L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Les banques majorent leur taux d'intérêt à l'emprunt

Nico Panou

27 Août 2008


Port Louis — La hausse récente du «Cash Reserve Ratio» à la BOM a entraîné la majoration du taux d'intérêt à l'emprunt des banques commerciales qui disent qu'elles n'ont pas d'autre choix. Les exportateurs craignent des lendemains difficiles.

Les banques soutiennent que, face à l'augmentation du CRR, elles ne pouvaient que rehausser leur taux d'intérêt à l'emprunt.

C'est fait. Comme on s'y attendait, la réaction des banques commerciales ne s'est pas fait attendre, suite à la hausse du Cash Reserve Ratio (CRR) de 200 points. De 4%, il est passé à 6% en début de mois et déjà, suscite des révisions à la hausse des taux d'intérêt dans le secteur bancaire.

Dans le but de juguler l'inflation, le gouverneur de la Banque de Maurice, Rundheersing Bheenick, avait en effet augmenté les dépôts que les banques ont l'obligation légale de garder, sans aucune rémunération, auprès de l'autorité monétaire. En diminuant le volume des liquidités dans le circuit monétaire, la Banque centrale a un objectif bien précis : obliger les banques commerciales à relever leurs taux d'intérêt, dans le but de contrôler la pression inflationniste.

Pour répercuter le manque à gagner aux entreprises et aux ménages, suite à cette décision, les banques ont trois différentes options. Premièrement, elles peuvent décider de baisser exclusivement leur taux à l'épargne (le saving rate), quitte à pénaliser les épargnants et à alimenter l'inflation. Elles peuvent aussi augmenter les deux taux, celui à l'épargne comme celui à l'emprunt, avec l'accroissement du taux à l'emprunt plus accentué que celui du taux à l'épargne. Enfin, elles peuvent choisir d'augmenter le taux à l'emprunt, tout en maintenant ou en diminuant leur taux à l'épargne.

Cette dernière option a l'avantage de réduire la demande tout en évitant d'émousser (dans le cas du maintien du taux épargnant) l'engouement des clients à effectuer des dépôts. Et c'est justement l'option qui a été retenue par la plupart des banques.

Ainsi, Afrasia Bank Limited a pris la décision de répercuter la hausse du CRR à ses clients, en augmentant exclusivement son taux à l'emprunt de 0,25 %. Ce dernier est passé à 11 % depuis le 25 août. Quant à son taux à l'épargne, il est resté constant (7,75 % pour son bonus savings et 8,25 % pour le spinnaker savings).

«Avec l'augmentation du CRR, les charges bancaires aussi s'accroissent. La hausse du taux d'intérêt à l'emprunt permet aux banques de récupérer une partie des charges supplémentaires encourues à la suite de la décision de l'autorité monétaire»

Barclays également a opté pour la hausse de son prime lending rate de 0,25 %, le faisant monter à 11,25 % à l'année. La Mauritius Commercial Bank n'est pas en reste. Elle a augmenté son taux à l'emprunt de 0,25 %, le faisant passer de 10,50 % à 10,75 %. Quant à la State Bank of Mauritius, elle applique désormais sur les emprunts un taux d'intérêt de 11 %. La Hongkong and Shanghai Banking Corporation Limited, quant à elle, a fixé son taux à l'emprunt à 10,65 %.

Kamben Padayachy, Head of Sales d'Afrasia Bank Limited, estime que «la hausse du CRR a entraîné l'augmentation du coût de la liquidité. Les banques se sont vues obligées de relever leur taux d'intérêt», a-t-il expliqué.

Pour Sandeep Uppal, CEO de HSBC Mauritius, avec un taux à l'emprunt de 10,65 %, le plus bas du marché, la HSBC a un avantage compétitif indéniable. «Nous pouvons, grâce à cela, faire aux ménages et aux entreprises des propositions beaucoup plus attrayantes. Mais avec l'augmentation du CRR, les charges bancaires aussi s'accroissent. La hausse du taux d'intérêt à l'emprunt permet aux banques de récupérer une partie des charges supplémentaires encourues à la suite de la décision de l'autorité monétaire», a-t-il expliqué.

Mais du côté de la Mauritius Export Association, l'on estime que la hausse du taux d'intérêt à l'emprunt n'est pas une bonne nouvelle. Principalement si l'on prend en compte les difficultés auxquelles sont déjà confrontées les entreprises qui font de l'export. «L'augmentation du taux d'intérêt à l'emprunt va encore exacerber les problèmes auxquels les exportateurs sont confrontés.

Les banques, au vu de leurs résultats, ont bien la possibilité de ne pas répercuter la hausse du CRR à leurs clients. Si, ajouté à tout cela, nous assistons dans l'avenir à un renforcement de la roupie, alors la coupe sera pleine», déplore-t-on du côté de la MEXA.

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