Cameroun: Les prisons en ébullition !
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Le Messager (Douala)
21 Août 2008
Publié sur le web le 21 Août 2008
Bernard Batana Avec Judith Kamdem (stagiaire)
Yaoundé, le 10 mai 2005, prison centrale de ( kondengui ).En cette veille de la fête du 20 mai, les prisonniers sont fâchés et le font savoir « Depuis deux mois, les gardiens de prison nous prennent pour des chiffons. Chaque matin, ils se contentent d'aller derrière la prison pour l'entraînement de la fête du 20 mai. A leur retour à 11 heures, ils commencent l'embarquement des prisonniers à conduire au parquet, le temps de les enchaîner, les magistrats renvoient les affaires pour au moins deux mois », confiera le porte parole des prisonniers au Messager. Joint au téléphone, un responsable de l'administration pénitentiaire tente une explication : « Je ne vais pas vous embrouiller avec les chiffres. Retenez que ceux qui s'entraînent sont les mêmes qui doivent conduire les détenus au parquet ». Les détenus, très remontés, se disent prêts à passer à la vitesse supérieure si leur acheminement au parquet continue de se faire tardivement.
Yaoundé le 26 juillet 2005, une grave altercation oppose les condamnés à mort aux gardiens de la prison de Kondengui et pour cause, « un grand bandit a poignardé un condamné à mort dans le dos. Transporté d'urgence à l'infirmerie, on lui a injecté un antibiotique périmé en l'absence de l'infirmier de service ». Pour sauver leur co-détenu, les condamnés à mort séquestrent le régisseur Paul Merlin Likeng afin de contraindre à évacuer la victime à l'hôpital. Face à la détermination des maximilliens d'en découdre avec le régisseur, les gardiens de prison tirent douze coups de feu en l'air.
Buea le 14 août 2005, aux environs de midi, Mouko, un condamné à mort tient en respect les gardiens de prison du pénitencier à l'aide d'un pistolet. Les geôliers tentent de résister. Ils sont aussitôt mis en minorité par une horde de détenus armés de couteaux et de gourdins. Cinquante trois prisonniers profiteront de cet affrontement, de la vétusté des locaux et l'état de décrépitude avancée de la prison pour s'évader. Le régisseur, M. Nono, sollicite le renfort de la gendarmerie et de la police pour rattraper les fugitifs éparpillés dans la ville. La chasse à l'homme commence car parmi les fuyards se trouvent des dangereux criminels. Dans cette battue organisée, quatre prisonniers sont tués, huit rattrapés et de nombreux blessés enregistrés.
Yaoundé le 2 janvier 2007, Kondengui est réveillé par des coups de feu en provenance de la prison. Le 28 décembre 2006 en effet, les gardiens de prison ont commencé à manifester leur mécontentement. « Depuis notre sortie de l'école nationale d'administration pénitentiaire le 26 novembre 2004, nous n'avons pas encore été intégrés dans le corps des gardiens de prison » confie l'un d'eux au Messager avant de déplorer le fait que « la bourse qu'on nous octroie est de 40 500frs ».A l'intérieur du pénitencier, la furie des prisonniers atteint son paroxysme : ils détruisent tout, bureaux, infirmerie, magasins Dans cette confusion, la gendarmerie appelée en renfort chargent les manifestants : plus de deux morts et des dégâts matériels enregistrés.
Yoko les 28 et 29 juin 2007, La mutinerie la plus spectaculaire suivie d'une évasion massive durant cette décennie se sont déroulées à Yoko dans le département du Mbam et Kim. Bilan très lourd : au moment où la cavale des vingt huit fugitifs de la prison principale de Yoko prend fin le 4 juillet 2007, 26 sont rattrapés, vingt tués par la gendarmerie nationale, cinq blessés graves. Dans la nuit du 28 au 29 juin 2007 en effet, il était un peu plus de minuit lorsque deux jeunes prisonniers spécialisés dans les braquages internés dans la prison de production de Yoko décident d'escalader le mur intérieure de cette maison d'arrêt. Au même moment une centaine d'autres détenus hurlent à travers les différents quartiers de la prison. Trois geôliers seulement sur la dizaine que compte la prison de Yoko assurent la garde. Ils sont désarmés par les prisonniers. Près de 60 détenus fondent dans la nature emportant plus de 800 munitions, des armes et d'autres équipements.
Kribi le 12 décembre 2007, en pleine nuit, le feu s'élève à la prison principale. La panique s'empare des riverains de la maison d'arrêt. Une bagarre entre prisonniers de ce pénitencier s'est transformée en émeute. « Les prisonniers saccagent tout et exigent le respect de leurs droits et interdisent l'accès de la prison aux gardiens » écrit Le Messager. Selon le régisseur Thuisseu, « cette grogne est la conséquence de l'interdiction des cigarettes et autres drogues dans la cellule et le durcissement des méthodes de contrôle ». Faux rétorquent les pensionnaires, « ce n'est pas un pas un problème de cigarette, ce que nous réclamons, c'est le respect de nos droits. Nous ne pouvons pas accepter qu'un détenu parce qu'il a de l'argent brime les autres sous le regard indulgent du régisseur. On nous prive aussi de nos repas quotidiens parfois » confie un détenu qui totalise sept ans dans cette prison.
Douala le 25 décembre 2007, Owona Ndengué et 19 autres détenus trompent la vigilance des geôliers de la prison centrale de new Bell à Douala et se fondent dans la nature. « C'est par le mur arrière qu'ils ont escaladé après avoir tenu en respect à l'aide de pistolets automatiques deux gardiens de prison postés dans les miradors », explique un gardien de prison au Messager.Les pistolets automatiques utilisés par les évadés auraient été cachés dans des boules de couscous transportées quelques semaines plutôt par un détenu ayant bénéficié des corvées libres.
Bafoussam le 3 janvier 2008, au petit matin, trois détenus s'échappent de la prison de cette ville. Il s'agit de Armand Talla, 27 ans, ancien élève au lycée technique de Bafoussam poursuivi pour vol aggravé ; Godlove Tanka, sans profession, poursuivi plusieurs fois pour vol ; et Jonas Tatepoung, 37 ans poursuivi pour détention d'arme à feu.
Douala le 29 juin 2008, une tentative d'évasion à la prison de New Bell se transforme en carnage. Bilan : plus de 15 morts et de nombreux blessés. Tout commence dans la cour du pénitencier lorsqu'un détenu tire un coup de feu en l'air dans le but de distraire les gardiens de prison afin de polariser leur attention et faciliter l'évasion massive de ses co-détenus. Les gardiens de prison ripostent en ouvrant le feu sur ceux des prisonniers ayant réussi à franchir la porte de sortie. C'est ainsi que certains détenus sont abattus et d'autres blessés tandis que quelques uns s'enfuient dans la nature. Pour rattraper les fuyards, la ville de Douala restera quadrillée par les forces de l'ordre le lendemain ; ils courent toujours.
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