L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Zambie: La mort d'un honnête homme

Hamidou Ouédraogo

20 Août 2008


Ainsi donc, la maladresse commise par le président sud-africain, Thabo Mbeki, en demandant le 3 juillet 2008, au cours d'une cérémonie à Pretoria, une minute de silence pour son homologue zambien, alors vivant, s'est confirmée : en effet, Levy Mwanawasa, né le 3 septembre 1948, s'en est allé le 19 août dernier en France, à quelque deux semaines de ses 60 ans, dans un hôpital militaire en région parisienne, où il était admis pour des soins intensifs.

Par suite d'attaque cérébrale, dont il a été victime, depuis le 29 juin 2008 en Egypte lors du sommet de l'Union africaine. Un deuil national d'une semaine a alors été décrété par le vice-président, Rupiah Banda. Celui que les 11,5 millions de Zambiens pleurent aujourd'hui est considéré comme un des présidents démocrates d'Afrique. En rappel, ayant régulièrement accédé au pouvoir en fin 2001, après avoir transité par la vice-présidence en 1991, il avait été reconduit pour un second mandat en 2006, qui courait jusqu'en 2011. Depuis fin 2001, date de son accession à la présidence, Levy Mwanawasa Mwanawasa a reçu « les encouragements des pays occidentaux en déclenchant la plus vaste opération anti-corruption qu'ait connue l'ex-colonie britannique depuis son indépendance ».

Il a même été cité comme l'un des dirigeants exemplaires par les partenaires de la Zambie, notamment le Fonds monétaire international et bien d'autres bâilleurs européens, « qui ont effacé une grande partie de la dette zambienne après sa réduction des dépenses publiques et son offensive contre la corruption ». C'est donc un homme qui a su forcer l'admiration des observateurs de la scène politique zambienne et qui mérite par conséquent, les éloges qui pleuvent aujourd'hui sur lui depuis sa disparition.

Levy Mwanawasa s'est surtout distingué pour son opposition farouche à l'attitude de son homologue Robert Mugabe, à qui il n'a pas caché ses sentiments depuis la détérioration du climat social au Zimbabwe. On n'ose pas dire que ce dernier a sauté le champagne à l'annonce du décès de son pair, mais on sait que le défunt était un de ses adversaires irréductibles au niveau de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC).

Liens Pertinents

Mais qu'adviendra-t-il à la Zambie après la disparition de son troisième président depuis l'indépendance en 1964 ? Notamment qu'est-ce qui va changer véritablement tant au niveau de la sous-région et qu'à l'intérieur même du pays ? En attendant l'échéance de l'intérim de 90 jours, comme le prescrit la Constitution zambienne, assuré par le vice-président, Rupiah Banda, ce semble être la préoccupation de plus d'un en Zambie et ailleurs. En tout cas, pour nombre d'observateurs de la scène politique zambienne, celui dont on salue la mémoire aujourd'hui a réussi son passage à la tête de la Zambie, qui, tout comme le Botswana, fait la fierté du continent africain en matière d'avancée démocratique et donne un motif d'espoir. Il n'y a plus qu'à souhaiter que l'expérience de ce dernier se poursuive. Car, il ne reste plus que quelque 87 jours pour que les joutes électorales conduisant à la succession au fauteuil présidentiel zambien soient ouvertes.

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