Brahima Ouédraogo
27 Août 2008
Ouagadougou — Les autorités du Burkina Faso et des entrepreneurs agricoles profitent de ce mois d'août propice au reboisement pour développer des milliers d'hectares de pourghère ou 'jatropha curcas', une plante dont l'huile sert à produire du biocarburant.
L'huile de pourghère pressée peut être utilisée dans un moteur en la mélangeant au gasoil ou la transformant en ester pour obtenir du biodiesel.
Auguste Boudo, un entrepreneur agricole à Bobo-Dioulasso, dans le sud du Burkina Faso, possède une pépinière de pourghère devant son bureau et distribue aux visiteurs des plants et des graines gratuitement. "Je suis activiste du jatropha à plein temps", déclare Boudo à IPS, affirmant qu'il a déjà utilisé l'huile de jatropha dans sa voiture pendant six mois.
Un autre entrepreneur agricole, Mamadi Camara, représentant de 'Green Oil', une filiale de 'Independence Oil and Gas' du Canada, dit qu'il attend l'accord des autorités après avoir envoyé un agent se former en Europe pour la transformation de la graine de jatropha en carburant.
"Nous pouvons dire que nous sommes fin-prêts si la législation venait à être mise en place pour la production du biocarburant. Nous avons prévu toutes les éventualités pour la production du biocarburant à savoir l'huile végétale pure, ou un mélange huile végétale-gasoil à des proportions déterminées", explique Camara à IPS.
Dans l'ouest du Burkina Faso, Boudo avait prévu d'emblaver 600 hectares de jatropha. Mais aujourd'hui, il est à 10.000 hectares avec près de 200 groupements villageois dans les régions des Hauts Bassins, la Boucle du Mouhoun, les Cascades (ouest), la Tapoa (est) et la Sissili (centre-ouest) dans ce pays sahélien et semi-aride d'Afrique de l'ouest.
La pourghère ou jatropha a été introduite et encouragée en Afrique durant l'époque coloniale. Ses graines contiennent une amende oléagineuse mais purgative également, qui peut être à la base d'intoxication.
Selon ses promoteurs, le jatropha, qui peut atteindre jusqu'à cinq mètres de haut au Burkina, est moins exigeant et pousse dans des conditions climatiques difficiles.
Voulant montrer son intérêt pour le développement du jatropha au Burkina, le gouvernement a signé cette année un accord cadre avec la société française Agro-Energie Développement, pour la réalisation de 200.000 hectares en encadrant 500 producteurs dans quatre provinces du pays. A terme, la firme compte installer des unités de transformation de la graine de jatropha.
"On l'appelle l'or vert car c'est une plante miracle dont on peut attendre beaucoup", affirme Pierre Tapsoba, représentant de Agro-Energie Développement au Burkina. Selon lui, l'huile de jatropha peut servir à fabriquer, entre autres, du savon thérapeutique, et permettre notamment de réduire la facture du pétrole que le Burkina importe jusqu'à 450.000 tonnes par an.
Selon Robert Ouédraogo, le directeur général des productions végétales, le gouvernement est "partant" pour le jatropha car il peut être développé comme "plante de rente" au Burkina sans nuire aux autres activités agricoles.
"Comme toute spéculation que nous voulons développer, nous exigeons que la plante s'adapte correctement à nos conditions climatiques et qu'elle puisse être profitable. Donc a priori, le jatropha peut être cultivé au Burkina sans problème", explique Ouédraogo à IPS.
Le fait que le jatropha se développe sans beaucoup d'exigence, et pousse bien dans les pays tropicaux, arides, semi-arides et humides, enlève tout risque de compétition avec les autres spéculations, ajoute-t-il.
Les différents acteurs espèrent également que le jatropha peut permettre de verdir la végétation et restaurer les sols grâce à ses feuilles.
"En faisant du reboisement avec la plante de jatropha, on fait un reboisement utile parce que la plante résiste à n'importe quel type de sol, son entretien est facile, surtout que ce n'est pas une plante comestible pour les bêtes", explique Bouet Gnazon, le maire de la commune de Houndé, dans l'ouest du Burkina.
Houndé et six autres communes de la province de Tuy (ouest) se sont lancées dans la plantation du jatropha. Au total, elles doivent planter 50 hectares chacune dont les graines seront transformées sur place, selon Gnazon.
Pour éviter que le jatropha occupe des terres fertiles au détriment des cultures céréales, le gouvernement et les promoteurs conseillent aux producteurs des zones rurales de le planter comme haies vives afin de protéger les autres cultures des animaux domestiques qui craignent ses feuilles.
"Cette filière ne doit pas se faire en contradiction avec notre stratégie de sécurité alimentaire. Donc, il y aura une planification pour que les filières cohabitent de façon raisonnable", souligne Ouédraogo.
"Nous conseillons aux paysans de ne pas prendre les superficies cultivables pour planter le jatropha. Il faut plutôt utiliser les terres impropres à l'agriculture", renchérit Victor Tiendrébéogo, chef traditionnel et député à l'Assemblée nationale.
Défenseur du jatropha, il a déjà sillonné plusieurs régions du Burkina pour promouvoir la plante, invitant les paysans à suivre son exemple grâce aux micro-crédits qui leur sont accordés.
En partenariat avec une firme allemande Deutsch Biodiesel, ce chef coutumier a pu planter 60.000 hectares de jatropha avec 52.000 producteurs sous la forme de haies vives ou de cultures individuelles.
Selon François Traoré, président de l'Union nationale des producteurs de coton du Burkina, les producteurs sauront toujours faire le "bon choix", en fonction de leurs intérêts.
"A notre niveau, nous avons donné l'information aux producteurs et nous leur laissons la latitude d'évaluer les avantages du jatropha et prendre ensuite librement leur décision", explique Traoré à IPS. Au Burkina, les producteurs de coton sont également de grands producteurs de céréales.
Dans les zones rurales, cependant, le jatropha est déjà perçu comme une alternative aux anciennes spéculations agricoles comme le coton, et les autres cultures céréalières. Beaucoup attendent impatiemment l'étape biocarburant du jatropha.
Selon Gnazon, le jatropha doit permettre aux principaux producteurs de coton et de céréales de l'ouest de diversifier leurs cultures pour améliorer leur niveau de vie. Mais lui et ses homologues maires des six communes de la province de Tuy, attendent aussi la première goutte d'huile de jatropha qui permettra de faire fonctionner certains outils de production ou de transformation comme les moulins, ajoute-t-il.
Ils sont assistés par une organisation non gouvernementale (ONG) française, l'Institut de coopération et de développement économique et social (ICDES), pour la transformation des graines de jatropha qui seront produites dans leurs communes. L'ONG qui a déjà encadré des producteurs pour la transformation de leurs produits locaux en Amérique latine espère aider les zones rurales burkinabé à faire face à la flambée des prix des hydrocarbures.
"Notre objectif est de fournir assez d'énergie aux populations, produite localement et consommée localement", indique à IPS, Patrick Bondet, maire de Boni, une des communes recevant l'appui technique de l'ICDES.
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