Kinshasa — A Kwakwa dans la province du Bas-Congo, des veuves et filles mères, regroupées en association, vivent aujourd'hui de la vente de la farine de manioc produit dans leurs champs. Elles n'ont plus besoin ni d'hommes, ni de structures d'aide. Elles n'attendent plus devant les églises et les associations caritatives de la province pour quémander de l'aide.
Une soixantaine de veuves et filles mères de Kwakwa, village de près de 8 mille habitants situé à 45 km de Matadi, chef-lieu du Bas-Congo, vivent, en effet, des champs qu'elles cultivent en commun depuis qu'elles se sont regroupées au sein d'une même association. Leur réussite tient au fait qu'elles ne se contentent pas de produire du manioc mais qu'elles le transforment en farine, qu'elles ensachent avant de la commercialiser sur le marché local. Cette farine, la seule fabriquée ainsi dans la province, est très prisée par les citadins.
Leur association, Groupedi, possède 250 ha de terres à proximité du village. Une pancarte plantée à l'entrée des champs indique qu'il s'agit d'un Centre pilote de transformation de manioc. Sur place, ces femmes, autrefois laissées-pour-compte, bénéficient de l'encadrement des agents de développement rural. Quelques-unes ont été formées à l'Institut national pour l'étude et la recherche agronomique (Inera). Elles ont appris des techniques pour multiplier rapidement les boutures du manioc et lutter contre les maladies qui attaquent leur culture.
Dans les champs, une dizaine d'hommes employés par l'équipe de femmes travaillant avec elles. Ils sont chargés des travaux lourds tels que le dessouchage, le défrichement, l'abattage des arbres
ELLES VEULENT ALLER LOIN
Dans le village, l'association, qui prend aussi en charge les problèmes sociaux de ses membres, a monté une troupe de théâtre qui raconte à chaque fois aux visiteurs l'historique du groupe. Cette initiative est saluée par tout le monde, tout particulièrement le chef de Kwakwa, Louis Bernard Badu. «Je ne gère plus beaucoup de conflits depuis que ces femmes travaillent ensemble», se réjouit-il.
Encouragées par les premiers résultats des travaux de champs, ces femmes n'entendent pas s'arrêter en si bon chemin. Elles ont à présent monté un petit élevage de porcs et de chèvres, qui sont nourris notamment avec les épluchures de manioc. «Notre désir est d'acquérir un tracteur et un gros véhicule pour accroître la production», fait savoir la présidente de Groupedi, qui tient à étendre les actions de l'association dans toute la province.

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