L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Burkina Faso: Lotissements à Boulmiougou - Le désordre de chez Séraphine

D.e.o. J-M T.

28 Août 2008


Le mardi 26 août 2008, le maire de Ouagadougou, Simon Compaoré, a bouclé, à Boulmiougou, la série des audiences publiques dans les arrondissements de la commune où sont en cours des opérations de lotissements. Tout comme à Nongr-Massom, Sig-Noghin et Bogodogo, le premier responsable de la ville y a tenu un langage de vérité et dénoncé l'imbroglio, source des problèmes qui prévalent dans l'attribution des parcelles.

Le forum de l'arrondissement de Boulmiougou était très attendu, pour qui connaît la nature des difficultés liées à la question du lotissement dans cette partie de la capitale, peuplée de plus de 400 000 âmes. Avant 15 h, moment prévu pour la rencontre, la population était déjà fortement mobilisée sur le plateau omnisports de Pissy pour le rendez-vous des grands déballages. L'occasion en effet était belle pour se faire entendre de l'autorité municipale. Présence ostensible et très remarquée : celle des forces de l'ordre, prêtes à parer à toute éventualité.

Des barrières disposées par endroits pour canaliser la foule donnaient une idée du sérieux accordé à l'événement et des précautions prises. Ponctuel comme à son habitude, Simon Compaoré et son staff, Séraphine Ouédraogo, le maire de Boulmiougou, et les membres de son conseil étaient installés. Les choses pouvaient alors commencer, et c'est l'homme orchestre, l'édile de Ouagadougou, qui prend la parole pour planter le décor.

Il a souligné l'importance du meeting, une opportunité, selon lui, que les populations doivent saisir pour poser publiquement et librement les problèmes qu'elles vivent, plutôt que de recourir, le plus souvent, aux médias pour se faire entendre. Il a donc invité les uns et les autres à parler sans gêne, car, a-t-il indiqué, « le jour de l'accouchement, point de honte pour la parturiente ».

Plus de demandeurs que de parcelles

Mais avant, il a permis à sa collègue de Boulmiougou de faire le point du lotissement réalisé, et de l'opération en cours. L'intervention de madame Ouédraogo, qui a porté sur le processus de lotissement, les difficultés, les solutions aux problèmes, le bilan financier, a concerné tout naturellement les secteurs n°15 ; 16 ; 17 ; 18 et 19 ; les villages de Sondogo ; Tanghin-Dassouri..., sa zone de compétence. On en retient, pour l'essentiel, que le nombre de parcelles dégagées est nettement en deçà de celui des demandeurs, d'où les difficultés de tous genres.

Parmi celles-ci : l'installation de populations après le recensement, les spéculations, les doubles attributions, la lenteur dans l'opération d'attribution, le chevauchement de la parcellisation des secteurs n°16 et 17... Du côté de chez Séraphine, l'octroi des terrains à usage d'habitation se fait par étape : elle touche d'abord les résidants, qui paient, ensuite les non-résidants, puis suivent les demandeurs et enfin les sans-numéros.

La situation financière du fonds de lotissement de Boulmiougou à la date du 20 août 2008 est la suivante : 2 405 326 698 f cfa de recettes, 2 382 937 198 f cfa de dépenses, soit un solde de 22 389 500 f cfa.

Des solutions sur-le-champ

Suite à cette présentation, succincte, du maire Séraphine Ouédraogo, une première vague d'intervenants, vingt au total, triés sur le volet par le patron de l'hôtel de Ville lui-même, ont eu droit à la parole pour exposer leurs préoccupations. Chacun y est allé de son argumentaire, de ses preuves. Morceau choisi : Mathurin Nikièma, qui a adressé une correspondance au maire de la ville, et dont il exhibait fièrement une copie, affirme avoir les preuves que la mairie de Boulmiougou vent des parcelles à des particuliers. Le nom d'un certain Moussa Nikièma, agent de ladite mairie, est cité.

Dans la fameuse correspondance, le sieur Nikièma reconnaît avoir vendu des parcelles à 500 000 f cfa chacune. Simon Compaoré, qui réagit au quart de tour, ne se fait pas prier. Il charge sa police d'accompagner la vedette Mathurin Nikièma, afin d'aller « cueillir » l'agent incriminé pour audition. S'il reconnaît les faits, martèle le maire Compaoré, qu'on l'enferme. Suivant les cas exposés et selon leur pertinence, une solution est trouvée illico presto.

Un total de 53 911 personnes (résidants, non-résidants et demandeurs) a déjà payé les frais nécessaires. Reste que parmi eux beaucoup n'ont pas encore de parcelle. Aucune contribution n'a été reçue pour le lotissement à Sondogo, financé exclusivement sur fonds du secteur n°17 à hauteur de 102 757 428 f cfa.

Au regard des problèmes évoqués au cours de l'audience, le bourgmestre de la capitale conclut que Séraphine et toute son équipe ont commis une grosse et grave erreur : celle d'avoir osé ouvrir plusieurs fronts dans l'arrondissement, ce qui a vite fait de créer un terrain fertile à toutes les formes d'abus. Il exige désormais un procès-verbal hebdomadaire sur l'opération de lotissement, propose la création d'une seconde commission et la mise sur pied d'un groupe spécial pour la supervision générale.

Il promet de suivre personnellement le processus. Le magistrat municipal se dit satisfait de l'initiative des audiences publiques et de la mobilisation des populations qu'elles occasionnent. Pour lui, les échanges, empreints de franchise, ont permis de mettre les populations en confiance et de les informer des difficultés qui entravent le bon déroulement des lotissements dans la commune.

D. Evariste Ouédraogo Jean-Marie Toé (stagiaire)

Encadré

Joanny Ouédraogo et le cas du lotissement de Zagtouli

Il est le premier adjoint au maire de Boulmiougou et, selon certaines indiscrétions, hautement concerné par les problèmes de lotissements dans son Zagtouli natal. Joanny Ouédraogo serait « mouillé » dans l'affaire des terrains dans son village. On a en mémoire le procès en justice pour diffamation, qu'il a intenté contre l'Indépendant, suite à une série d'articles de notre confrère. Il y est cité dans une affaire de gestion de 100 parcelles à Zagtouli, dans l'arrondissement que dirige Séraphine Ouédraogo.

Dans une des livraisons du quotidien de service public SIDWAYA, Basile Baloum, directeur de publication de l'Indépendant, attribue à Joanny Ouédraogo les propos suivants : « Il n'y a pas de problèmes de lotissements à Zagtouli ». Ce à quoi répliquait son grand frère, le chef de Zagtouli, Naba Saga : « Les problèmes de lotissements ont été multipliés par trois ».

Il semble que des natifs de Zagtouli, qui ont pourtant été recensés, n'ont malheureusement pas encore eu de parcelle. Selon le premier adjoint, ceux qui n'ont pas été attributaires sont ceux-là qui n'avaient pas l'âge requis au moment du premier lotissement. Présentement, une extension est prévue pour satisfaire les natifs de Zagtouli qui sont maintenant "éligibles".

Un recensement est en cours à cet effet. Conclusion : « Il n'y a pas de problème de lotissement à Zagtouli ». Si, pour certains, l'initiative des audiences publiques est salutaire, pour d'autres, ce n'est ni plus ni moins que du cinéma. De la poudre jetée aux yeux de l'opinion.

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