Nord-Sud (Abidjan)

Zambie: Espèce rare

Dembélé Al Seni

21 Août 2008


analyse

En 1994, il démissionne de la présidence de la République. Pour lui, la corruption du régime et le trafic de la drogue protégés par des autorités au sommet de l'Etat n'étaient pas acceptables. Un geste plutôt inhabituel dans cette Afrique où beaucoup préfèrent, en pareille situation, avaler les principes et convictions et manger des deux mains.

Levy Mwanawassa c'est de lui qu'il s'agit, a quitté la terre des hommes le mardi. Une attaque cérébrale a eu raison de lui. Mais dans ce paysage de dictateurs et de prédateurs de haut vol aux commandes sur le continent noir, l'homme aura donné au moins à espérer. Propulsé à la tête de la Zambie en 2001 par celui qui était considéré comme son mentor, le président Frédéric Chiluba, «l'homme en fer de Lusaka» ne tarda pas à confondre ses détracteurs. Une fois au palais de Lilongwe, il se lança dans une lutte implacable contre la corruption. Frédéric Chiluba et ses proches n'ont pas été épargnés par l'opération.

Les Zambiens et les Africains, avec eux le monde entier ont compris que ce président, avocat de formation, avait une passion pour la justice et la bonne gouvernance. Dans le syndicat des chefs d'Etat des tropiques, Levy Mwanawassa passait également pour un trouble fête. Rompant le pacte non écrit de soutien actif que ces princes se vouaient, il a vertement et publiquement critiqué son homologue du Zimbabwe.

L'espoir ?

Pour le président de la Zambie, Robert Mugabé était une catastrophe. Il a transformé son pays en un «Titanic prêt à couler». C'est dire si ses pairs le portaient dans le coeur. Sur le plan intérieur, Mwanawassa a réussi à redresser relativement la situation économique. Inflation maitrisée, remise en route du secteur minier. Il aura tout essayé pour que les pays de Communauté de développement de l'Afrique australe se mettent aux côtés du peuple du Zimbabwe. Mais les vieilles habitudes et les relations personnelles ont pris le pas sur l'intérêt des populations africaines. Dans ce dossier, Thabo M'Béki, le numéro un sud-africain a imposé sa vision.

Un dialogue sans fin et jusque-là sans résultat tangible avec Mugabe. Au dernier sommet de l'Union africaine en juillet 2008 à Charm el-Cheick en Egypte, seul le Bostwana, un autre pays démocratique pour qui gouverner c'est d'abord servir les populations a soutenu la position de fermeté de la Zambie de Mwanawassa contre le régime de Harare. C'est d'ailleurs à ce rendez-vous que le président zambien va faire son attaque cérébrale dont il ne se relèvera jamais.

Un peu comme s'il ne voulait pas voir de ses yeux la position traitresse de l'Union africaine qui a légitimé Mugabe et appelé à la formation d'un gouvernement d'unité dans le pays. Mwanawassa, un nom qui avec quelques autres dans le sillage de Nelson Mandela permettent de garder, malgré tout, l'espoir en Afrique.

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