San Finna (Ouagadougou)

Afrique: Diplomatie française - de moins en moins lisible

VT

25 Août 2008


analyse

En accédant au pouvoir, Nicolas Sarkozy avait sonné les trompettes de la clarification, de la réhabilitation des institutions et des politiques en vue de donner plus de lisibilité à la gouvernance française.

Il n'a pas fallu un an pour nuancer fortement, sinon démentir, cette profession de foi. Rares sont effectivement les champs d'action dans lesquels on n'a pas assisté à des contradictions, des renoncements, des parjures, et ce plus particulièrement dans le domaine diplomatique. Voilà qui, au-delà du pouvoir et de l'homme qui l'incarne au plus haut niveau, réagit très négativement sur l'image de la France. Prenons l'exemple de l'Afrique.

Depuis le Discours de Cotonou et de son contraire de Dakar, les choses ne se sont pas améliorées. En témoigne, pour ne citer que ce cas, les tergiversations piteuses en Mauritanie. On y avait crié haut et fort, et San Finna s'en était félicité, que le coup d'Etat était inacceptable, que le président déchu devait être rétabli et que jamais on ne reconnaîtrait un régime issu d'élections pour convertir en légalité le coup d'Etat. Aujourd'hui, Alain Joyandet, secrétaire d'État chargé de la Coopération et de la Francophonie, en éclaireur sans doute, annonce un changement de couleurs sur RFI.

On demande toujours la libération du président mais on se fait nébuleux sur le retour à la légalité démocratique. On parle même de dialogue, de consensus, en évoquant des précédents où de telles élections ont été organisées après des coups d'Etat. Bref, on dit une chose et maintenant, on dit son contraire ! C'est la continuité dans la nébuleuse. Ca devient une question de tempérament, une seconde nature. Car c'est encore et toujours cela qui était dénoncé dans les relations France/Chine, émaillées par des offensives impétueuses et des retraites lamentables. Au jour d'aujourd'hui, la seule chose qui est sûre, c'est que le méli-mélo qui a abouti à déléguer à Carla Bruni Sarkozy, Bernard Kouchner et à Rama Yade, le soin de rencontrer le Dalaï Lama, dégrade très fortement l'évènement et ceux qui l'animent. L'opinion avait été frappée par la volonté, scandée avec détermination, de Nicolas Sarkozy, de ne pas courir à Pékin si l'on ne voyait pas un peu plus clair dans l'affaire tibétaine. Eh bien, non seulement on n'a pas vu clair dans l'affaire mais il est allé à Pékin, malgré des remontrances sans pareille de l'Ambassadeur chinois en France aux autorités françaises.

Nicolas Sarkozy, cerise sur le gâteau, décidera de ne pas recevoir le Dalaï lama et le dira de façon abrupte et définitive avant son départ dans la capitale chinoise. Tout cela se faisant dans des arabesques qui approfondissent le malaise des Français ! Mais c'était déjà comme ça quand il jurait qu'il ne serrerait jamais la main de quelqu'un qui ne reconnaît pas l'Etat d'Israël ! Depuis, le Syrien al-Assad l'aura fait mentir. Seconde nature, avons-nous dit ! Il faut le croire puisqu'en Géorgie, c'est un peu ce qui s'est encore répété. Courir auprès des belligérants géorgiens et russes pour proposer un accord qui autorise la Russie à des « mesures additionnelles de sécurité » et qui omet l'aspect essentiel de la protection de l'intégrité territoriale de la Géorgie. Il fallait le faire ! On verra qu'une fois que les USA auront haussé le ton, on reviendra à cette exigence de la non négociabilité de l'intégralité territoriale de la Georgie. Ce n'est pas très glorieux ! (1)

Bref, on ne peut pas donner tort à ces nombreux Français qui n'ont de cesse de soupirer contre leurs traditions en périls. Mais pour faire comme le Père Lacour, et avant lui le Père Balemans, terminons par une note positive : elle concerne la position française en Afghanistan. Bravo à Nicolas Sarkozy de maintenir sa volonté de rester dans ce pays. Il y a eu certes 10 militaires français tués et des blessés dans une attaque talibane, c'est aussi vrai que selon un sondage, 55 % des Français souhaitent le retrait des troupes françaises, mais un reniement ici serait fatal à la lutte contre le terrorisme et aux valeurs de liberté et de démocratie.

La France partie d'Afghanistan, c'est un maillon essentiel de la chaîne anti-terroriste qui s'en irait, avec le risque de bouleverser le dispositif mondial de lutte contre ce fléau. Contrairement à ce que certains pensent, la France n'y gagnerait pas. Pourquoi ? Parce qu'au final, si les Taliban sortaient victorieux, ce serait tout un style de vie, toute une civilisation basée sur le terrorisme qui aurait le vent en poupe pour le plus grand désespoir du monde ; mais aussi de la France qui pourrait, une fois l'Afghanistan libérée des forces de l'OTAN, les voir rappliquer sur son territoire pour lui demander réparation d'avoir participé à l'expédition éradicatrice. Elle comprendrait alors, mais bien tard, son erreur !

(1) On vient d'apprendre que les forces russes de maintien de la paix ont annoncé qu'elles vont continuer à contrôler la ville portuaire géorgienne de Poti, sur la mer Noire, en y effectuant des patrouilles. Et alors que notamment les USA estiment que ce faisant, l'accord a ainsi été rompu par la faute des Russes et que plus de 5.000 Georgiens ont manifesté à Poti pour exiger le départ des Russes, Nicolas Sarkozy se précipite pour envoyer ses félicitations à Poutine et Medvedev pour le départ des troupes russes de Georgie tout en demandant que le processus se poursuive. N'aurait-il pas mieux valu attendre le retrait total avant d'émettre ce point de vue qui au demeurant rajoute à la confusion ?

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