L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Burkina Faso:CEP session de 2008

11 Août 2008


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On se le rappelle bien. Mais les gestionnaires du PDDEB, atteints de gestionite, n'en avaient aucun souci. On se rappelle aussi très bien que les conférences pédagogiques qui sont des éléments de pertinence et de qualité de tout système éducatif de base ont été boycottées avec succès en décembre 2006 sur toute l'étendue du territoire, et depuis lors, comme cela ne s'était jamais passé, pour défaut de prise en charge que les enseignants réclamaient ; pendant ce temps, le patron du PDDEB, à peine a-t-il pris service en octobre 2006 qu'étaient en travaux ses locaux pour transformer à coups de plusieurs millions de nos francs (on connaît le coût exact) ses services en un havre de luxe insultant pour tous ces enseignants qui voulaient juste le minimum pour assurer leur noble tâche. Et comme pour bien se moquer d'eux, le secrétaire permanent du PDDEB dira dans San Finna n°462 que c'est pour soigner l'image du Burkina qu'il a fait paver le PDDEB, peint les arbres, les cailloux, les vitres, etc., à coups de millions.

Avec 34,54% ou 58,46 (c'est selon) de taux de succès au CEP, il faut démolir les bâtiments du PDDEB et reconstruire pour soigner de nouveau l'image du Burkina, si non on n'est pas honoré.

Dans leur aigreur et dénuement, les enseignants ont appris, vu, entendu, regardé et écouté des journées portes ouvertes du PDDEB organisées, où tout se dépensait sans retenue, alors qu'eux ne demandaient que le strict minimum de conditions de vie et de travail pour préparer suffisamment les élèves au CEP de 2008, alors que les encadreurs pédagogiques ne souhaitaient avoir que quelques litres d'essence pour aller encadrer suffisamment les enseignants.

Dans un tel système où les uns prennent les enseignants et leurs encadreurs pour des nez percés, il faut être un génie de montagne pour ne pas tomber dans un état démesuré de déception et de découragement. Conséquence, le moral atteint par toutes ces foutaises faites à leur endroit, des enseignants se sont résignés à n'accomplir que le strict minimum de leur devoir professionnel, abandonnant tout sens de pro-action et d'engagement.

Face donc à de tels résultats médiocres, à qui doit-on s'en prendre ? Chacun peut y répondre... Et il risque toujours d'en être ainsi tant qu'au MEBA les choses n'évolueront pas. Sur le plan de l'encadrement des enseignants, il faut prendre en compte le vrai problème structurel qu'est la question des instituteurs principaux (fonctionnaires de catégorie A3).

Malgré les dispositions du décret 96-PRES/PM/MESSRS/MEBA du 2 septembre 1996, qui stipule en son article 2 que les instituteurs principaux sont bel et bien des personnels d'encadrements pédagogiques de l'éducation nationale, ces derniers, qui sont aujourd'hui les vrais encadreurs pédagogiques de proximité, sont traités avec peu d'égards.

Et il n'y eut personne de l'entourage du ministre pour attirer son attention. Exclus des conférences annuelles des encadreurs pédagogiques (alors qu'ils sont les premiers encadreurs pédagogiques sur le terrain), certains sont des adjoints d'instituteurs certifiés (fonctionnaires de catégorie B1) sur le terrain. Au MEBA, devant un cas pareil, un directeur s'est justifié en disant que c'est la ministre elle-même qui aurait donné des instructions.

Si c'est faux comme on l'imagine, cela veut dire que certains de ses collaborateurs, abusant de sa confiance et de sa sincérité, ne rendent aucun service, ni à elle ni au système. Pour poser les vrais problèmes de l'éducation de base et éviter le pire qu'on connaît aujourd'hui, plus de 8000 instituteurs principaux se sont réunis en 2007 au SIAO, mais ont-ils été entendus ? Non. Donc, on ne doit pas s'étonner que l'encadrement pédagogique ait été insuffisamment assuré.

Troisième explication

L'injustice et l'iniquité au MEBA : comme on peut s'en souvenir aisément, l'année scolaire 2007/2008 s'est illustrée par le licenciement d'enseignants et d'encadreurs pédagogiques pour une simple histoire de quelques manuels scolaires dérobés sans passer par la justice.

Au motif que ce sont des éducateurs qui doivent donner le bon exemple, ils ont été "chassés" de la Fonction publique sans la manière ni la procédure. Mais le drame, c'est que le MEBA ne s'est jamais servi du même bâton partout. Pour preuve, au PDDEB, un agent recruté sans test, donc contrairement aux procédures légales de recrutement au Faso, en qualité de comptable, signe un ordre de mission avec un véhicule de l'Etat bien rempli de carburant qu'il donne à ses amis pour qu'ils voyagent.

Le véhicule ayant fait un accident en cours de route, il est tout simplement tracté et réparé à plusieurs centaines de milliers de nos francs aux frais du PDDEB. Sanctions ? Une simple lettre d'explication et une mise à pied de trois jours, a-t-on appris. Les gestionnaires du système ne doivent-ils pas, eux aussi, donner le bon exemple ?

D'abord en se recrutant par voie légale, ensuite, en se comportant comme des gens responsables, enfin, en sanctionnant tout le monde comme il se doit. Il n'y a donc pas de doute que ce sont toutes ces humiliations, frustrations et insultes à l'égard des enseignants et de leurs encadreurs pédagogiques qui sont, de loin et indirectement, les vraies causes des contre-performances au CEP cette année.

Le fait aussi que notre ministère n'ait pas été en mesure de proposer un contenu communicationnel qui puisse rassurer les enseignants qu'ils font également partie du système MEBA a posé un véritable problème.

Madame le ministre a beau être disponible, engagée et franche dans sa volonté de réussir, comme elle le fait, tant que certains de ses collaborateurs n'auront pas cessé de faire transparaître, d'un côté, les privilégiés du système brillant malheureusement par leur arrogance et leur carence dans un état de déficit et de constipation intellectuels, et de l'autre, les enseignants et leurs encadreurs pédagogiques considérés comme des bon à rien, des aigris, des hères, des laissés-pour-compte, tant que le PDDEB sera géré comme une entreprise privée et personnalisée sans la prise en compte de l'avis des enseignants et de leurs encadreurs pédagogiques, on assistera toujours à une abdication, voire à une capitulation face au combat pour la valorisation du capital humain dans notre pays.

Pour l'ANEP,

Le Bureau Exécutif National

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