution de 1999. Cet article, à l'en croire, dispose qu' «aucun traité entre la Fédération et tout autre pays ne peut être applicable, s'il n'a été d'abord adopté par l'Assemblée nationale».

Les courtes pattes du dilatoire nigérian

Dans cette volte-face nigériane, il n'y a pas que les partis politiques. Le 31 juillet dernier, la Cour suprême fédérale du Nigeria, après 3 audiences consécutives, a estimé que le processus de rétrocession de Bakassi devrait être suspendu, en attendant son verdict du 20 octobre prochain. Elle avait été saisie par, dit-on, des ressortissants nigérians vivant dans la péninsule de Bakassi. Ils auraient accusé le gouvernement fédéral du Nigeria de « violer leurs droits fondamentaux et de les enlever des terres de leurs ancêtres sans aucune considération de leur condition et de leur dignité.»

L'on se souvient aussi qu'en novembre dernier, le sénat fédéral nigérian avait demandé au chef de l'Etat Umaru Musa Yar'adua d'interrompre le transfert de souveraineté de Bakassi. Depuis quelque temps, des attaques répétées contre l'armée camerounaise attribuées aux rebelles du Delta, opposés au pouvoir central d'Abuja et défavorables à la rétrocession de Bakassi au Cameroun, ont suscité des inquiétudes sur l'aboutissement heureux du processus de rétrocession.

Face à ces voix nigérianes qui s'élèvent pour s'opposer à une administration camerounaise à Bakassi, d'autres par contre soutiennent que le processus aille jusqu'au bout. Le chef d'état-major de la marine nigériane, le vice-amiral Ganiyu Adekeye, au cours d'une conférence de presse le 3 août 2008 à Ibadan, au sud-ouest du Nigeria, a averti les réfractaires à la rétrocession sur les conséquences d'une telle volte face. «Si nous ne rétrocédons pas la péninsule de Bakassi au Cameroun, nous encourons le courroux des Nations unies, car nous ne disposons pas d'arguments solides pour rejeter le verdict de la Cour internationale de justice», a expliqué le vice-amiral Ganiyu Adekeye. «Le pétrole que nous vendons pourrait même ne plus accéder au marché international», a précisé le chef d'état-major de la marine nigériane.

Selon le directeur général de la commission nationale des frontières (Nbc) du Nigeria, Alhaji Sadiq Marafa Diggi, Bakassi n'a jamais fait partie du Nigeria. Et « le transfert de cette partie ne va ni déformer la carte du Nigeria, ni affecter les puits pétroliers du pays qui sont bien protégés et défendus par les avocats du gouvernement fédéral. » Il a révélé à la conférence annuelle des topographes nigérians qui s'est tenue mardi dernier, 3 août 2008, au Presidential Lodge Birnin Kebbi dans le nord-est du Nigeria que la péninsule de Bakassi été introduite dans la carte du Nigeria en 1991 et que la création du gouvernement local de Bakassi par le gouvernement fédéral en 1996 confirme encore que Bakassi n'a jamais fait partie du Nigeria. « D'autres traités signés par le gouvernement fédéral prouvent également que l'endroit appartient actuellement au Cameroun », a déclaré Alhaji Sadiq Marafa Diggi.

Sérénité et détermination

Malgré des sons de cloches discordants venant du Nigeria, les démarcations nécessaires entre les deux pays s'effectuent telles que prescrites par la Cour internationale de justice de La Haye. Notamment la démarcation de leur frontière terrestre et maritime longue de 1500 km. Le président nigérian annonçait la semaine dernière que la rétrocession de Bakassi allait se poursuivre comme prévue le 14 août 2008 conformément à l'accord de Greentree.

Liens Pertinents

Le différend frontalier Cameroun-Nigeria remonte à décembre 1993 lorsque l'armée nigériane avait annexé Bakassi, une péninsule de 500 hectares environ présumée riche en pétrole et en produits halieutiques. Le Cameroun qui avait alors porté l'affaire devant les Nations unies, a eu gain de cause au terme d'un arrêt sans appel de la Cour internationale de justice de la Haye (Cij) le 10 octobre 2002.


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