Théodora Sy
26 Août 2008
Huit ans déjà, mais leur amour pour la musique ne s'est pas essoufflé, emporté dans le tourbillon des déceptions qu'ils ont connues. Au fond de leur cà "ur, les Frères Guissé gardent espoir. Musicalement, cela donne Yakaar...
Pour se souvenir ne serait-ce que de la dernière fois, il suffira sans doute de savoir compter jusqu'à huit. Parce que huit ans, c'est le temps qu'aura duré le long silence des Frères Guissé. Seulement, pour revenir, le trio voulait aller bien plus loin que la scène nationale qui a su porter ses premiers pas. Un pied à la suite de l'autre, et rien que la main pour ouvrir les portes d'un monde nouveau : la fratrie pense international. C'est cela qui a su donner naissance à leur album intitulé Yakaar. Une production musicale faite de 12 titres que la presse a découverts dans l'après-midi d'hier. Cadre choisi pour cette dégustation musicale, le Just For You.
Les premières notes de l'opus sont de celles qui se laissent savourer, mélange d'amour et de tendresse. Dans le trouble de l'âme, point d'autre remède. Et c'est ce que dit le souffle de la kora, lorsqu'il accompagne Laram ou bien-aimée, le premier des 12. Dans le « son d'une guitare », elle sait demeurer patiente la compagne qui écoute et « apaise les angoisses ».
Et le cà "ur qui aime, jamais n'oublie. De leurs années d'enfance, les Frères Guissé non plus n'ont rien oublié. Aujourd'hui encore, ils se souviennent de la famille Bâ qui a su partager quelques années de leurs vies, un geste d'amitié ou un élan de générosité. Baabaabe, c'est un hommage rendu à la force d'un lien qui a su résister au temps.
En pensant à Dabax
A la mort aussi quand, sur les notes de Baax, il faut s'incliner devant la mémoire de Mame Abdoul Aziz Sy Dabax. Sans doute aussi, une manière de songer que, présents de leur absence, « les morts ne sont pas morts ».
En pensant à la générosité d'un guide religieux, à son « esprit de tolérance », c'est aussi à leur père, décédé récemment, que les trois frères ont pensé. Peut-être faut-il savoir espérer, croire que la mort n'est pas une fin. Entre vivants et morts, point de forteresses imprenables, et rien ne sépare non plus les enfants de la terre quels qu'ils soient lorsqu'ils savent se parler, écouter. Ce sont les mots qui donnent sens lorsqu'on écoute Mijjo, ou mon avis. Les cordes d'une kora qui vibrent doucement, sur cette musique, c'est un peu comme les premiers mots d'une conversation car dans le silence, point de vie. Idem lorsque s'assoupit l'espoir, victime d'un système chancelant.
Dans Silmaxa, le non-voyant, la douceur de la mélodie est portée par l'harmonica de Laurent Deprès, un militaire français. L'instrument libère quelques accents de la longue complainte de ceux qui vivent dans le handicap. Une raison de vivre pour l'art des Frères Guissé qui s'engage pour une noble cause. En termes concrets se dessine le malaise d'une société qui, dans son type de fonctionnement, « n'est pas prête à accueillir les personnes handicapées, ne serait-ce qu'en ce qui concerne les infrastructures ».
Et pourtant, il faut prendre le temps de penser à ceux que la vie n'a pas épargnés, les victimes de guerre par exemple, les réfugiés aussi. CC le feu, c'est une immersion dans ce que la guerre a de plus atroce : l'horreur des mines en Casamance ou « les cimetières de Sarajevo ». La musique charrie derrière elle un arrière-goût de vécu ; un hommage à un ami démineur en Casamance. Venu à bout de cinq mines, la sixième ne lui laissera pas le choix.
Quelques tranches de vie aussi dans Xeet, avec l'histoire de Nicolas Assompta, un enfant de dix ans « réfugié du Katanga ». Jamais il n'a connu sa mère... Mais l'on sait encore rendre grâce à Dieu sur la musique de Maam Yaala, lorsqu'il souffle encore un vent d'espoir, au son de Yakaar.
Huit ans, c'est sans doute assez long, mais rien n'a changé au fil du temps. Les Frères Guissé se laissent toujours prendre à l'ivresse d'un jeu sans fin avec la musique. Le même plaisir tandis que, sur une table, leurs doigts glissent sur les touches d'un piano qu'ils sont seuls à voir. La même émotion au fond du choeur, trois voix qui ne font plus qu'une, une guitare, une flûte ou une calebasse, le rythme qui porte les mots.
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