12 Août 2008
Djerba, l'île paradisiaque. Un nom accroché à des palmiers, des kyrielles de plages de sable pur, de calme et de rêve. Havre de paix, son nom évoque le retour aux sources et le romantisme. En parlant d'elle, nul n'a su le faire sans déraisonner.
Elle a inspiré des poètes, depuis le plus grand jusqu'au dernier des rimailleurs. Gagnée par le tourisme, elle a continué d'émerveiller, d'étonner. L'âme y retrouve ces instincts qu'anesthésie la vie civilisée : le besoin de retour aux jouissances naturelles. Et à l'instar de toutes les grandes destinations qui ont besoin d'hôtels fleurons orientés vers le haut de gamme voire le luxe, l'hôtellerie djerbienne, encore une fois, donne l'exemple.
L'événement est de taille, l'inauguration d'une nouvelle unité à Djerba, Hasdrubal Prestige, dont le coût est parmi les plus importants du secteur : 113 MD. Un vrai joyau dans son écrin qui tirera vers le haut la destination. Avec cette réalisation de luxe, le ministre du Tourisme, M. Khelil Lajimi, a affirmé que l'offre à Djerba se modernise pour échapper à une image d'offre minimaliste, sans valeur ajoutée, pauvre et lassante. Il s'est félicité du fait que certains hôtels ont commencé à s'adapter au haut de gamme pour garder une image de prestige et d'exclusivité de la destination et de drainer une clientèle à fort pouvoir d'achat.
Mais en marge de cette visite à l'île des Lotophages, dont l'économie dépend du tourisme, M.Lajimi a saisi cette occasion pour rencontrer les professionnels de tous bords afin d'appréhender les derniers obstacles qui entravent le grand redécollage de cette station touristique, fer de lance du tourisme tunisien.
Réuni en conclave avec les principaux opérateurs du tourisme dans l'île, en présence du gouverneur de Médenine et des responsables régionaux, et dans un débat libre et franc, les professionnels ont exprimé sans détour leurs préoccupations, leurs soucis et pointé du doigt l'origine des maux qui traumatisent la région. Des propositions aux contours encore flous ont pris forme. En attendant qu'elles mûrissent, leur pertinence pourrait servir de plateforme d'aiguillage à l'administration, afin de rectifier le tir et baliser la voie au redressement tant escompté.
Mais le ministre, qui s'est déclaré satisfait des réalisations de cette zone touristique, a souligné que les chiffres réalisés jusqu'au 10 août laissent augurer d'une bonne saison touristique.
«Tous les indicateurs sont à la hausse, y compris les recettes en devises. Notre objectif est de continuer sur la même lancée afin de hisser la qualité des services, de demeurer compétitif et d'améliorer les scores de la destination.
A cet effet, nous sommes tous appelés, professionnels et administration du tourisme, à redoubler d'effort. Et l'acceptation par le Chef de l'Etat, Zine El Abidine Ben Ali, de se porter candidat à la prochaine élection présidentielle, devrait nous inciter davantage à nous mobiliser autour des choix stratégiques nationaux du Président de la République, afin d'atteindre les objectifs ambitieux que Son Excellence a fixés pour la Tunisie de demain», a déclaré M. Khelil Lajimi.
Le ministre du Tourisme, qui a mis en exergue les caractéristiques d'un produit pluriel et diversifié, qui englobe deux gouvernorats (Médenine et Tataouine) et couvre trois zones touristiques, à savoir Djerba, Zarzis et Matmata, mettant en évidence l'ouverture de l'île sur le produit saharien, a indiqué que côté infrastructure, la zone comprend la majeure partie du parc hôtelier en Tunisie avec 160 établissements dont 111 implantés à Djerba.
Un produit pluriel
En effet, la capacité d'accueil, de 50.000 lits pour Djerba, est consolidée par l'apport de quelque 6.000 lits pour Zarzis. Par ailleurs, l'on recense 28 restaurants, 73 agences de voyages, dix centres de thalasso, 30 bases nautiques, 17 bateaux de plaisance, 1 complexe touristique, un casino, un terrain de golf et deux musées.
En 2007, c'est le marché français qui arrive en tête avec plus de 500.000 touristes, suivi du marché Italien (174.508), du marché allemand (160.000) et des divers marchés de l'Europe de l'Est qui ont notablement progressé par rapport à 2007.
Et, pour ouvrir le débat, M. Jalel Bouricha, président de la Fédération régionale de l'hôtellerie du Sud-Ouest, a pris à sa charge de résumer les préoccupations et les problématiques de la profession dans la région de Médenine.
Il n'a pas manqué de mettre en évidence, chiffres à l'appui, l'importance de la destination Djerba. Celle-ci abrite 23,5% de la capacité globale du pays, et accapare à elle seule, 25% des nuitées globales réalisées sur toute la République. C'est précisément cette place de choix qu'occupe le pôle de Djerba/Zarzis dans le tourisme tunisien, qui rend légitime, la nécessité impérieuse de remédier à certaines insuffisances constatées.
Le président de la FRH citera, à cet effet, l'amélioration de l'accessibilité aérienne, et la poursuite des efforts qui tendent à renforcer les liaisons aériennes directes avec les principales villes européennes et de veiller à ce que la programmation et le timing de ces liaisons répondent au mieux à l'évolution que connaît l'activité dans cette région.
Il a, par ailleurs, appelé à la poursuite de la démarche qualité engagée, seule garante d'une meilleure compétitivité, ainsi qu'à l'accélération du rythme du programme de mise à niveau des établissements hôteliers, et de la restructuration du dispositif de la formation professionnelle. M. Bouricha, a d'un autre côté, appelé à la concrétisation du projet présidentiel relatif au traitement des eaux usées pour l'irrigation des terrain de golf et jardins d'hôtels, insistant sur la nécessité de l'adhésion des professionnels et leur disposition à contribuer au financement du projet.
L'autre sujet non moins important qui fut évoqué par le même orateur, à savoir l'image de Djerba sur l'échiquier des destinations concurrentes, est de l'avis de tous une priorité pour la destination. «Pour mettre dans la course Djerba et toute la région du Sud-Est, il faut que l'on communique mieux, qu'on fasse mieux connaître nos spécificités, notre produit et nos axes de différenciation» a t-il lancé à l'assistance. Tout en rappelant à l'impératif de l'entrée en vigueur de la régionalisation de la promotion, en prenant Djerba pour projet pilote, il a abordé le volet de l'animation qui semble préoccuper les professionnels.
Mais le débat qui s'est installé dans la salle, au cours de cette séance de travail, a permis de mettre en exergue toutes les préoccupations des professionnels. Les intervenants ont, ainsi, évoqué les menaces qui découlent de l'importation intempestive des produits de l'artisanat en provenance d'autres régions et qui nuisent considérablement au produit national, l'anarchie observée au niveau des centres équestres, les pratiques peu orthodoxes des chameliers ainsi que du récurrent problème des «besness».
Plusieurs interventions ont porté, d'autre part, sur la politique tarifaire et l'impératif de s'entendre sur des prix minimums afin de préserver l'image de marque de la destination et la rentabilité du secteur et de ne pas brader à outrance l'île.
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