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Côte d'Ivoire: Il y a deux ans !


 

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Nord-Sud (Abidjan)

ANALYSE
20 Août 2008
Publié sur le web le 21 Août 2008

Dembélé Al Seni

Côté officiel, motus et bouche cousue. Les victimes, elles, tentent de se souvenir. A travers prières et expositions de photos rappelant ce funeste 19 août 2006. Ce jour-là, la vie dans la capitale économique de la Côte d'Ivoire va tourner au cauchemar. Les habitants d'Abidjan respirent une odeur visqueuse qui prend la gorge et donne des douleurs de tête.

Quelques jours auparavant, le district d'Abidjan avait annoncé une opération de démoustication. Pour beaucoup, cette situation de difficultés, respiratoires, n'est qu'un vilain quart d'heure lié à cette opération. Les insecticides déversés dans la ville sont de nature à perturber l'air et à causer une gène respiratoire. Très rapidement il fallait cependant se rendre à l'évidence.

La perle des lagunes est sous l'emprise des déchets mortels. Sur au moins quinze sites à travers la ville, les résidus sortis des cales du navire poubelle Probo Koala ont été déversés dans la ville. Les familles à Akouédo, aux Deux Plateaux, à Cocody, à Abobo ont été plongées dans la stupeur. Beaucoup ont dû quitter précipitamment les habitations pour des lieux plus cléments. Avec le lot de désagréments que crée l'exode. Les cas de maladies se sont multipliés, problèmes respiratoires bien sûr, oedèmes sur la peau, vomissements

Dur, dur

Les hôpitaux non préparés ont vite été débordés par l'afflux des malades. Plusieurs dizaines de personnes atteintes ont dû passer dans des hôpitaux forains et de fortune et se contenter de calmant pour la plupart. Au bilan officiel, seize morts et des intoxiqués par milliers. La tragédie nationale a marqué la conscience et la chair des Ivoiriens.

Deux ans après les événements, de nombreux sites contaminés restent avec leur produit de la mort. Les opérations de dépollution n'ont pas été menées à terme. Dans la zone portuaire en particulier où les travailleurs continent à payer un lourd tribut aux déchets toxiques qui y ont été déversés. Côté indemnisation, les chanceux qui ont perçu deux cent mille francs Cfa doivent s'endetter pour le reste des soins que nécessite leur état.

Les autres, la grande majorité ignorée par les critères de recensement des victimes n'ont même pas eu droit à une larme de compassion. Les cent milliards de Cfa déboursés par Trafigura, la compagnie affréteur du navire de la mort, ne les prend pas en compte dans sa clé de répartition établie par la cellule de crise installée au palais.

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Les cris et les protestations des nombreuses associations des victimes n'y ont rien changé pour l'instant. Pour l'heure, les Ivoiriens pleurent les morts et vivent avec leur mal dans l'attente d'une main magnanime qui volerait à leur secours. L'attente pénible dure deux ans !


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