Agence de Presse Sénégalaise (Dakar)
Cheikh Tidiane Ndiaye
27 Août 2008
Dakar — Elément essentiel de l'accoutrement féminin en Afrique, le pagne qui mène un combat de survie auprès des jeunes filles plus portées vers le pantalon a longtemps symbolisé dans les sociétés traditionnelles une manière de paraître mais surtout de vivre.
Jusque dans les années 70, il était mal vu pour une fille de se balader en pantalon et pour se rendre dans les bals et autres "arrosages" de diplômes scolaires les adolescentes de l'époque étaient obligées de se cacher pour ne pas être vues par leur père.
D'habitude, plus sévères que leurs épouses à ce propos, les pères de famille n'admettaient sous quel que motif que ce soit que leur fille arbore un pantalon censé mouler leurs formes et attirer sur elles les regards d'une société pudibonde. Ainsi, elles sont nombreuses, les jeunes filles qui pour aller à un bal mettaient un pagne sur leur pantalon avant de l'enlever une fois sorties de la maison sous le regard fureteur mais peu perspicace de leur père.
Cela se faisait avec la complicité de la copine de la maison d'à côté dont le pater était moins sévère côté vestimentaire. Le pagne était caché là-bas et était récupéré et remis comme si de rien n'était, une fois le bal terminé et qu'il faut rentrer. A défaut, c'est carrément avec la mère que le complot s'effectue : la jeune fille rendue leste comme une chatte par le pantalon arboré profite de ce que papa a le regard tourné ailleurs pour faire le mur ou la fenêtre. Au retour, c'est par des coups discrets et arrêtés d'accord parti frappés sur la fenêtre que la mère se dépêchera d'ouvrir à la fille. Toutes ces précautions sont remisées au placard quand le père est un polygame et n'est pas de tour chez les "comploteuses".
Opposé au pantalon qualifié d'occidental et renvoyant à l'image d'une femme dévergondée, le pagne était mieux vu et donnait à celle qui la portait l'allure de femme de bonne mÅ"urs. A contrario, si on faisait fi de la pudibonderie ambiante et s'affichait avec les garçons on était vite affublé de "woyof pendal" (femme de pagne léger ou de moeurs légères). Partant de là, les parents dans la crainte d'une honte venant de leur fille n'avaient de cesse de lui seriner qu'il était de son devoir de "bien nouer son pagne" ("takal sa sèr bu deger") pour ne pas se faire avoir par les garçons.
Au-delà de sa fonction moraliste, le pagne renvoie dans l'imagerie populaire à l'égalité entre la femme et l'homme, à travers cette expression consacrée : "sèr nary loxo mo koy tak comme pantalon" (à la manière du pantalon, le pagne se porte à l'aide des deux mains). Débitée sur un ton ferme, elle consacre une volonté féminine décidée à ne rien céder aux hommes ni à pleurnicher sur son sort parce qu'on est une femme en quête d'une discrimination positive.
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