Le Potentiel (Kinshasa)

Zambie: Décès de Levy Mwanawassa : guerre de succession déclarée

LUDI CARDOSO/PIERRE EMANGONGO/BIENVENU IPAN (STAGIAIRE)

20 Août 2008


analyse

Kinshasa — Le président zambien Levy Mwanawasa est décédé hier mardi 19 août à Paris (France). Mais sa disparition risque de plonger la Zambie dans une grave crise politique étant donné qu'il y a d'une part une guerre de succession déclenchée au sein du Mouvement pour la démocratie multipartite (MMD-parti au pouvoir) et d'autre part, d'anciens opposants qui contestaient depuis 2001 l'élection du défunt président. Au niveau de la SADC, plusieurs personnes estiment que le président Mugabe compte, avec la disparition de Mwanawasa, un opposant de moins.

Le président zambien Levy Mwanawasa est mort hier mardi 19 août dans un hôpital parisien où il était hospitalisé depuis début juillet après une attaque cérébrale. C'est du moins ce qu'a annoncé mardi le vice-président zambien Rupiah Banda sur les médias d'Etat.

Rupiah Banda a décrété, à cet effet, un deuil national de sept jours sur l'étendue du territoire national et invité tous les citoyens zambiens au calme durant toute cette période.

La veille, le gouvernement zambien avait annoncé une brutale détérioration de son état de santé, qui avait suscité une intervention chirurgicale urgente.

D'une santé fragile, le chef de l'Etat zambien, 59 ans, avait fait une attaque cérébrale, la seconde en deux ans, en marge d'un sommet de l'Union africaine (UA) en Egypte et avait été transféré en France après avoir été traité au Caire.

Et pour compatir au malheur qui de frapper la Zambie, plusieurs personnalités n'ont pas caché leurs vives émotions. C'est dans ce contexte que le président français Nicolas Sarkozy a, selon AP, fait part de sa « vive émotion », notant que la disparition du chef d'Etat Mwanawasa « est une grande perte pour le peuple zambien dont il s'était attaché le respect et l'affection ».

UNE SUCCESSION PROBLEMATIQUE

Alors que le commun des Zambiens pleure le président Mwanawasa, dans la classe politique, cependant, s'ouvre une ère nouvelle autour de sa succession. Cette bataille s'annonce rude d'autant plus que le défunt président compte depuis son élection en 2001, de nombreux opposants qui l'avaient, à l'époque, accusé des fraudes électorales massives. Les observateurs de l'Union européenne venus surveiller le scrutin avaient également constaté de nombreuses irrégularités et le déclaraient illégitime.

L'occasion faisant le larron, les opposants zambiens ont profité de la maladie du président Mwanawasa pour exprimer leurs prétentions à la magistrature suprême. Selon la Constitution zambienne, le vice-président, actuellement Rupiah Banda, doit assurer la présidence par intérim avant l'organisation de nouvelles élections dans les trois mois.

Mais avant même le décès de Mwanawasa, la guerre de succession avait commencé au sein de son parti, le Mouvement pour la démocratie multipartite (MMD).

C'est ce qui explique la réaction de Rupiah Banda qui a, selon le quotidien gouvernemental «Daily Mails relayé par l'agence Pana dans son édition du mardi 22 juillet 2008, condamné la course à la succession du président à laquelle se livrent actuellement de hauts responsables du parti au pouvoir, appelant à la fin des tiraillements.

M. Banda a affirmé que les divergences constatées depuis trois semaines, c'est-à-dire depuis que le président Levy Mwanawasa est tombé malade, étaient aussi inutiles que démoralisantes.

UN OPPOSANT DE MOINS

Il a, par conséquent, demandé aux hauts responsables du MMD impliqués dans cette lutte à la succession de mettre un terme aux chamailleries, sources de tensions et de désunion.

Il a également expliqué qu'en tant que parti au pouvoir, le MMD doit s'abstenir de créer des dissensions, ajoutant qu'il conviendrait de mettre un terme aux comportements de certains hauts responsables candidats à la succession du chef de l'Etat, car cela pourrait créer la scission au sein du parti.

Outre la guerre de succession à la présidence de la Zambie, plus d'une personne estiment qu'au niveau de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), le père de l'indépendance zimbabwéenne se frotte les mains de voir la disparition d'un de ses opposants farouches dans le règlement du conflit post-électoral au Zimbabwe. Une façon de souligner que Robert Mugabe compte déjà un opposant de moins avec la disparition de cet homme qui n'a eu de cesse à condamner les dérives totalitaires du régime au pouvoir à Harare.

QUI ETAIT MWANAWASA ?

Zambien d'origine, Lévy Mwanawasa est né à Mufulira au nord de la Zambie, à la frontière avec la province du Katanga (RD Congo). Il grandit dans une famille de dix enfants. Mwanawasa obtient un diplôme de droit de l'Université de Zambie et commence à travailler dans un cabinet d'avocat à partir de 1974. En 1978, il fonde son propre cabinet Mwanawasa & Company avant de devenir, pour un an, Solicitor General de Zambie. Le 1er novembre 1991, il est nommé vice-président par le président Frederick Chiluba et il quitte son cabinet en mars 1992.

Liens Pertinents

Il démissionne de son poste de vice-président en 1994, étalant au grand jour la corruption qui gangrène l'État zambien et le fait que personne ne respecte l'autorité du gouvernement dans l'administration. L'ancien vice-président se lance dans la campagne pour la présidence de l'ancien parti unique, le MMD en 1996, mais subit une défaite face à son ancien supérieur, le président Chiluba. Ce dernier ne peut se représenter à l'élection de 2001, atteint par la limite constitutionnelle de deux mandats. Le comité national exécutif du MMD investit Mwanawasa candidat officiel en août 2001. Mwanawasa est élu le 27 décembre 2001 face à neuf candidats dont les anciens vice-présidents Godfrey Miyanda et Christon Tembo mais surtout Anderson Mazoka. Cette élection avait donne lieu à beaucoup de contestation de la part de l'opposition et en particulier de Mazoka et Mickel Santa. Cela n'avait rien changé et Mwanawasa était investi le 2 janvier 2002.

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