Kamel Ferchichi
21 Août 2008
Vous ferez le tour du centre-ville, dans ses coins et ses quartiers les plus anciens, à la recherche d'un petit point ou plan d'eau où s'allient harmonieusement jets d'eau, source de fraîcheur, et formes géométriques architecturales, comme élément d'esthétique et d'urbanisme très apprécié, vous ne les trouvez pas si nombreux.
Et vous constaterez, malheureusement, comment ils sont devenus mal entretenus, abandonnés et totalement laissés pour compte. Les seuls qui marquent encore leur présence, sont ceux de la place du 7-Novembre et de la place du gouvernement à La Kasbah. Situé au croisement de l'artère principale de la capitale et de l'avenue Mohamed V, le 1er est un jet d'eau animé et multicolore.
Là, une tour horloge semble flotter sur un plan d'eau douce. Un milieu qui s'est érigé en espace de récréation et de loisir pour beaucoup de familles tunisiennes à la recherche d'un peu de fraîcheur et de bien-être. En cette période caniculaire, ce coin réserve à ses habitués des moments d'air frais, tout en leur offrant une véritable bouffée d'oxygène.
Faisant, autrefois, l'objet d'un plan directeur d'aménagement, de protection et de gestion, plusieurs jets d'eau ont, aujourd'hui, perdu tout leur charme, voués à l'abandon. Au jardin Habib-Thameur (Le Passage), espace vert remontant à des dizaines d'années, le bassin d'eau dont il dispose se voit, ainsi, vivre une ère de sécheresse sans précédent. Et les visiteurs n'oublient pas, chaque fois qu'ils y passent, de lui jeter un petit coup d'oeil nostalgique.
Jardin Habib -Thamer, le contenant sans le contenu
Faute de moyens ou défaillance de gestion, rien ne peut justifier cette grande nonchalance à l'égard de ces plans d'eau, si beaux et si magnifiques. Implanté au sein d'une verdure attrayante et pittoresque, le jet d'eau situé à la place des droits de l'homme, à l'avenue Mohamed V, semble avoir atteint son âge de déclin. Il présente un état des lieux hors d'usage. Son cachet architectural est visiblement dénaturé et tous les signaux de son fonctionnement indiquent, ainsi, l'abandon.
L'édifice hydraulique s'apparente, plutôt, à des vestiges, sans valeur aucune. Même sort pour celui de Bab El Khadra. Sa construction avait conféré à la place un aspect esthétique spécifique. Les bancs qui y existaient aidaient à reprendre son souffle pour se reposer et se réjouir de la verdure qui était tout autour. Il était une véritable aire d'épanouissement et d'évasion, où les familles habitant les environs ont bien passé des veillées estivales jusqu'à une heure tardive.
Mais, personne n'a pu croire que ce plan d'eau, réalisé, au début, avec un investissement énorme, puisse se transformer en un dépotoir anarchique, fief des déchets divers et des animaux errants. Une double perte économique et urbanistique dont les conséquences ne peuvent, ainsi, qu'altérer l'image de son environnement. Aujourd'hui, ce jet d'eau a également perdu tout son âme et son caractère convivial en tant que lieu de détente et de retrouvailles.
Allons aussi à la place Barcelone, là où il y a la fameuse station des bus. Son jardin a été réaménagé au grand dam de son plan d'eau d'autrefois. Il n'en reste, à présent, qu'un squelette usé par le temps et l'oubli. Ce bassin a cédé ses droits à un bosquet d'arbres et d'arbrisseaux morts, garnis d'une motte de gazon pâle et jaunie. Loin de pouvoir embellir cette place. Un goût inachevé.
Autant d'ouvrages répartis ici et là sont déjà entrés dans l'oubli, d'autres ont été rasés pour des raisons inconnues. Face à cet état des lieux déplorable, l'on se demande donc pourquoi avoir dépensé, de surcroît, des sommes faramineuses pour que ces édifices aquatiques ressemblent à des espaces oubliés, mal entretenus ou en voie de disparition?
Des questions que se pose tout le monde, sans la moindre réaction de la municipalité de Tunis.
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