Issa K. Barry
27 Août 2008
analyse
Un combat de boxe dans l'ombre. C'est la belle formule trouvée par un éditorialiste pour qualifier cet imbroglio politique dans lequel se trouve actuellement l'opposition zimbabwéenne.
En effet, y a-t-il situation plus cornélienne que celle-là ? En mars 2008, le MDC (Mouvement pour le changement démocratique) de Morgan Tsvangirai remportait les législatives avec 110 sièges contre 99 pour le parti au pouvoir, l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF).
Dimanche dernier, un dirigeant du MDC, Lovemore Moyo, a remporté la présidence du Parlement, mettant Morgan Tsvangirai face au dilemme suivant : si son groupe s'installe à l'Assemblée, cela revient à légitimer ipso facto le pouvoir de son grand ennemi, Robert Mugabe. Du même coup, c'est fermer la porte au dialogue pour la formation d'un gouvernement d'union nationale.
Si fait que l'opposition zimbabwéenne avait annoncé qu'elle ne participerait pas, hier mardi, à la session inaugurale du Parlement issu des élections du 29 mars, en soulignant que les négociations pour un gouvernement d'union n'étaient pas terminées.
Ces pourparlers, destinés à sortir le pays de la crise née de la défaite historique du pouvoir aux élections générales de fin mars, ponctuée par le hold-up mémorable de Robert Mugabe, ont été suspendus sine die le 12 août, chaque camp voulant contrôler l'Exécutif.
En attendant, s'il y a un grand perdant dans toute cette affaire, c'est assurément l'aile dissidente du MDC, qui, comme le disait la chanson, a tout perdu en voulant trop gagner. Son leader, Arthur Mutambara, en bon traître de service, a, en tout premier lieu, promis de pactiser avec Mugabe.
En avril, il change de scénario, en promettant de signer un accord pour coopérer avec Tsvangirai. En ce mois d'août, le virevoltant opposant reprend subitement sa liberté, en présentant un candidat à la présidence du Parlement. Mal lui en a pris. Il a lamentablement perdu, malgré le soutien de la ZANU-PF.
C'est peut-être le prix de la trahison. La tendance présidentielle n'est pas mieux lotie non plus, puisqu'après le décompte des voix, constat a été fait que des parlementaires du parti au pouvoir ont voté pour le candidat du MDC.
Autre humiliation pour le « père de l'indépendance » : il a été conspué par les opposants quand il s'est rendu au siège du Parlement. Après la claque électorale, voilà une autre humiliation pour un vieillard qui, à 84 ans, s'obstine à ne pas reconnaître qu'il a son avenir politique derrière lui.
Les opposants ont donc le législatif, et ils ne veulent pas siéger, mais ils sont bien décidés à être des empêcheurs de gouverner en rond. Avec ce nouveau rebondissement politique dans l'ex-Rhodésie du Sud, l'on est en train d'entrer dans une énième zone de turbulences. Quel prédicateur saura nous dire quand ce pays sortira de l'ornière ?
Certes, avec cette victoire côté législatif, l'on peut maintenant dire qu'en plus de la légitimité, l'opposition a la légalité avec elle. Mais l'on ne sait plus, du chef de l'Etat ou de l'opposant, qui est plus mal loti que qui. Le président zimbabwéen est aux abois, et l'opposition désemparée.
Il est vrai que cette dernière prête souvent le flanc, et Mugabe ne semble pas prêt à lâcher du lest, ce héros qui a, convenons-en, mal tourné, étant décidé à boire jusqu'à la lie la coupe de la forfaiture, quitte à essuyer toutes les avanies possibles. Hier, ce dernier, comme indiqué plus haut, a ouvert le Parlement issu des élections du 29 mars sous les huées de députés de l'opposition, venus spécialement dénoncer sa légitimité.
Arrivé à bord d'une Rolls Royce, il a, par contre, été acclamé à l'entrée par ses partisans, qui chantaient à tue-tête : « Il est notre père, il est notre leader ». Question à un million de dollars du Zimbabwe : où va donc ce pays ?
Un proverbe de chez nous dit que lorsque l'on ne peut rien contre un voleur, mieux vaut l'aider à porter son butin. Ne vaut-il pas mieux pour l'opposition accepter de s'asseoir à côté des diablotins à l'Assemblée et pousser lentement mais sûrement le grand diable vers la porte ?
D'ailleurs, il n'y a pas que ses opposants qui veuillent que le vieux Lion prenne un repos bien mérité. Si le maître, depuis 28 ans, du pays écoutait les conseils, ne serait-ce que ceux de son épouse, il y a belle lurette que le couple aurait quitté Harare pour s'installer dans leur ferme au Malawi.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2008 L'Observateur Paalga. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.