Côte d'Ivoire: Des bailleurs menacent de suspendre leur programme sur le SIDA
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Inter Press Service (Johannesburg)
19 Août 2008
Publié sur le web le 19 Août 2008
Aly Ouattara
Korogho
Les bailleurs de fonds des projets de 'CARE International' -- destinés à la lutte contre le VIH/SIDA -- menacent de suspendre l'aide si les organisations non gouvernementales (ONG) bénéficiaires ne parviennent pas à justifier l'utilisation des subventions reçues.
Nina Kaba, la gestionnaire des subventions de 'CARE International' en Côte d'Ivoire, a déclaré que son organisation comptait dans le pays 58 partenaires opérationnels qui ont bénéficié de 80 subventions octroyées depuis 2004 pour l'exécution de projets anti-SIDA aux objectifs spécifiques dans le sud contrôlé à l'époque par les troupes gouvernementales, et dans la zone centre-nord-ouest occupée par l'ex-rébellion.
Ce sont les projets OASIS (Organisation des actions pour la synergie des interventions), PREMA (Projet de prévention et de prise en charge en situation post-conflit) et CARA (Community Assistance for Responding to Aids). D'un montant total de quelque huit millions de dollars, ces projets ont été financés par le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, le paludisme et la tuberculose, et par le Plan d'aide d'urgence à la lutte contre le SIDA (PEPFAR) du président américain George W. Bush.
Les activités menées sur le terrain par ces projets de la lutte contre le VIH/SIDA portent sur la sensibilisation et la prise en charge des personnes infectées par la maladie à travers, à travers notamment la distribution des médicaments anti-rétroviraux et le financement des activités génératrices de revenus par des gens pauvres affectés par pandémie.
Les menaces de suspension ont été proférées à Korhogo, dans le nord de la Côte d'Ivoire à la fin du mois dernier lors d'une réunion de coordination regroupant toutes les structures qui luttent contre le VIH/SIDA dans ce pays d'Afrique de l'ouest.
Kaba a indiqué qu'il faudrait au moins 80 pour cent de documents justificatifs des dépenses effectuées pour bénéficier de nouvelles subventions comme l'exigent les bailleurs alors que seulement 50 pour cent des dépenses ont pu être justifiées dans la zone centre-nord-ouest et la partie sud du pays.
Elle a également énuméré les difficultés rencontrées par les partenaires de CARE International : le non-respect des clauses contractuelles, le retard de dépôt des pièces justificatives, le non-respect des procédures apprises, la mauvaise qualité des pièces justificatives. Kaba a ajouté que des efforts restaient à faire pour emmener les partenaires à justifier leurs dépenses.
Lançant un cri de coeur aux ONG concernées, Kaba a déclaré : "Si les partenaires ne justifient pas l'utilisation des fonds reçus, le programme va être suspendu et cette suspension risque d'élever le taux de mortalité des malades et de contamination au VIH/SIDA dans le pays".
Selon l'enquête sur les indicateurs du SIDA, réalisée en 2005 en Côte d'Ivoire, le taux de prévalence nationale est de 4,7 pour cent, mais ce taux est de 6,1 pour cent à Abidjan, la capitale économique, qui reste la ville la plus touchée du pays.
Toutefois, Dr André Pkaï, chargé de programme de la cellule technique d'appui aux initiatives locales de la région des savanes dans le nord, une structure représentant le ministère ivoirien de la Lutte contre le SIDA, estime que le manque de justification des fonds a d'autres causes dont le bailleur est parfois responsable. Il cite notamment "le retard dans l'élaboration et la validation des budgets des partenaires opérationnels par CARE International, le retard dans la signature des contrats des partenaires et dans la mise à disposition des fonds".
De son côté, Mamadou Fadiga, président du réseau des acteurs de la lutte contre le SIDA à Korhogo, a expliqué à IPS : "La justification des subventions est une préoccupation des structures nationales, particulièrement celles des zones centre, nord et ouest".
La difficulté, dit-il, est que chaque bailleur a son processus et ses critères d'explication des subventions auxquels les structures doivent s'adapter. "Si les structures ne sont pas suffisamment outillées, les justifications liées à leurs dépenses seront plus ou moins rejetées afin que la structure élabore selon les critères définis par le bailleur", a souligné Fadiga.
"Néanmoins, la situation s'améliore progressivement et nous sommes en train d'harmoniser nos efforts pour aider les structures à être à la hauteur et répondre aux attentes des bailleurs", a-t-il affirmé à IPS.
Pour sa part, Jean Marcel Konan, président du conseil d'administration du Réseau régional de renforcement des capacités en ligne, une ONG basée à Abidjan, exprime une opinion différente. "Ces justifications, qui sont généralement de mauvaise qualité, sont le fait de l'incompétence des ONG dans l'élaboration des données et de leur ignorance des logiciels des NTIC (Nouvelles technologies de l'information et de la communication)".
Les carences des ONG, qui continuent d'exercer dans l'informel, montrent qu'elles ont besoin de formation pour être professionnalisées, estime Konan. "Avec cette incompétence de la coordination des activités, les données ne parviennent pas là où il faut, au moment où il faut", dit-il à IPS, ajoutant : "En matière communautaire, les ONG doivent être formées à l'utilisation des logiciels des NTIC, en leadership, en management des organisations, en audit, en gestion financière et en gestion administrative".
Fondée en 1946 par des Américains pour fournir à l'époque des aides à une Europe ravagée par la Seconde Guerre mondiale, CARE International intervient, entre autres aujourd'hui, dans l'urgence humanitaire, l'éducation, la santé et l'assainissement, et la bonne gouvernance dans les pays en développement.
Les antennes de CARE International en Côte d'Ivoire sont basées à Abidjan, (sud) à Bouaké (centre), Korhogo (nord) et Man (ouest).
La Côte d'Ivoire est coupée en deux par une rébellion armée qui occupe la moitié nord du pays. Des ex-soldats de l'armée régulière estiment avoir pris les armes le 19 septembre 2002 pour lutter contre l'exclusion présumée des populations de cette partie du pays. Après plus de cinq ans de conflit, le pays semble avoir amorcé la marche vers une sortie de crise, dont la première épreuve capitale est la tenue effective de l'élection présidentielle fixée au 30 novembre prochain.
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