L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Les spéculateurs s'en vont, le prix du baril tend à se stabiliser

Fidèle Honvou

5 Septembre 2008


Port Louis — Après une hausse continue du prix du baril de pétrole, provoquée par l'entrée de capitaux spéculatifs sur le marché du brut, le prix du baril tend à se stabiliser aux alentours de 109 US$. La compagnie de transport Air France vient d'annoncer une prochaine baisse de ses tarifs. Certains spécialistes estiment que la baisse du prix à la pompe à Maurice serait envisageable à terme. Mais hier, le prix était de 109 US$, après avoir atteint mardi la barre des 105 US$.

La fixation du prix des carburants, à Maurice, est régie par l'Automatic Pricing Mechanism (APM). Les économistes se disent sceptiques quant à une baisse très prochaine du prix à la pompe. «A terme, il y aura une baisse du prix à la pompe au niveau local. Mais l'appréciation du dollar par rapport à l'euro, et conséquemment par rapport à notre roupie, pourrait annihiler les effets de la baisse de prix du baril pour le consommateur mauricien», explique Philip Lam.

Vinaye Dey Ancharaz, professeur, et chef du département Economique et Statistiques à l'université de Maurice, abonde dans le même sens. Il rappelle que l'APM tient compte de plusieurs facteurs pour fixer le prix à la pompe. «Les stocks existants ayant été probablement acquis au prix fort, un minimum de temps sera nécessaire pour que le Mauricien ressente cette baisse à la pompe.»

Effets de la tempête Gustav

Du côté des compagnies de transport aérien, des baisses sont annoncées. Ce mercredi, un responsable d'Air France annonce que la surcharge en carburant pourrait baisser au niveau de la compagnie «d'ici le 9 septembre». Cela résulte de réclamations de plusieurs associations françaises de consommateurs qui demandent une baisse des surtaxes appliquées par les compagnies aériennes pour compenser la hausse du prix du brut.

Air France a procédé à une augmentation allant de 21 euros (environ Rs 900) sur les lignes intérieures à la France, à 135 euros (environ Rs 5 700) sur les long-courriers. Une première baisse de 2 à 14 euros est prévue, suivant la longueur du vol, qui pourrait être suivie d'une autre, annonce ce responsable.

Pierre Dinan, économiste, se réjouit de la baisse de prix du baril, qu'il estime importante pour Maurice et pour toute l'économie mondiale. Il estime que cette baisse pourrait aider à trouver une solution à la crise financière en Occident.

La menace sur les installations pétrolières américaines suscitée par le passage de la tempête Gustav n'a pas fait monter le prix de l'or noir comme on l'aurait imaginé. Après la baisse spectaculaire de mardi, le niveau des cours semble se stabiliser au tour de 109 US$, un niveau des cours correspondant à celui d'il y a six mois.

Les économistes sont unanimes quant aux raisons de cette chute remarquable de prix du baril. Ils estiment que le marché tend vers son équilibre. «Ceux qui opèrent sur le marché du pétrole se sont rendu compte du ralentissement des activités économiques dans le monde, à l'origine d'une consommation moindre du pétrole. Alors, la baisse du prix permettra de relancer la consommation», estime Pierre Dinan.

Ralentissement économique

Il réalise que cette situation montre à quel point les opérateurs du marché ont spéculé pour amener le prix du baril à son niveau le plus haut. Avis que partage Vinaye Dey Ancharaz : «Cette baisse est intervenue pour apporter une correction au marché, en termes techniques, nous assistons à un phénomène de bursting of the bubble et le marché commence par se stabiliser peu à peu.»

Pour lui, le fait que l'ouragan Gustav ait manqué de justesse la région sud des Etats-Unis, où sont implantées bon nombre de leurs infrastructures pétrolières, a eu un effet positif sur le prix du baril, favorisant sa tendance baissière. De même, l'économiste Philip Lam soutien la thèse que la spéculation serait à la base de la crise pétrolière. Il nous explique que la baisse du cours du dollar avait provoqué la ruée des investissements spéculatifs dans le pétrole au détriment du dollar.

Ce fait a suffisamment rehaussé le prix du baril jusqu'à son niveau le plus haut le 11 juillet dernier. Le dollar ayant repris récemment du poil de la bête, les spéculateurs s'orientent vers la demande du dollar au détriment de l'or noir. «La demande en pétrole est actuellement en baisse partout dans le monde. Un ralentissement économique s'observe aussi en Chine et en Inde», nous informe Philip Lam.

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