Inter Press Service (Johannesburg)

Zambie: Mwanawasa laisse un héritage mitigé

Nixon Chisonga

21 Août 2008


LUSAKA, 21 août (IPS) - Près de deux mois après avoir souffert d'une apoplexie en plein sommet de l'Union africaine (UA) en Egypte, le président zambien Levy Mwanawasa est décédé mardi à l'hôpital, en France.

Le vice-président zambien Rupiah Banda a annoncé le décès de Mwanawasa après la détérioration de son état de santé au début de cette semaine, obligeant les médecins à faire une intervention chirurgicale d'urgence.

Le règne de Levy Patrick Mwanawasa sur la Zambie a surpris à la fois les non-partisans et les partis de l'opposition.

Mwanawasa est devenu vice-président de la Zambie en 1991. Il avait eu un grave accident de la circulation en 1991, et lorsqu'il s'en est remis pratiquement un an plus tard, il a choisi de se consacrer à une carrière libérale en qualité de directeur d'un cabinet d'avocat.

Il est revenu sur la scène politique en 2001, quand il a été élu troisième président de la Zambie, et a hérité d'un système de service public fortement corrompu qui ne pouvait pas assurer les services au milieu d'un ralentissement économique dans le pays.

Lors de sa campagne pour les élections présidentielles de 2001, les partis de l'opposition et plusieurs non-partisans soutenaient que Mwanawasa ne pouvait pas gérer les affaires de la nation parce qu'il était un "chou" -- par référence à sa santé après l'accident de 1991 qui apparemment l'avait gravement affecté, et même altéré sa voix.

Cependant, au cours des premiers mois qui ont suivi sa prise de fonction en tant que président en 2002, Mwanawasa a déclaré une tolérance zéro à la corruption. Les "gros bonnets" de l'arène politique et des services publics étaient les plus touchés par cette lutte anti-corruption, le premier étant l'ancien président Frederick Chiluba.

'Transparency International', la coalition mondiale contre la corruption, classe la Zambie au 123ème rang -- au coude à coude avec les Comores, la Mauritanie et le Niger -- dans son plus récent Indice de perception de la corruption en 2007. La Birmanie et la Somalie, classées 179ème dans l'indice, sont considérés comme les pays les plus corrompus.

La Zambie est classée 68ème dans l'indice le plus récent qui mesure le niveau de liberté de la presse dans 169 pays et qui est publié par Reporters sans frontières.

En qualité de président de l'UA, Mwanawasa a consacré beaucoup de temps aux missions de maintien de la paix dans la région des Grands Lacs.

Mwanawasa était très préoccupé par la détérioration de la situation au Zimbabwe, en en sa qualité de président de la Communauté de développement de l'Afrique Australe (SADC), et a convoqué une réunion d'urgence pour résoudre la crise en avril de cette année. Plus récemment, il a appelé au report des élections au cours de l'extrême violence de la période de campagne.

Peut-être que la plus importante contribution de Mwanawasa à la Zambie et à la région s'avèrera être le réveil du "géant endormi" -- l'agriculture. Après des années de sécheresse et de politiques agricoles inadéquates sous le régime précédent, Mwanawasa a redonné à l'agriculture sa place dans le pays et la productivité a commencé accroître de façon progressive.

La Politique agricole nationale 2004-2015 a défini une vision pour le développement d'un secteur agricole efficace, performant et durable qui assure la sécurité alimentaire et l'augmentation des revenus. Les petits fermiers et les habitants des zones rurales qui étaient auparavant exploités ont bénéficié d'un marché garanti et de l'introduction d'un "prix plancher" pour leurs produits. Quoiqu'il y ait eu amélioration des revenus ruraux, ils sont restés faibles comparativement aux revenus urbains.

