Brice R. Mbodiam
27 Août 2008
Les producteurs des deux communautés plaident pour un accord préférentiel face aux concurrents sud-américains.
L'échec sur lequel ont débouché, en juillet dernier à Genève en Suisse, les négociations commerciales entre les pays membres de l'Organisation mondiale du commerce (Omc) est finalement perçue comme une victoire par les pays Afrique-caraïbes-Pacifique (Acp) et antillais (Martinique et Guadeloupe) producteurs de banane.
"Nous nous félicitons de l'échec du cycle de Doha", a confié hier, 26 août 2008 à Yaoundé, Eric de Lucy de Fosseriaux. Le vice-président de l'association des producteurs européens de banane, par ailleurs président du Groupement des producteurs de la banane de Martinique et de Guadeloupe, conduisait une délégation dans la capitale camerounaise pour une réunion de deux jours avec les producteurs des pays Acp. Réunion qualifiée d'historique (c'est la première fois que ces producteurs européens font front commun avec les pays Acp) par le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, et qui visait à faire chorus pour la préservation de l'accès de la banane des pays Acp et antillais au marché européen.
En effet, l'Omc envisage de réduire de 80% les droits de douane sur la banane latino-américaine exportée vers l'Union européenne. Une décision qui, soutiennent les pays Acp et des Antilles, aura pour conséquence, d'une part, l'envahissement du marché européen par la banane latino-américaine dont les producteurs détiennent déjà 80% des parts de marché dans l'espace européen ; et, d'autre part, l'élimination de ce marché des bananes provenant des pays Acp et des Antilles, pays dont la fébrilité de l'agriculture (pas de subvention, par exemple) leur vaut jusqu'ici des préférences commerciales (exonération droits de douane) accordées par l'Union européenne.
Ces préférences commerciales contraires aux exigences de l'Omc ont d'ailleurs été attaquées par une plainte déposée au sein de l'organe de règlement des différends de l'Omc par les Etats-Unis et l'Equateur, qui souhaitent voir l'Union européenne suspendre les exonérations douanières accordées aux producteurs de banane des pays Acp.
Lesquels plaignants ont d'ailleurs obtenu gain de cause auprès d'un groupe spécial, sorte de chambre d'arbitrage au sein de l'organe de règlement des différends à l'Omc. Au terme de leur réunion hier à Yaoundé, dans une déclaration commune, les producteurs de banane de Martinique, de Guadeloupe et des pays Acp ont exhorté l'Union européenne à faire appel de cette décision du groupe de travail de l'Omc avant le 29 août prochain (dans deux jours), date limite pour introduire le recours.
Soutien de Sarkozy
De ce point de vue, Alfred Almont, député de la Martinique qui accompagnait les producteurs européens à Yaoundé, dit les bonnes dispositions de la France, qui assure actuellement la présidence de l'Union européenne, à accéder à cette requête des pays Acp et des Antilles. Ceci dans la mesure où, dit-il, le Président Sarkozy a "déjà clairement indiqué qu'il n'est pas prêt à sacrifier l'agriculture des pays Acp et des Antilles à l'autel des négociations de l'Omc". Traduction : la France qui rallie nombre de suffrages au sein de l'Union européenne défendra l'accès de la banane des Antilles et des pays Acp au marché européen.
Alfred Almont souhaite également que l'Union européenne se rétracte totalement de l'accord qu'elle avait déjà préparé avec les pays latino-américains, et dont la mise en application était conditionnée par la réussite des négociations sur la banane au sein de l'Omc, lesquelles négociations ont (heureusement?) échoué pour une 3ème fois en juillet dernier.
Ledit accord, confie le député martiniquais, prévoyait "une baisse progressive mais finalement sauvage" des tarifs douaniers sur la banane latino-américaine exportée vers les pays de l'Union européenne. Par ailleurs, toujours dans leur logique d'opposition à une baisse des tarifs douaniers au profit de la banane latino-américaine, les producteurs des pays Acp et des Antilles, dans leur déclaration de Yaoundé, ont émis le vœu de voir être maintenu le taux du droit de douane actuellement appliqué à la banane latino-américaine (176 euros la tonne, environ 114.000 Fcfa).
Une situation qui leur et déjà défavorable, disent-ils, dans la mesure où malgré ce tarif appliqué à partir de janvier 2006, les pays d'Amérique du sud, qui produisent 95% des 17 millions de tonnes de bananes produites dans le monde, ont exporté un volume additionnel d'un million de tonnes de bananes vers l'Europe en 2006 2007, en comparaison a l'année 2005. Il est donc inacceptable, clament les producteurs antillais et leurs collègues des pays Acp, de "donner encore plus à ceux qui ont déjà beaucoup au détriment de ceux qui ont déjà très peu".
Sur ce constat, lit-on dans la déclaration de Yaoundé, "les producteurs Acp et européens de la banane [Martinique et Guadeloupe] souhaitent un solution spécifique, négociée et équilibrée, permettant un accord durable pour toutes les parties dans le seul cadre de l'Omc".
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