Tunisie: Autrement dit-D'archeos à la modernité la plus tangible
![]() |
||||||||||
|
||||||||||
La Presse (Tunis)
29 Août 2008
Publié sur le web le 29 Août 2008
Par Bady Ben Naceur
Nous relisons, dans la Collection arts et artistes éditée par Alif, - dommage qu'elle n'ait pas fait long feu, d'ailleurs -, une monographie sur le peintre Hatim Elmekki (parue en 1989) et comment les éditeurs, Salah et Viviane Bettaïeb, après avoir brossé le portrait de ce «mutin et mutant ( ) allant toujours du côté de l'ailleurs», lui donnent la parole, avec son agrément, à la fin de l'ouvrage.
Il s'agit de réflexions inspirées par les diverses facettes d'un métier (dessins, aquarelles, peintures, affiches de propagande, maquettes de timbres, etc.) pratiqué depuis plus d'un siècle, chez cet artiste à la double origine tunisienne et indonésienne.
«Reconnaissons, déclare Elmekki, quelque part dans ces extraits, reconnaissons que tant d'efforts déployés depuis si longtemps et pour un aussi maigre résultat a, en effet, de quoi faire sourire».
A travers ce propos, nous sentons, bien sûr, le dépit et une certaine amertume (même souriante) de l'artiste-quatorze ans avant sa mort -, visiblement vexé face à ce manque de reconnaissance et surtout à cette amnésie lancinante et quasi générale au sujet de son oeuvre, lorsque l'artiste vient à décéder.
Tant il est vrai que, selon les considérations qui lui avaient été inspirées par l'architecte-urbaniste Van der Swaelen (in : La condition matérielle des artistes du Journal Le Peuple du 6 avril 1927) : «Celui qui opte pour la carrière artistique, s'engage à souffrir» car «s'il est parti du mont avec la foi, il doit atteindre le sommet, pantelant de douleur, mais sans plainte». Aly Ben Salem qui fut son aîné de huit ans, nous disait à peu près la même chose, dans un ouvrage que nous lui avions consacré, aux éditions de L'or du temps.
Et combien sont-ils, tous ceux qui comme eux, ou issus des générations montantes depuis l'indépendance du pays, ne sont pratiquement visibles, à travers leurs oeuvres, qu'à de rares occasions ou exceptions. Notamment, lors d'expositions tunisiennes officielles ici ou à l'étranger ou des expositions-ventes dans certaines galeries privées qui font d'ailleurs un travail remarquable de re-mémorisation de tous ces artistes si peu connus de nos jeunes et qui nous ont fait rêver, pendant des années.
Ces artistes d'un «midi» plus bas que celui de Marseille, et qui attendaient vainement une certaine reconnaissance de leur vivant, déjà !
Le préjudice est double ou triple pour eux car parlant de «reconnaissance» c'est leur «statut» qui est en jeu dans cette aventure de l'art dans laquelle, ils se sont jetés pêle-mêle coreligionnaires d'artistes européens mais sans le côté coercitif de ces derniers entre devoirs et obligations, droit social et fiscal, cote d'artistes, et reconnaissance, avec tous les privilèges qui leur sont dus.
A la limite, on pourrait se demander pour quel «employeur premier» (l'Etat ou le privé ?), tant d'artistes ont eu à créer tant d'oeuvres peintes, dessinées, gravées, sculptées, et au prix de quelle «indépendance exigeante» ils ont dû le faire?
Notre clin d'oeil, à travers la rubrique de ce jour va, par conséquent, tout droit à la «muséologie» ou la «muséographie», cette science de l'organisation des musées (contemporains ou modernes), encore inexistante chez nous. Il y a eu, bien sûr, des tentatives d'expériences muséales vers le milieu des années soixante-dix, notamment dans l'ancien casino du Belvédère pendant une dizaine d'années, qui a vu se dérouler un chapelet remarquable d'expositions à thèmes, à partir d'oeuvres acquises par l'Etat. Ce «Centre d'Art vivant du Belvédère» aura été aussi un haut lieu d'attraction pour les arts scéniques, les concerts de musiques les plus variées, les joutes poétiques, etc.
Tout le Belvédère, jusqu'au zoo lui-même, s'extasiait de tant d'événements, de lumières, de sons et de plaisirs partagés pour le bien des citoyens de la capitale.
Mais les choses s'arrêtèrent là et nous attendons depuis tant et tant d'années que la muséologie s'installe et s'instaure enfin, comme une véritable manne et une plate-forme viable pour ces milliers d'oeuvres d'artistes qui ont trouvé un refuge,quelque part à Khaznadar.
L'ouverture prochaine de la cité de la culture à Tunis répondra-t-elle à ce voeu ? Retrouver enfin les traces de l'imaginaire de tous ces artistes morts, ou encore en vie, pour une «réelle visibilité» de notre patrimoine contemporain et/ou moderne, comme on le fait par ailleurs, pour nos visiteurs étrangers, à l'endroit des musées archéologiques avec toutes ces mosaïques, ces arts de la statuaire, ces bijoux anciens, très anciens et qui démontrent d'ailleurs que la Tunisie, à travers ses nombreuses strates de civilisations et d'occupants successifs, est, en soi déjà, un véritable musée à ciel ouvert.
Retour à Hatim Elmekki qui revendiquait cette modernité la plus tangible, à travers son art et, quand on le provoquait, à travers des mots plutôt acerbes. Voici son propos à travers l'art du mimétisme ou plutôt de la «singerie», propos dit, avec un certain art de l'éloquence aujourd'hui perdu : «dans l'histoire de la création, la plus grande nouveauté, c'est quand l'homme, s'éloignant (un peu) du singe, a désiré le contre-faire. En plus subtil. Pourtant, même si les oeuvres produites par le faussaire ne sont pas toutes des chefs-d'oeuvre, beaucoup s'en faut, on ne peut sous-estimer, parfois, leur pouvoir de séduction, ni leur dénier un certain caractère révolutionnaire. Exemples : la parole, l'argent et, entre les deux, le sourire.
L'art n'a fait qu'y ajouter son trouble. C'est la seule industrie humaine dont on se plaise à reconnaître les maléfices. Les bénéfices étant réservés à des activités plus intelligentes». Merci, monsieur Elmekki.
Read comments. Write your own.
|
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. | |||||||||||||||||||||||||||||
| |||||||||||||||||||||||||||||
|
| |||||||||||||||||||||||||||||
|
Copyright © 2008 La Presse. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
| |||||||||||||||||||||||||||||
|
| |||||||||||||||||||||||||||||
|
Faites d'allAfrica.com votre page d'accueil
|
Fils RSS
Sign up for FREE daily 'top headlines' by email >> | |||||||||||||||||||||||||||||
|
| |||||||||||||||||||||||||||||
| Début de page | Plan du Site | Qui Nous Sommes | Publicité | Recherche | Mon Compt | |||||||||||||||||||||||||||||
|
| |||||||||||||||||||||||||||||
| Un commentaire? Remplissez le formulaire. Données Personnelles . | |||||||||||||||||||||||||||||
|
| |||||||||||||||||||||||||||||