Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Cour pénale internationale - Jean-Paul Ngoupande repond à Ouraga Obou

Jean-Paul Ngoupande

7 Août 2008


opinion

Abidjan — Dans le numéro 13.110 du 22 juillet 2008, le quotidien abidjanais Fraternité Matin publie une appréciation du professeur Ouraga Obou constituée par des insinuations à caractère diffamatoire puisque laissant clairement entendre que je pourrais être inquiété par la CPI pour avoir collaboré avec des dictateurs; le professeur et moi -même, exerçons le même métier dont la règle d'or est : celui qui n'a pas mené d'enquête n'a pas droit à la parole ; professeur, l'ignorance ne saurait être une excuse à la diffamation qui est une atteinte aux principes moraux les plus élémentaires. Je ne me permettrais jamais de porter des jugements de ce genre sur un collègue que je ne connais pas.

De quoi s'agit-il exactement, d'un simple constat que de nombreux Africains ont fait. C'est qu'en dehors du cas célèbre du Serbe Milosevic, toutes les personnalités politiques inculpées par la CPI sont des Africains. Point final. RFI qui confirme l'étonnement grandissant sur le continent m'a demandé mon avis. Qu'ai-je répondu ? Que objectivement la CPI se comporte comme une «Cour chargée de juger 'les rois nègres», ce qui accréditerait l'idée qu'il n'y a de dictateurs que sur le continent noir, que les actes de génocide ou de crimes contre l'humanité ont l'Afrique comme terre de prédilection. Mais les africains sont les humains qui ont le plus souffert de ces crimes(traite atlantique, sociétés concessionnaires, travaux forcés); tous ceux qui me connaissent vraiment n'ont pas été surpris de m'entendre dans le rôle d'intellectuel africain que je joue à travers mes écrits et mes interventions à la radio et à la télévision ou dans d'autres enceintes. J'ai une préoccupation, sortir de cette situation, où l'on a l'impression que d'autres pensent les valeurs du développement pour nous, au nom de la modernité et de l'universalité. Je suis parvenu aujourd'hui à la conclusion que la mère de toutes les batailles du développement africain, c'est la bataille idéologique que nous apprenions à penser par nous-mêmes.

Quant à mon inculpation par la CPI, le professeur attendra longtemps. Une affaire touchant la RCA est l'affaire Bemba, qui à la demande du président Patassé, a fait traverser l'Oubangui par ses milices pour voler au secours du régime menacé par une rébellion, lesquels ont commis dans les quartiers nord de Bangui en 2002 les actes d'atteinte aux droits de l'homme pour lesquels l'ancien vice-président congolais est poursuivi. Quelques rappels élémentaires pour combler la grave ignorance du professeur Ouraga sur le cas centrafricain et sur mon cas :

Il est exact que Patassé était chef de l'Etat quand j'étais Premier ministre (PM) ; mais dans quelles conditions j'ai été nommé ; en avril et mai 1996 conduisant le pays au bord de l'éclatement. Les forces vives, partis politiques, syndicats, se sont réunis et ont adopté une démarche de consensus matérialisée par un acte politique adopté le 5 juin 1996. Le protocole d'accord politique (PAP) conduisant à la formation d'un gouvernement d'union nationale (Gun). Le profil du PM et la mission du Gun figurent dans l'accord politique du 5 juin.

S'agissant de l'affaire pour laquelle Bemba et Patassé sont poursuivis, je suis clairement dans le camp des victimes et des accusateurs. Dès la fin octobre 2002, je faisais partie des personnalités politiques centrafricaines qui s'efforçaient de faire connaître ce qui s'est passé à l'extérieur avec mes amis comme Karim Meckassoua, Nicolas Tiangaye, alors Président de la Ligue centrafricaine des droits de l'homme. Des membres de ma famille ont été victimes de sévices dans les quartiers nord (Boy-rabbé, Gobongo), mon fief politique comme on dit en RCA.

Quant à juger des dictateurs, la RCA est le premier pays africain à l'avoir fait et pour quel dictateur, Jean-Bedel Bokassa dit «l'ogre de Bérengo» en 1987. L'inspirateur de la décision du Président Kolingba fut le secrétaire exécutif de son parti unique, le Rassemblement démocratique centrafricain. Constatant que tant qu'on n'aurait pas fait la lumière sur les nombreux crimes commis pendant quatorze ans, l'unité du pays serait minée par les rancunes ruminées, les règlements de compte. La connaissance de la réalité, la réconciliation serait handicapée, autrement dit et avant la lettre vérité et réconciliation. cher professeur, c'est la justice centrafricaine qui a fait. Nous n'avons pas eu besoin d'une Cour contrôlée par les grands de ce monde. Toujours le manque de confiance en nous-mêmes.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2008 Fraternité Matin. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Côte d'Ivoire

Rubriques