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Côte d'Ivoire: Bouaké - Les démobilisés bloquent l'entrée de la ville


 

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Nord-Sud (Abidjan)

21 Août 2008
Publié sur le web le 21 Août 2008

Marcel Konan
Bouaké

Suite des évènements du lundi

Encore des bruits de bottes, hier, en fin de matinée, dans les rues du fief de l'ex-rébellion. Les éléments démobilisés, à l'origine des actes de violence perpétrés sur certains locaux du cabinet civil des Forces nouvelles, lundi dernier, ont à nouveau sévi.

Ils ont encore sorti les muscles au niveau du corridor Sud de Bouaké. Les démobilisés ont bloqué l'accès à la capitale du Centre pour réclamer 5 millions de Fcfa comme prime de démobilisation à chacun. A l'entrée, comme à la sortie du point de contrôle, des pneus sont mis en feu. Des branches d'arbres jonchent la voie, sur le bitume à ces deux endroits de la voie, pour matérialiser la fermeture du corridor. Cars et camions qui arrivent sont priés, poliment de rebrousser chemin. Pour les passagers, pris entre les deux pneus, ce fut une difficile fin de matinée. Deux heures de longue attente, dans le carpour certains, sous les hangars des petits commerçants pour d'autres.La journée avait débuté sous de meilleurs auspices. Au regard des résolutions qui ont ramené le calme au secrétariat des Forces nouvelles,était prévue pour ce matin, au centre culturel Jaques Aka, une rencontre de conciliation, avec le commandant Shérif Ousmane. A cette réunion de vérité, les éléments en colère, ont répondu massivement présent.

«Notre avenir en dépend. Il était important, pour chacun, de venir échanger avec notre premier responsable militaire, pour trouver une issue commune aux différentes préoccupations. C'est vrai que nous sommes soumis au même traitement, mais force est de constater que chacun vit à sa manière, cette difficile période», se justifie un élément, venu assister à la réunion. Il est environ 10 heures, et la réunion initialement prévue pour plus tôt n'avait pas encore débuté. L'orateur du jour, en occurrence le commandant Shérif Ousmane, n'est pas là.« C'est peut-être un faux rendez-vous. Cela fait plus d'une heure qu'on attend. Il n'est toujours pas encore arrivé. On tente de le joindre, il demeure inaccessible. On ne va pas se laisser avoir», précise un démobilisé, d'un air inquiet. Devant le retard accusé par le commandant de zone, qui aux dernières nouvelles, assistait à la levée du corps de l'ex-commandant secteur de Ouangolo,les mécontents prennent la résolution de rallier le siège de l'Onuci, situéà une demi heure de marche. Sur les lieux, la foule de démobilisés, dans un souci de faire tâche d'huile, déplace le lieu du siège à quelques kilomètres de là, en direction de Djébonoua. Précisément au niveau du corridor.

Les gardes trouvés sur cette destination finale, devant la marée humaine, n'opposent aucune résistance. Devenus maitres des lieux, les ex-combattants mettent rapidement à exécution leur dessein. Outre les deux obstacles, posés à l'entrée et à la sortie du point de contrôle, des barrages sont positionnés à proximité du village de Kongodékro. La circulation est paralysée. «Aujourd'hui, nous sommes sortis pour revendiquer qu'on nous paie nos 5 millions. C'est ça ou rien. Nous ne sommes plus dans la négociation», martèle un leader du mouvement d'humeur, nommé Diaby.Informé, Shérif Ousmane met aussitôt le cap sur le corridor assiégé. Sur les lieux, il baigne dans une atmosphère lourde. Il doit affronter la méfiance, qui a pris forme dans la fronde, suite à son retard.«Toi Shérif, mets-toi à l'écart, pour cette fois-ci. On ne veut pas t'écouter aujourd'hui parce que tu es fatigué à cause de nous. Tu es sujet de polémique, à cause de nous. Retire toi, et laisse nous prendre Bouaké au moins pour un mois», ordonne Diaby. Et de poursuivre: «Nous sommes des pères de famille, la rentrée des classes est proche. Qu'aurons-nous pour assurer la scolarité de nos enfants? Nous n'avons pas besoin de projet. Nous ne voulons que nos 5 millions.Si les 5 millions ne sont pas donnés, il n'y aura pas d'élection. Tout le monde veut la paix. Tousles Ivoiriens sont fatigués. Mais quand on veut entreprendre une action, on se prépare en conséquence. On nous démobilise et il n'y a pas d'argent pour nous payer. Que devient-on?», s'interroge t-il.

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Avant de laisser parler le commandant de zone, l'élément en colère, étend sa revendication sur des terrains politiques: «Et puis, je vous le dis, Mme Gbagbo qui doit venir à Katiola, il n'y a pas de meeting ici. On n'acceptera pas de meeting du FPI ici. Bouaké est pour nous, Abidjan c'est pour eux». En réponse, le chef Shérif Ousmane rassure les mécontents: «J'ai écouté avec beaucoup d'attention. Si c'est pour discuter, avec les hautes autorités, ce sera chose faite. Pour l'heure, libérez la voie». Les voies sont aussitôt dégagées, et les ex-combattants reprennent la direction du centre ville. Rendez-vous est encore pris pour ce matin, au centre culturel, pour trouver une solution à cette crise. Signalons que ce énième mouvement d'humeur, s'est déroulé sans heurt majeur.


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