Danstan Kaunda
10 Août 2008
"La vie dans les zones rurales est insupportable et les enseignants ne peuvent pas être blâmés pour leur refus de prendre de poste en campagne. Il n'est pas juste que le gouvernement envoie de jeunes enseignants dans des zones rurales peu accessibles", a déclaré Freddie Chongo, 25 ans, maître d'école primaire dans le district de Mumbwa, à quelque 170 kilomètres à l'ouest de Lusaka, la capitale de la Zambie.
La Zambie a publié son troisième rapport sur les progrès des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) en juin dernier. Le rapport était optimiste sur le fait que le pays était sur le point d'atteindre tous les OMD, y compris l'objectif numéro deux : "S'assurer que d'ici à 2015 les enfants où qu'ils soient, garçons et filles, soient en mesure de suivre le cycle complet de l'école primaire, de la même manière".
Aeneas Chuma, représentant résident de la Zambie au Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), explique que des améliorations positives ont été enregistrées dans le pays ces dernières années. "(La) proportion d'élèves de la première classe qui atteignent la 7ème classe est montée de 64 pour cent en 2000 à 83 pour cent en 2006. Ceci est le résultat d'une bonne politique d'éducation".
Le gouvernement a réformé le secteur avec des mesures telles que l'introduction de la politique de gratuité de l'enseignement primaire et du système de décentralisation -- la formation de conseils d'administration des écoles, qui accordent une autonomie permettant aux directeurs d'écoles de prendre des décisions sur la façon de dépenser les fonds qui leur sont alloués par le gouvernement.
Cependant, pendant que le gouvernement zambien fournit un meilleur accès à l'éducation de base, beaucoup de choses restent à faire en terme d'amélioration de la qualité de l'éducation et des conditions de service pour les enseignants, en particulier dans les écoles rurales.
Mais le rapport sur les progrès des OMD estime que les écoles rurales de Zambie -- comme dans de nombreux autres pays d'Afrique -- sont confrontées à une pénurie aiguë d'enseignants et de matériel pour l'enseignement.
La distribution de manuels et d'autres matériels est entravée par la difficulté d'accès à ces zones qui en ont le plus besoin. Dans certaines de ces même zones, les enfants sont dans l'incapacité d'aller à l'école régulièrement à cause des grandes distances qu'ils doivent parcourir quotidiennement.
Un ratio élèves/enseignants de 60 élèves pour un enseignant, a été enregistré dans certaines écoles rurales. Ceci est largement le résultat du refus des enseignants d'aller dans des postes ruraux.
Dans son budget national annuel, le gouvernement a alloué 15 pour cent au secteur de l'éducation pour améliorer le niveau de l'enseignement dans le pays. Ceci inclura le recrutement de 5.000 enseignants.
Mais les jeunes diplômés des écoles publiques de formation d'enseignants, qui sont envoyés dans des zones rurales refusent leur affectation pour y travailler, bien qu'ils aient signé le Formulaire de service de l'enseignant (FSE) qui spécifie qu'ils sont prêts à travailler partout dans le pays où leurs services sont demandés.
Mais le FSE n'est pas, à ce point, légalement un contrat engageant. Beaucoup d'enseignants optent pour des institutions privées implantées dans des villes, et qui payent mieux, après avoir complété leur formation dans les écoles publiques aux frais du gouvernement.
"Beaucoup seront d'accord avec moi pour dire que la chose la plus importante dans l'éducation est l'interaction entre un enseignant heureux, motivé, bien payé et un élève. Donc le gouvernement devrait en premier améliorer les infrastructures délabrées dans ces écoles rurales avant de forcer les enseignants à aller travailler là bas", a déclaré Chongo, dans un entretien avec IPS à Lusaka.
Le porte-parole de l'Union nationale des enseignants de Zambie, Joel Kamoko, souligne que les enseignants veulent habituellement être mutés pour enseigner dans des écoles en ville. "C'est malheureux que certains enseignants cherchent du travail avec des préférences pour des lieux où travailler, comme dans les villes au lieu de respecter ce qu'ils ont signé pour l'achèvement de leur formation", a-t-il affirmé.
Actuellement, le ministre de l'Education travaille à faire du FSE un document légal et engageant, pour donner au gouvernement plus de force pour envoyer les enseignants diplômés dans de petits districts et dans des écoles rurales où on a fortement besoin d'eux.
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