Chafaa Bouaiche
26 Août 2008
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Les artères sont envahies par des prostitués, hommes et femmes. Ici, des jeunes filles, errant dans les rues, vendent leur chair pour une bouchée de pain. «Les plus "chanceuses" parmi elles réussissent à attirer des clients, mais d'autres sont à la merci de toutes les agressions lors de leurs sorties nocturnes», ajoute ce jeune Marocain. Une simple virée à la Corniche de Casablanca, une région connue pour son ambiance chaleureuse et musicale, son animation et ses restaurants prisés, vous renseigne sur l'ampleur de la prostitution. Les prostituées sont visibles même de loin comme les étoiles dans le ciel.
Ces quartiers qui ont émergé à l'ombre du système
Nous nous sommes rendus au boulevard Anfa, ancienne appellation de Casablanca. Ce quartier a subi un remodelage profond et des travaux d'aménagement. Anfa est aujourd'hui la zone la plus chère de Casablanca. Louer un appartement dans ce quartier chic coûte pas moins de 15 000 DH /mois. D'ailleurs, c'est ce boulevard qu'a choisi Saad Kadafi, fils du dirigeant libyen, pour bâtir deux buildings : un hôtel et un centre commercial.
Un tour à Maarif, un quartier jouxtant les boulevards riches d'El Massira et Zerktouni. Portant le nom d'une fraction de la tribu berbère des Maarroufis, Maarif est connu de tous les Casablancais. Il demeure aujourd'hui le lieu de plus fréquenté par la jeunesse de Casa. Ce quartier commerçant est rendu célèbre grâce notamment aux tours jumelles appelés Twin Center et les grands magasins de grandes marques européennes. C'est, en effet, un lieu qui offre à toutes les classes moyennes de s'approvisionner en marchandises de toutes marques.
Le quartier n'est pas peuplé de gens issus de la haute société, mais juste de cadres moyens. Ici, pas de trace d'une école publique. «Ces écoles ne sont plus fréquentées puisque les gens envoient leurs enfants dans des écoles privées, de plus en plus nombreuses. C'est ce qui a contraint les autorités à démolir les établissements publics», nous explique Mohamed, architecte exerçant à Maarif. Pour acquérir un terrain au niveau de ce quartier, il faut consacrer un budget exorbitant. «Vu la cherté des terrains, l'Etat a décidé, via les banques, d'accorder des crédits sans intérêt à rembourser sur 25 ans», souligne notre interlocuteur.
La Normandie, quartier chic de Casablanca, abrite des dizaines de centres qui pratiquent la chirurgie esthétique. «C'est un commerce juteux», indique Ali, enfant du quartier, qui explique le «phénomène» par le bouleversement conceptuel et le grand libertinage chez les Marocains. «Même la virginité n'a plus de sens chez nous», ajoute-t-il. A la rue El Massira, nom en référence à la marche verte organisée, en 1975, par le roi Hassan II pour annexer la ville de Laayoun, les gens vivent à «l'européenne». Les femmes sont émancipées ; elles s'habillent à «la française». «La rue El Massira est une zone européanisée. D'ailleurs, toutes les franchises internationales sont basées ici», nous explique un résident du quartier. Pour vanter l'ouverture audiovisuelle au Maroc, notre interlocuteur souligne que la rue El Massira abrite des radios privées.
Le boulevard Moulay Youcef abrite le consulat des Etats-Unis à Casablanca. Dans ce lieu, le visiteur est attiré par une grande gerbe de fleurs déposée à l'entrée du bâtiment américain, lieu du dernier attentat terroriste à Casablanca. Depuis la réouverture du siège de la représentation diplomatique américaine, une grande partie du boulevard est fermée à la circulation. Le bâtiment américain s'est transformé en un véritable bunker.
Le boulevard Panoramique est un quartier où résident les grosses légumes, les riches, les hommes d'affaires. De belles villas construites par les proches de la famille royale et le mekhzen. «Alors que des Marocains crèvent de faim, les gens du régime ont amassé des sommes colossales pour ériger de luxueuses villas. Ce quartier est habité par les barons et autres notabilités qui font la pluie et le beau temps. Ce sont eux qui détiennent le monopole des affaires et du business aujourd'hui chez nous», nous confie un journaliste qui nous a accompagnés.
Sidi Maarouf et son Techno Park
Le lieu qui était un véritable désert durant le règne du roi Hassan II s'est transformé en un centre d'affaires de Casa. C'est dans ce quartier que plusieurs entreprises étrangères ont installé leur siège : DHL, Nokia, Meditel... Il y a une grande concentration de capitaux. Un Techno Park, société d'un capital étatique, est érigé dans ce lieu. Techno Park est ouvert à tous les porteurs de projets dans les nouvelles technologies d'informations (TIC). On met à leur disposition des bureaux à raison de 1 200 DH par mois. Les entreprises étrangères ont absorbé considérablement le chômage. La société Dell a créé plus de 4 000 emplois. Elle supervise le service clientèle de toute l'Europe. Tout comme Sidi Maarouf, le quartier Palmier en construction abritera un grand groupe d'établissements scolaires privés de la maternelle au lycée.
Il était une fois la récolte de Derb Sultane
Nous avons quitté ces quartiers riches qu'habitent de nombreux arrivistes et autres barons du système. Nous nous sommes rendus dans le quartier le plus populaire de Casa. A Derb Sultane habitent des milliers de familles pauvres.
C'est le quartier le plus dense de Casa. Dans cette zone n'ont droit de cité que la pauvreté, la misère et la délinquance. Les populations de Derb Sultane sont marginalisées et exclues par les autorités. Le taux de chômage est alarmant. En dépit des promesses faites par les autorités d'améliorer les conditions de vie des habitants, la situation demeure statique. Les autorités ne semblent pas retenir la leçon de l'histoire. En effet, c'est dans cette zone que se sont déroulées les émeutes urbaines de 1981. Les habitants se sont révoltés suite à l'appel de la grève générale lancé par le parti d'opposition, l'USFP. Les autorités avaient réprimé dans le sang la manifestation. Aujourd'hui, l'USFP participe à la gestion des affaires publiques, mais rien n'a changé à Derb Sultane.
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