Jallel Mestiri
27 Août 2008
Le Stade est certainement coupable d'avoir trop longtemps refusé de regarder en face ses véritables problèmes quand il ne s'en saisissait pas comme un élément majeur. Ici et là, on ne peut se retenir devant le gâchis de tant d'années. Mais en même temps, on ne peut s'interdire d'entrevoir les signes de la renaissance et de l'espérance
Si tout ce qui ne tue pas renforce, on dira qu'un club comme le Stade Tunisien est plus ou moins fort par rapport aux contraintes auxquelles il ne cesse de s'exposer et qui d'une manière ou d'une autre l'ont souvent empêché de favoriser l'état d'esprit, le comportement et le rendement auxquels il aspire. Des obligations qui ne semblent pas reproduire les priorités d'une équipe qui a pris l'habitude de se chercher beaucoup plus que de se construire
Mais pour un grand malade, le stade se porte plutôt bien. Le malaise perçu n'appartient pas pour autant au seul domaine de l'imagination. Quelque chose ne tourne pas rond depuis un bon bout de temps. Dans un contexte aussi particulier, la question étant de savoir si ce «pas» signifie pas encore ou plus du tout. Il n'y a rien de paradoxal à cela. L'idée n'est pas au fait de restituer à l'identique les images qui peuplent l'histoire et le prestige d'un club au passé glorieux, mais de se revaloriser par rapport aux exigences de nos jours. Un exercice de vérité en direct. Sans barrières et certainement aussi sans préjugés
A plusieurs reprises, le ST est allé chercher du côté d'autres expériences l'exemple à suivre, le modèle incontournable qu'il aimerait bien voir reproduire dans un entourage trop soumis, il est vrai, à des humeurs capricieuses. Prendre sur son compte l'action de l'autre, les critiques de l'autre, tout cela est parfois difficile à mettre en place. Mais la remise en question dont a vraiment besoin le stade devrait inéluctablement servir pour produire un véritable esprit d'équipe. Le temps semble cependant lui manquer.
L'exigence des résultats immédiats impose un mode de fonctionnement souvent incompatible avec les stratégies à long terme. Le ST a besoin de se faire une nouvelle identité, une nouvelle raison d'être. Mais en même temps, il se trouve dans l'incapacité de se passer des résultats du moment. Au fait, les titres, la gloire, la politique, la stratégie peu importe. La question n'est pas de savoir aujourd'hui jusqu'à quand il va y résister? Mais comment?
Devancer et se protéger
Toute considération s'incline au fond devant les faits, la réalité. A un certain niveau d'exigence? Assurément. Vis-à-vis de certaines contraintes? Forcément.
Nous entendons souvent dire que tout cela n'est pas aussi déterminant qu'on ne laisse croire. Il nous semble pour autant que cela est plus sérieux qu'on ne le pense et qu'il témoigne d'une sorte de blocage psychologique dont ses responsables donnent l'impression d'être incapables d'expliquer les raisons : la perte du cap symbolique du club? Un manque de «férocité»? Des pensées inadéquates? Allez savoir
Le mystère stadiste est au fond indéfinissable. On n'arrive pas à en rassembler les deux bouts : un club dans lequel on ne sait si on se voit en stratège ou en gestionnaire. Cependant, le Stade est gouvernable. Mais on n'a pas encore trouvé la clé qu'il faut peut-être chercher du côté de l'art de la maîtrise de la patience. Dans ce genre de réaction, il ne peut toutefois échapper au jeu indéfini des renvois qu'on ne sait pas justement arrêter.
La course à la présidence en témoigne. Et de quelle manière! Il serait certainement à son honneur de refuser des pratiques aussi basses et un mode de fonctionnement qui ne fait nullement honneur au club. Au Stade, on sait sans doute ici plus qu'ailleurs que la reconnaissance et le respect, comme les largesses ou les petits privilèges symboliques qui en découlent, ne s'acquièrent qu'au fil de la crédibilité, de la transparence, loin de tant d'intérêts contradictoires en jeu.
Les contraintes techniques sont-elles liées aux obligations financières? D'un certain point de vue, on est tenté d'y croire fortement. Depuis longtemps, l'équipe se trouve dans la nécessité de renforcer ses rangs. Mais et à l'exception d'un seul recrutement, Berrabet, rien d'intéressant et de concret n'a pu être entrepris. Le ST est ainsi l'un des rares clubs à ne pas avoir mis le paquet pour attirer telle ou telle individualité. Il ne semble pas avoir le chèque facile, notamment devant la montée des prix des joueurs. Cela n'est pas difficile à deviner à la vue essentiellement des moyens du club et de sa capacité à soutenir la concurrence dans le marché des transferts.
Il faut dire que le Stade est certainement coupable d'avoir trop longtemps refusé de regarder en face ses véritables problèmes quand il ne s'en saisissait pas comme un élément majeur. Ici et là on ne peut se retenir de regarder le gâchis de tant et de tant d'années. On ne peut s'interdire de penser au temps perdu dans les illusions. Mais en même temps, on ne cesse d'entrevoir les signes de l'espérance, de la renaissance. Saura-t-il un jour réussir ce qui n'a pas été réussi jusqu'ici? Il lui faudra de la réflexion et de la passion.
Il n'a rien au fait de moins que les autres équipes qui ont su évoluer. Mais pour s'imposer, il va devoir inventer beaucoup plus. Il serait bon qu'il installe son autorité fondée sur l'affirmation d'un tempérament et sur un capital confiance. Il ne peut pas pour autant se contenter d'intégrer les contraintes des épreuves auxquelles il fait face. Mais aussi et surtout de les devancer et de s'en protéger même.
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