Le ministère zambien de l'Agriculture a rapporté dans son bilan alimentaire national que le pays avait un surplus de 160.000 tonnes métriques de maïs en 2006-2007. Au cours des campagnes 2005-2006, le rendement dépassait de 63 pour cent celui de la campagne précédente et de 54 pour cent la moyenne de cinq ans.

Avec la chute du Zimbabwe comme grenier de la région, les produits agricoles de la Zambie -- notamment le maïs et d'autres produits agricoles, y compris les pommes et le tabac -- sont exportés vers des pays voisins et l'Europe. En 2007, le Zimbabwe totalisait environ quatre pour cent des exportations mondiales de tabac séché à l'air chaud de meilleure qualité. Il y a cinq ans, le Zimbabwe totalisait environ 20 pour cent des exportations mondiales, deuxième juste derrière le Brésil.

'Universal and Wilson', une société basée à Richmond en Virginie, a acheté l'année dernière 15 millions de kilogrammes de tabac séché à l'air chaud auprès de grands producteurs et de 5.515 petits fermiers en Zambie, comparativement à 3,1 millions de kilogrammes de tabac séché à l'air chaud en 2000. L'entreprise prévoit que la Zambie produira 26,7 millions de kilogrammes in 2008.

La réduction de la dette intérieure et de l'emprunt par Mwanawasa a stabilisé l'environnement macroéconomique en Zambie. Couplé avec un secteur agricole productif et des taux d'intérêt réduits, il y a eu une baisse du niveau d'inflation de 29 pour cent en 2002 à seulement 9 pour cent en 2006 et 2007. Ceci a attiré des investissements à travers la région et au-delà, mais le développement de l'économie reste inégal. La Zambie reste un producteur de produits alimentaires et de matières premières.

La Zambie reste pauvre avec un taux de chômage de 50 pour cent, et 86 pour cent de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté, selon les estimations des Nations Unies.

Toutefois, le revers de la réduction de la dette et du train de vie de l'Etat est la diminution drastique du financement des secteurs sociaux, en dépit de leur importance dans la réduction de la pauvreté. Il subsiste un fossé très grand entre les riches et les pauvres, et des réseaux de sécurité sociale limités sont dans les mains d'un secteur privé dont l'intérêt n'est pas le bénéfice social mais l'accumulation de capitaux.

Les infrastructures à travers le pays en termes de routes, de ponts, d'écoles, et d'hôpitaux restent dans un état de délabrement. Le pays est miné par de multiples défis de pauvreté, de chômage et un lourd fardeau de maladies comme le paludisme, la tuberculose et le VIH/SIDA.

La déclaration par Mwanawasa du VIH et du SIDA comme une catastrophe nationale en 2005 a été très salutaire. En 2008, le taux de prévalence du pays avait chuté à 12 pour cent contre 16 pour cent en 2002.

Bien que la santé de Mwanawasa ait été préoccupante depuis qu'il a pris fonction en 2002, elle a fait l'objet d'une attention particulière en 2007 lorsqu'il a eu une première attaque cérébrale et a dû se rendre à Londres pour une longue période de soins médicaux spécialisés. Cette année a vu aussi le début d'une bataille de succession, avec plusieurs de ses ministres se positionnant pour le remplacer.

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Parmi les nombreux noms qui étaient et demeurent favoris, figurent le secrétaire général du parti au pouvoir Katele Kalumba, l'universitaire Clive Chirwa basé à Londres, le ministre de la Santé Brian Chituwo, et la première dame Maureen Mwanawasa.

S'il est vrai que Mwanawasa, 59 ans, ne voulait pas s'engager à soutenir un successeur, il avait tout de même laissé entrevoir qu'il était déjà en tain de préparer un et qu'il ferait un choix le moment venu "car laisser la tâche aux forces démocratiques de choisir un successeur était trop risquant pour le pays". Il est décédé avant de faire un choix définitif.

Pour le moment, le vice-président Banda est supposé assurer la présidence par intérim jusqu'à l'élection d'un nouveau président.

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