Sidwaya (Ouagadougou)

Burkina Faso: "Taag Raogo"-Un refuge contre la vie chère

Hermann GOUMBRI

5 Septembre 2008


Face à la vie chère, les solutions et tentatives de solutions ne manquent pas. Chacun y va de la sienne. Les femmes de Ouagadougou aussi. Au-delà des solutions du gouvernement, bien de Ouagalaises se résolvent à la pratique du "taag raogo". Système de crédit basé sur la confiance, le "taag raogo" se pratique aussi bien dans les concessions que sur la place des marchés. Il s'impose chez bon nombre de femmes comme la riposte la plus concrète et la plus viable du moment, face à la vie chère.

Pour Mme Naré comme pour bon nombre de femmes à Ouagadougou, le taag raogo est une solution palliative au phénomène de la vie chère.

Mme Wangrawa a fait du taag raogo son cheval de bataille pour faire face à la vie chère.

A Ouagadougou, la pratique du "taag raogo" chez les femmes est presque monnaie courante. Phénomène de vie chère oblige ! Revu et actualisé, le "taag raogo" est l'affaire de bon nombre de commerçantes, de femmes sans revenus ou à faibles revenus et même de femmes fonctionnaires. Mais qu'est-ce que le "taag raogo" en réalité ?

Le "taag raogo" est une pratique commerciale permettant de vendre ou d'acheter des produits à tempérament ou à crédit. Ce système de crédit entre commerçantes et clientes s'effectue sans exigence de paiement immédiat. Il s'oppose, en ses principes, au système de paiement au comptant. Pour ce qui est des produits vendus ou achetés, ils connaissent une augmentation pouvant aller de 25 F CF A à plus de 2 000 F CFA, suivant la nature et la qualité des produits. Au nombre des marchandises vendues en "taag raogo" se trouvent des boules de savons, des pagnes, des chaussures, des foulards, des sous-vêtements, des habits prêts-à-porter, des plats, des pommades pour la peau, des bijoux, des pâtes alimentaires, du riz, du sucre, etc.

Le "taag raogo", concrètement

Mme Mamounata Wangrawa, commerçante ambulante, habite au secteur n°29 de Ouagadougou. A l'instar de beaucoup d'autres commerçantes de la capitale, Mme Wangrawa pratique le "taag raogo". Sa spécificité, elle marchande exclusivement sous le modèle du taag raogo. Tout a commencé pour elle il y a quatre ans.

24 juin 2008 à Dagnon, il est 15h quand Mme Wangrawa enfourche son vélo chargé à l'arrière d'un panier contenant des boules de savons, des chaussures pour enfants et pour adultes, des pagnes et des foulards de tête. Comme chaque soir, elle n'a qu'un seul objectif, celui de vendre ses produits en "taag raogo" à sa vingtaine de clientes à Ouagadougou. Pour ce soir, elle fait son premier arrêt chez Mme Georgette Naré/Tapsoba, ménagère et tisserande au quartier Watinoma du secteur n°29. Mme Naré est une fidèle cliente de Mme Wangrawa depuis maintenant près d'un an, laisse-t-elle entendre. Elle se procure ce dont elle a besoin avec seulement deux commerçantes "taag raogo". Elle achète à crédit assez régulièrement des chaussures pour adultes et pour enfants, des boules de savons, des pagnes et des foulards.

A titre d'illustration trois pagnes, qui coûtent au comptant 3 500 F CFA, lui reviennent à 3 750 F CF A en taag raogo, soit une hausse substantielle de 250 F CFA. Quotidiennement, ses deux commerçantes lui réclament la somme de 50 F CFA jusqu'à remboursement total. Dans le souci de vite se libérer des crédits interminables, Mme Naré opte de payer chaque jour 100 à 200 F CFA dans la mesure du possible et surtout pour les pagnes qui coûtent plus cher et dont la période de remboursement est plus longue.

Nonobstant le fait qu'elle ne parvienne pas toujours à rembourser de façon régulière, Mme Naré voit dans le taag raogo le seul refuge contre la vie chère. Embarquée, bon gré mal gré dans ce système, elle achète plus en "taag raogo" qu'au comptant. «Avec la vie chère, tout est devenu cher. J'y suis donc obligée, surtout pour des produits indispensables comme le savon», confie-t-elle, souriante. Mme Naré, tout comme Mme Wangrawa détient un carnet sur lequel chacune d'elles marque l'état de remboursement des produits.

D'autres commerçantes comme Mme Irène Ouangré, pour ce contrôle, tracent des traits avec un marqueur ou du vernis sur un mur, un arbre ou sur le bois des hangars au marché d'où l'appellation «taag raogo» : en mooré «taag» = tracer et «raogo» = bois, ce qui signifie «tracer sur le bois». Après avoir récupéré les 100 F CFA que lui doit Mme Naré, et pendant que celle-ci termine d'expliquer le "taag raogo", Mme Wangrawa reprend son vélo et passe à la cour voisine où l'attend une autre adepte du taag raogo. Elle passera ainsi de concession en concession jusqu'à la nuit tombante. Comme pour Mme Wangrawa, la pratique du "taag raogo" n'est pas toujours bénéfique aux commerçantes. En effet, il leur arrive que des clientes, malgré la confiance en elles placée au départ, refusent de s'acquitter du paiement journalier convenu. A chaque pratique ses avantages et ses inconvénients, est-on tenté de dire !

Taag raogo et vie chère

Pour Mme Naré, Mme Wangrawa comme pour bon nombre de femmes à Ouagadougou, la pratique du taag raogo a pris de l'ampleur avec la vie chère au Burkina Faso. Si cette pratique se vit de plus en plus, c'est parce qu'avec la flambée des prix, nombre de commerçantes n'ont plus de facilité de ventes et les femmes sont incapables de s'acheter des produits au comptant. Au regard de tout ce qui précède, il est de toute évidence que le "taag raogo" reste une solution palliative parmi tant d'autres contre la vie chère et ce, malgré ce qu'il entraîne comme dommages. Nécessité fait loi, dira-t-on du taag raogo dans ce triste contexte de vie chère. Toutefois, pourquoi relève-t-il plus du vécu quotidien des femmes que des hommes ?

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