L'Autre Quotidien (Cotonou)
Franck Raoul Pedro
5 Septembre 2008
John Godonou Dossou n'est plus. Le célèbre ami des enfants du Bénin a «fait définitivement sa valise et s'en est allé pour le voyage éternel.» Après plusieurs années de lutte, sa maladie a eu raison de lui, loin de son pays, contrairement à son rêve de mourir et d'être enterré sur sa terre natale prés du lac Ahémé.
« Maman, maman, oh ! Maman, ma vie est bien triste sans toi. Oh ma mère je ne pourrais jamais t'oublier » C'est le refrain du morceau qui a révélé l'artiste John Godonou Dossou au public béninois. Très énigmatique, cet artiste appartient à une rare catégorie de musiciens béninois. Il a choisi le crépuscule de sa vie, pour s'investir dans une carrière musicale exceptionnelle sachant à l'avance qu'elle sera très courte.
L'histoire du vieil artiste et de sa musique
C'est très jeune que John Godonou Dossou a appris à côtoyer la musique. Avec sa guitare il s'amusait à interpréter et composer des morceaux pour sa propre distraction. Malgré sa passion pour la musique, ce chanteur des années 1960 reste très allergique aux leçons classiques de musique. Il opte pour l'amateurisme. Un jour, pris de morosité et de nostalgie pour sa mère, John Godonou alors déjà père de famille quelque part en Suisse, compose le morceau qui va le faire sortir de l'ombre. Il s'agit du fameux « Maman ». L'histoire remonte à 1983 en Suisse où il exerçait la profession de Kinésithérapeute. Plus tard après sa retraite, il devient plus libre et s'abandonne à la musique. L'environnement et surtout son tempérament, l'amènent à promouvoir un rythme musical peu ordinaire. Le choix de ce rythme peut s'expliquer par le message et surtout la cible du chanteur. « Je chante souvent la vie, la joie, la tristesse et bien d'autres sentiments ou événements qui se rapportent à l'être humain et à ses origines » déclarait l'artiste. Quand on lui demandait le nom de sa musique, il répondait souvent : « je ne sais franchement pas moi-même le nom de ma musique. Mais si l'on n'y trouve aucun inconvénient alors appelons- la « blues béninois ». Mes chansons sont très souvent destinées aux enfants et aux personnes qui ont besoin d'un soutien moral.»
Expatrié en suisse depuis une cinquantaine d'années, « John » comme il aimait se faire appeler ne s'exprimait presque jamais dans sa langue maternelle. Le français demeure son seul support de communication avec ses fans. Mais l'artiste restait égal à lui même, marqué par une forte détermination et un patriotisme pragmatique. C'est ce qui justifie qu'il ait consacré un album tout entier à la ville de Porto-Novo, sa ville natale. Malgré son âge avancé, il disposait de beaucoup de force et d'imagination musicale. Son regard exprimait une grande sagesse et témoignait d'une grandeur d'âme. Pour son épouse Bertille qu'il ne cesse de magnifier à tout moment de sa vie, « cet homme a le défaut d'être trop bon et compréhensible. Il a facilement confiance en ses amis, et se refuse de rester indifférent à la vie des autres ». John Godonou, c'est aussi le grand père qui, à travers ces morceaux, prodigue de sages conseils à ses petits fils. Il se sert du quotidien des êtres et des animaux pour impressionner les enfants et leur apprendre à vivre en société. « Les enfants, je les adore, et je veux me mettre à leur service » témoignait-il.
Un combat social
John Godonou Dossou, avait plus d'une demie douzaine d'albums à son actif et n'entendait pas s'arrêter en si bon chemin. Cette folie de jeunesse qui animait ce sexagénaire est la preuve que sa passion pour la musique n'a pas d'âge. Pendant plusieurs années, il a initié un projet intitulé « Noël pour tous ». Ce projet qui consistait à donner la chance à tous les enfants de célébrer la Noël l'a conduit dans plusieurs contrées insoupçonnables du Bénin. Il y apportait de nombreux cadeaux aux enfants des villages et leur offrait un concert afin de les égayer. Très impressionnant, cet artiste avait vraiment quelque chose de particulier. Et puisse que les bonnes choses durent peu, sa carrière s'est arrêtée le 29 août 2008 en Suisse, contrairement à son voeu de mourir au Bénin. Depuis deux ans, après une cinquantaine d'années passées en Suisse, Il disait être définitivement rentré au pays pour mourir. Mais, suite à une dégradation de son état de santé, ses enfants ont préféré l'évacuer à Genève pour des soins intenses. Malheureusement, la mort le surprend loin de sa terre natale. Un peu comme pour dire que l'homme propose et Dieu dispose.
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