L'Express de Madagascar (Antananarivo)

Madagascar: Une centaine de familles des rues prospèrent à Ampasipotsy

Noro Haingo Rakotoseheno

21 Août 2008


Trois heures de route qui paraissent interminables. Puis, la commune rurale d'Ampasipotsy se dessine à l'horizon entre les collines et les plaines au fur et à mesure que l'on s'approche du village. Au bout du périple, proche du village de Mahasolo s'étend une terre fertile. Le désert couvre le reste du territoire.

Dépaysées, c'est la première impression que les familles ressentent au cours des premiers temps de leur installation. Mais la volonté de sortir du lot des défavorisés l'emporte sur l'envie de quitter cet endroit isolé.

En une dizaine d'années, le souvenir d'un passé difficile n'effleure plus l'esprit de Voahirana Lalao Razafinirina « A notre arrivée, le père Jacques Tronchon nous a offert deux zébus. Aujourd'hui, nous en avons dix et un porc en sus. Je ne compte plus revenir en arrière. Il y a dix ans, nous dormions à la belle étoile. Actuellement, nous avons un toit, des meubles et de quoi pour survivre », déclare-t-elle.

La famille de Voahirana Lalao Razafinirina faisait partie de la première promotion d'une vingtaine de ménages sans-abri installés au village. Depuis, sa promotion a peuplé le quartier de Tsaratanjona. Jacqueline Razafindranoro, la responsable de la commission de la propreté affirme qu'aucune famille n'a abandonné le village. « En général, le taux d'abandon est très faible, environ trois familles ont quitté les projets d'implantation à la campagne », déclare le père Jacques Tronchon, fondateur de l'association d'acceuil des sans-abri (ASA) ou Ankohonana sahirana arenina.

Chaque année, une vingtaine de familles rejoignent le village d'Amp

Certaines familles ont pu meubler et équiper leur foyer au fil du temps.

asipotsy, pour cultiver la terre et multiplier leurs ressources de départ. Une nouvelle vague va débarquer au mois de septembre après avoir suivi les étapes de formation et d'adaptation dans le centre d'apprentissage à Ambatomirahavavy.

Une réinsertion définitive

En dix ans, deux cents familles se sont installées au village. La réussite de la réinsertion dépend surtout de l'accompagnement constant de l'association ASA. « Nous leur fournissons la nourriture, la maison et le terrain de cinq hectares par famille. Nous leur apprenons les techniques culturales et la façon de se servir des matériels agricoles », révèle le père Jacques Tronchon en rappelant que l'ASA commence à se désengager au bout de deux ans. A la fin de cette période, les familles ont acquis généralement leur autonomie.

Les enfants grandissent convenablement. Une école primaire publique locale accueille ceux qui sont en âge d'être scolarisés. Arrivés au secondaire, les élèves choisissent une formation professionnalisante ou poursuivent leurs études dans les lycées du district de Tsiroanomandidy. C'est dans cette perspective que Julienne Razanakolona s'est fixée l'objectif d'assurer l'avenir de sa progéniture. « Je ne compte plus jamais quitter cette terre. Mes enfants vont à l'école, reçoivent des soins quand ils tombent malades et vont à l'église », confie-t-elle.

Pour les adolescents, le Centre des métiers ruraux (CMR) les forme à devenir des spécialistes agraires. Ils y apprenent les techniques de culture du manioc, la confection de certains outils comme la charrue, la brouette, la charrette, voire les marteaux et couteaux.

« Après avoir appliqué les méthodes modernes, un pied de manioc donne 50 kg de tubercules contre une vingtaine avec la culture ancestrale », s'enthousiasme Herinaivo, un jeune apprenti au CMR. Actuellement, la population d'Ampasipotsy évacue désormais leurs productions vers l'extérieur.

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