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Congo-Kinshasa: Cinq questions à Jean Senahoun


Le Potentiel (Kinshasa)
 

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Le Potentiel (Kinshasa)

28 Août 2008
Publié sur le web le 28 Août 2008

Kinshasa

1. Pouvez-vous nous donner quelques facteurs expliquant la crise alimentaire actuelle qui secoue tous les pays de la planète ?

L'un des facteurs est la hausse de la population urbaine dans beaucoup de pays émergents, notamment. Dans certains pays, il y a aussi la hausse de la qualité de l'alimentation, comme en Inde, en Chine ou au Brésil. Cela crée des besoins nouveaux, entre autres en matière de céréales. Les facteurs conjoncturels jouent aussi : les perturbations climatiques, comme la sécheresse, peuvent entraîner une baisse de la production comme cela a été le cas pour l'Australie et le Canada, gros producteurs de céréales. Il y a également des facteurs nouveaux, comme la liaison entre le prix du pétrole et des denrées alimentaires survenue suite à l'utilisation des céréales, comme le maïs, pour fabriquer des biocarburants. Beaucoup de gouvernements ont subventionné les biocarburants et, en 2008, 30% de la production de maïs servait à la production de biocarburant et non à l'alimentation humaine ou animale.

2. Les gouvernements ne vous ont pas écouté, alors ?

Je ne dirai pas ça. Mais c'est comme ça : c'est souvent quand on atteind un niveau critique que l'on s'alarme. C'est quand la situation devient ingérable et extrêmement grave et alarmante que les actions sont souvent prises. C'est ce qui se passe maintenant. Mais, face à cette situation, chaque pays prend des mesures à son niveau pour protéger ses consommateurs. Si vous me passez l'expression, ça fait un peu désordre. Nous avons besoin d'une politique concertée au niveau mondial. C'est pourquoi le Fonds des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) organise en juin une conférence des chefs d'Etats. Au départ, l'intitulé était « Comment nourrir le monde en 2050 » mais, au vu des événements, nous avons décidé de nous pencher sur les mesures appropriées à prendre pour faire face à la crise.

3. Que préconise la FAO pour résoudre la crise ?

En décembre, le secrétaire général de la FAO a lancé une initiative pour limiter la hausse des prix, qui affectait notamment les pays en développement. La FAO met aussi l'accent sur la distribution d'intrants aux petits producteurs des pays en développement pour augmenter l'offre à court terme. De telles initiatives sont déjà en cours au Burkina, au Sénégal, en Mauritanie et va bientôt s'étendre. Cette mesure permettra aux pays connaissant un déficit céréalier et ayant des revenus limités d'augmenter leur production nationale et de réduire les exportations dont le coût a considérablement augmenté et pèse dans les budgets. Il faut aussi trouver comment améliorer les conditions de production, de transformation et de commercialisation des produits. Au final, l'idée est de soulager à court terme les populations affectées et, à plus ou moins long terme, de favoriser la production agricole et d'augmenter l'offre au niveau mondial.

4. La Banque mondiale et le Fonds monétaire international demandent aux pays de prendre des mesures urgentes. Mais ne sont-ils pas responsables en partie de la situation puisqu'ils ont préconisé à certains Etats de favoriser l'agriculture d'exportation pour rembourser leur dette?

Tout le monde a constaté que les investissements et l'aide dans le secteur agricole ont baissé de façon considérable ces dernières années. C'est, entre autres, dû à de mauvaises politiques des gouvernements et au fait que les dirigeants ont parfois été mal conseillés. Mais c'est en train de changer. Le rapport 2008 de la Banque mondiale, consacré à l'agriculture, dit que le développement passe par l'agriculture. Nous sommes heureux de constater ce changement d'orientation.

5. Pensez-vous que l'on risque d'assister à une plus forte « immigration alimentaire » ?

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C'est une question délicate. Il y a beaucoup de facteurs qui contribuent à l'immigration entre les pays et à l'intérieur des pays. Si dans les zones rurales les revenus baissent trop, ont peut s'attendre à ce que les gens partent. Les populations bougent selon les ressources, les opportunités.


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