Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Joseph Sarr, ministere de l'éducation " Il faut une vision globale de l'éducation "

D. Mané, M. Sadio et M.l.badji

9 Août 2008


interview

Joseph Sarr a conduit la délégation du ministère de l'Education à la dernière biennale de l'Association pour le développement de l'éducation en Afrique (Adea) qui s'est tenue, du 5 au 9 mai 2008 à Maputo, Mozambique. Accroché à la fin de la conférence, il revient sur la nouvelle orientation à donner à l'enseignement tant général que professionnel. Il est convaincu qu'il faut tourner le dos à la vision sectaire de l'éducation.

M. Sarr, vous avez eu à faire une présentation d'un exemple sénégalais au niveau de cette biennale. Sur quoi porte-t-elle ?

En fait, c'est une expérimentation qui a été faite dans trois académies (celles de Louga, Saint-Louis et Tambacounda) qui articulait l'enseignement moyen secondaire général à l'enseignement professionnel. Cette expérimentation a été motivée par le fait que près de 50 % de nos élèves qui sortent du moyen n'ont aucune qualification et, souvent, c'est le chômage qui s'ensuit. Donc, il fallait trouver comment faire en sorte que, au moins, pour ces 50 %, on puisse leur trouver des filières qui puissent les aider à s'insérer.

Donc, l'expérimentation a porté sur des élèves de 4e (on a commencé par la 4e) qui, en aménageant les emplois du temps avec les principaux, ont pu suivre certains des cours de couture, d'autres de la mécanique, d'autres d'électricité et/ou l'écotourisme. On en est sorti avec des élèves qui ont pu, à l'issue de ces deux ans, avoir un Cap.

Cela nous a encouragés. Maintenant, il y a tout un dispositif qui a été fait pour montrer que c'était possible et que tous les éléments sont là pour pouvoir éventuellement atteindre les objectifs. A l'exposé, on a vu qu'il y a eu beaucoup de participants qui ont été intéressés par cette expérience du Sénégal.

Le thème de la biennale de cette année porte sur le post-primaire. Pour certains, cela signifie la suppression de l'entrée en sixième. Qu'en est-il réellement ?

Il faut dire que sur l'essentiel, il y a encore des choses à préciser. Est-ce que l'enseignement fondamental est un continuum de l'élémentaire ou moyen ; c'est-à-dire donc, on fait enseignement de 9 années continues, ensuite les autres ou, est-ce que c'est des compétences fondamentales qu'on va définir et chercher à atteindre.

Donc, selon l'une ou l'autre formule, nous avons des approches différentes. C'est pourquoi, à ce niveau-là, il y a des réflexions internes dans chaque pays pour approfondir la question. La suppression de l'entrée en 6e est aussi discutée. Elle a été l'objet de débats. Faut-il faire l'entrée en 6e pour éliminer un certain nombre d'enfants.

Parce que son existence ne se justifie plus si on parle d'« Education pour tous. » Il faudra, peut-être, que l'entrée en 6e serve à autre chose, à identifier quelles sont les lacunes et à les rectifier pour que l'enseignement fondamental de 9 ans puisse être un enseignement de qualité. Parce qu'il ne sert à rien de mettre tout le monde s'ils ne sortent avec aucune qualification, aucune compétence.

On insiste beaucoup sur les compétences et sur la formation professionnelle et technique. Comment équiper nos établissements et que faire de tout le lot de diplômés ?

Oui ! Là, il faut des engagements politiques et un leadership de nos ministres de l'Education. Ils doivent faire en sorte que des priorités soient assignées à l'enseignement technique et à la formation professionnelle, un domaine qui demande des investissements. Aujourd'hui, il ne sert à rien de mettre des gens à l'école si, à la sortie, ils ne peuvent pas être utiles à leur système. A la limite, c'est un gâchis. Il est préférable d'investir. Mais, en investissant, qu'on soit sûr qu'on aura des sortants qui seront des agents de développement. Avoir ces agents de développement demande beaucoup de moyens. Il faut que nos gouvernants s'y engagent.

Certes, il faut former des gens dans le niveau intermédiaire (Cap, B...). Mais, pour nos pays qui ont besoin d'émerger, ne faut-il pas tendre vers les niveaux les plus élevés, c'est-à-dire l'ingéniorat ?

Tout à fait. C'est pourquoi cette vision sectaire de l'éducation n'est pas bonne. Il faut qu'elle soit vue dans son ensemble. Que de l'élémentaire à l'université on puisse avoir des politiques adaptées. Maintenant, il ne faut pas aussi qu'on investisse trop dans un secteur, de sorte qu'on fasse un déséquilibre. Il faut que tout cela soit bien planifié et harmonisé pour qu'on ait une croissance normale de tout ce corps qu'est l'éducation.

Par ailleurs, si vous formez beaucoup de Cap, de Bts, quelles sont les universités qui peuvent les accueillir ?

Mais, cela ne doit pas être uniquement l'université. Les filières doivent être suffisamment nombreuses pour que ceux qui sortent puissent se diversifier dans toutes ces filières. Parce que je ne crois pas que notre université, telle qu'elle fonctionne actuellement, puisse régler le problème de tous ces formés. Il faut qu'on diversifie davantage. Ce qui n'est pas encore le cas dans nos pays.

Les expériences présentées ont certainement été discutées. Est-ce qu'il y a des améliorations. Si oui, lesquelles ?

Nous nous sommes rencontrés ici avec des expériences que nous ne connaissions pas au niveau du terroir. Je crois qu'à ce niveau déjà, il nous faudra capitaliser tout cela pour voir quelles sont les meilleures voies et améliorer notre système.

On a vu aussi que beaucoup de choses intéressantes se font dans d'autres pays. Mais souvent, il y a des lacunes. Et on a proposé, au niveau de la conférence, qu'on puisse trouver un système de capitalisation de tout cela pour que l'Afrique puisse avoir des sources communes, tant au niveau de certaines compétences qu'au niveau des structures de formation pour que l'amélioration de la qualité que nous cherchions puisse être une réussite.

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