Agence de Presse Sénégalaise (Dakar)
22 Août 2008
Dakar — Les avocats de l'ancien président tchadien Hissène Habré, poursuivi dans plusieurs dossiers judiciaires, remettent en cause le maintien des poursuites et l'organisation du procès de leur client envisagé par la justice sénégalaise.
"Hissène Habré ne peut plus être jugé au Sénégal, car les conditions dans lesquelles ce procès s'annonce sont un signe avant-coureur d'un procès inéquitable", a déclaré vendredi à Dakar, Me François Serres, membre du pool des avocats de la défense.
Exilé au Sénégal depuis la chute de son régime, M. Habré a dirigé le Tchad de 1982 à 1990, avant d'être renversé par l'actuel chef d'Etat, Idriss Déby. Le président déchu est d'abord poursuivi pour génocide, crime contre l'humanité et violation graves des droits de l'homme.
Après avoir contesté à la justice belge son principe de "compétence universelle" pour juger un ancien dirigeant africain, l'Union africaine avait souhaité un jugement en terre africaine, avant de charger, en juillet 2006, le pays hôte du mis en cause d'organiser le procès.
"Initié un tel procès revient à violer l'ordre constitutionnel sénégalais et le principe de séparation des pouvoirs", selon l'avocat français qui estime que "l'affaire Hissène Habré pose d'énormes problèmes juridiques, à l'heure actuelle".
Me Serres co-animait un point de presse avec son confrère sénégalais Me El Hadji Diouf, également membre du collectif. "Hissène Habré a déjà été jugé au Sénégal et les juridictions judiciaires ont déjà à deux reprises estimé qu'il ne saurait faire l'objet de jugement en raison des déficiences de l'ordre législatif sénégalais", a-t-il dit.
"On n'a pas hésité à modifier le code de procédure pénal pour juger un homme", se plaint-il, estimant que "le socle d'un procès juste et équitable, c'est avant tout la prééminence du droit et le respect des décisions de justice".
"Ce principe a été violé par le Sénégal", a-t-il affirmé avant de préciser qu"'à ce jour, il n'existe aucune plainte de victimes contre Habré pour crime contre l'humanité".
"Tant qu'il n'y a pas de plainte, il n'y aura pas de réquisitoire", a ajouté Me Serres, avocat au barreau de Paris.
Vendredi dernier, Hissène Habré était condamné à mort par contumace par la Cour criminelle de N'Djamena. Cette nouvelle incrimination est relative au raid manqué, en février dernier, contre le palais d'Idriss Déby Itno. L'attaque est attribuée à son opposition armée.
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