Inter Press Service (Johannesburg)

Burkina Faso: Encore plus d'aide pour booster la lutte contre le paludisme

Brahima Ouédraogo

20 Août 2008


Le Burkina Faso a davantage besoin de moyens pour lutter efficacement contre le paludisme, estiment des acteurs de la santé dans ce pays d'Afrique de l'ouest où la maladie causée par l'anophèle constitue encore la première cause de mortalité.

Au Burkina Faso, le paludisme est responsable de près de 40 pour cent des décès. Dans les hôpitaux, 60 à 70 pour cent des cas de paludisme occupent les lits des sections pédiatriques, selon le ministère de la Santé.

"Au Burkina..., l'incidence du paludisme est stationnaire, donc nous n'avons pas pu faire reculer le paludisme", déclare à IPS, Dr Sodiomon Bienvenu Sirima, coordonnateur du projet de développement de vaccins antipaludiques dans le pays. Il reconnaît toutefois que sans l'aide extérieure, la situation aurait pu être pire.

Selon Sirima, les pays d'Afrique de l'ouest en général, et le Burkina en particulier, n'arrivent pas à lutter contre le paludisme de façon efficace en raison de l'insuffisance des soutiens extérieurs qui constituent la principale source de financement du secteur de la santé.

Grâce à une aide extérieure conséquente, des pays comme le Kenya, le Mozambique, la Tanzanie et la Gambie ont un taux d'utilisation de la moustiquaire imprégnée qui tourne autour de 90 pour cent, affirme Sirima. Au Burkina, ce taux est moins de cinq pour cent dans certains villages, ajoute-t-il.

L'avantage de ces pays, explique Sirima, est qu'ils reçoivent successivement d'importants soutiens du Fonds mondial contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme, ou de L'Initiative du président américain contre le paludisme, lancée en 2005, ou de la 'Wellcome Trust' du Royaume-Uni.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande aux pays d'atteindre une couverture de 80 pour cent de moustiquaires imprégnées pour les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans. Au Burkina, le taux est à 24 pour cent de couverture pour les enfants de moins de cinq ans et 27 pour cent pour les femmes enceintes.

Selon le ministère de la Santé, les taux de prévalence du paludisme sont de 195 cas pour 1.000, pour la population générale, 497 cas pour 1.000 chez les enfants de moins de cinq ans, et 111 cas pour 1.000 pour les femmes enceintes.

"Nous avons des financements des partenaires, de l'Etat, mais ces financements ne nous permettent pas de financer de façon efficace la lutte contre le paludisme étant donné l'ampleur de la maladie et les moyens dont on a besoin pour faire face aux différentes interventions", explique Dr Eric Ouédraogo, coordonnateur du Programme national de lutte contre le paludisme au Burkina.

Dans son Plan de développement sanitaire (PDS) adopté en 2001, l'Etat s'est engagé à accroître le budget de la santé jusqu'à atteindre 12 pour cent du budget national en 2010. L'OMS recommande une participation de 15 pour cent des budgets nationaux au secteur de la santé.

Cependant, le gouvernement, qui prévoit des dépenses de 771 milliards francs CFA (environ 1,7 milliard de dollars) pour le secteur de la santé entre 2001 et 2010, continue de rechercher plus de 163 milliards de FCFA (plus de 370 millions de dollars) malgré l'apport de l'aide extérieure estimée à 134,5 milliards de FCFA (environ 305,6 millions de dollars), indique le PDS.

"Manifestement, en ce qui concerne la lutte contre le paludisme, il n'y a pas de mobilisation comme pour le SIDA; or la maladie reste la première cause de mortalité", regrette Dr Maxime Yaméogo, coordonnateur de la santé à la Croix-Rouge burkinabé.

La Croix-Rouge, qui a distribué l'an dernier plus de 15.000 moustiquaires imprégnées grâce à l'appui financier de l'ambassade de France, a du mal à financer ses actions de sensibilisation contre le paludisme cette année.

"En dehors des secours d'urgence où nous avons des couvertures allant de 50 à 90 pour cent, la plupart de nos plans d'action ne sont pas couverts", explique à IPS, Yaméogo qui affirme que la Croix-Rouge n'a obtenu, pour le moment, que 10 pour cent des 23 millions de FCFA (environ 52.275 dollars) qu'elle doit mobiliser pour cette sensibilisation.

Selon Ouédraogo, seul le Fonds mondial, dont le Burkina a reçu 17 milliards de FCFA (environ 38,6 millions de dollars) au début ce mois, permet de combler le gap laissé par l'Etat et les autres partenaires.

Les fonds obtenus par le Burkina, indique-t-il à IPS, permettront de fournir gratuitement des moustiquaires imprégnées aux enfants de moins de cinq ans et aux femmes enceintes. Pour les autres tranches d'âges, la moustiquaire sera vendue à 500 FCFA (environ 1,13 dollar) dans les villages. Ils permettront également une prise en charge de 80 pour cent des cas de paludisme dans les formations sanitaires contre 60 pour cent actuellement.

Mais l'écart entre les différents décaissements du Fonds mondial ne permet pas de lutter de façon soutenue contre le paludisme, souligne Dr Sirima. Le Burkina Faso vient seulement de voir sa deuxième soumission acceptée à ce fonds qui est à son septième round, ajoute-t-il.

Selon Dr Ouédraogo, les difficultés de financement sont souvent liées aux mécanismes propres à chaque institution, qui rendent souvent les procédures longues. En outre, le Burkina, comme d'autres pays, est défavorisé par la faiblesse de l'expertise pour la présentation des requêtes.

"Nous n'arrivons pas à écrire des programmes qui sont compétitifs", explique Sirima qui regrette que la plupart des soumissions soient faites en anglais et évaluées par des anglophones. Selon lui, les évaluateurs du Fonds mondial doivent prendre en compte la différence linguistique.

Pour Alexis Anouan, coordonnateur à l'ONG belge Volen à Ouagadougou, la capitale burkinabé, les pays développés, qui ont adhéré à la déclaration de Paris en 2005 -- sur l'efficacité de l'aide --, doivent pouvoir améliorer le panier de l'aide grâce à une bonne identification des priorités des différents pays.

"Encore faut-il que les domaines prioritaires soient biens définis et mis en harmonie dans un plan de développement cohérent et harmonieux qui est bâti suivant un processus participatif impliquant les différentes composantes des populations cibles", souligne Anouan.

Cependant, Anouan s'inquiète du non-respect des engagements des pays développés qui avaient promis 0,7 pour cent de leur revenu national brut à l'aide aux pays pauvres.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2008 Inter Press Service. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Burkina Faso

Rubriques