Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Marie-Hélène le Grand, designer : Empreintes d'une bio-créatrice

Marina Bellot

5 Septembre 2008


Installée au Sénégal depuis une dizaine d'années, la créatrice Marie-Hélène Le Grand a ouvert son show-room à Dakar il y a quatre mois. Encore peu connue dans la capitale sénégalaise, elle a participé à la dernière Biennale pour promouvoir ses créations, et s'apprête à présenter une nouvelle collection de bijoux en argent. Itinéraire.

Route de Ouakam. Une maison blanche et bleue au bout d'un chemin terreux. C'est ici que Marie-Hélène expose ses créations. On se demande quels hasards de la vie a bien pu mener à Dakar cet ancien mannequin à l'accent jet-set, aux yeux bleus délavés et aux cheveux blonds peroxydés. A 61 ans, Marie-Hélène fait partie de ces gens dont la vie se raconte comme un roman- d'aventure, en l'occurrence. Car cette petite fille de cap-hornier a 'le voyage dans le sang', comme elle se plaît à le répéter.

Alors, quand elle sent que sa carrière de mannequin est sur une pente déclinante, elle claque la porte avant qu'on ne la lui referme au nez, monte sa propre ligne de vêtements et prend la tangente. Direction la Scandinavie, qu'elle arpente pendant sept ans, à la recherche de clients. 'Un pays rigoriste. Une belle école', résume-t-elle. Mais cette fille du sud a besoin de soleil. Quand on lui propose de racheter sa boîte, elle n'hésite pas.

C'est au Mexique, dans les années 80, qu'elle prend un nouveau départ. Son but : ouvrir un 'lieu de méditation', aux portes de la jungle et aux pieds des ruines d'un temple maya. Deux ans d'investissement moral et financier balayés par un coup de vent. L'ouragan Gilberto qui frappe le pays en 1988 dévaste tout sur son passage. 'Je ne savais plus où j'étais, raconte Marie-Hélène.

Tout n'était plus que désolation, angoisse, dépression. J'avais deux choix : attendre et me laisser mourir, ou me remuer et m'en sortir. Petit à petit, les choses ont repris sens. Mais je n'ai plus jamais été la même'. L'ancienne pensionnaire éduquée chez les soeurs missionnaires a toujours eu la foi, mais depuis cet épisode, elle se sent 'connectée', dit-elle en montrant le ciel.

Quinze ans plus tard, c'est au Sénégal que ses aspirations trouvent écho. Celle qui, enfant, voulait être noire, se sent ici comme chez elle : 'J'ai trouvé en Afrique une force tellurique qui m'a littéralement scotchée.'

Ce que Gilberto avait détruit, elle le reconstruit sur la Petite Côte, où elle ouvre Mbegeel ( amour, en wolof). Avec toujours le même objectif : en faire un 'lieu pour l'esprit', dédié à la méditation et au bio. Nature, lumières, senteurs L'environnement nourrit sa créativité : 'l'esthétisme est partout'. Au bout de quatre ans, pourtant, elle décide de fermer Mbegeel pour rejoindre la capitale.

Le tourisme la déçoit. 'Les gens venaient de plus en plus pour le sexe et la fumette', raconte Marie-Hélène, qui se désole devant le spectacle de 'ces vieux blancs accompagnés de superbes gazelles'. Selon elle, l'essor de Saly a dénaturé 'son Sénégal', sauvage, authentique, préservé. 'On se croit à Paris !', s'exclame cette ancienne jet-setteuse.

A Dakar depuis quatre mois, elle se consacre entièrement à son show-room. Parures, vêtements, meubles : tout est réalisé à base de matériaux locaux : bois recyclé, zinc, tissu, pierres, cuir Les visiteurs sont sommés de se prêter à une séance d'essayage. Et l'on doit reconnaître que ce qui n'était qu'un objet exposé sur un totem prend étonnamment vie, une fois porté. 'Mes créations vont à tout le monde !', se pâme Marie-Hélène, pas peu fière de ce qu'elle considère comme 'une partie d'elle-même'.

Il faut dire que la créatrice met la main à la pâte : c'est elle qui fabrique les prototypes, avant de charger ses employés de réaliser les pièces destinées à l'export. Car l'essentiel de ses créations quitte Dakar pour Marseille, où sa fille gère un atelier. 'Pour l'instant, je ne vends pas du tout localement. Je fais vivre des gens, mais je ne vis pas moi-même', résume-t-elle, amère. Très vite, elle se reprend : 'Ici, tout s'arrange, tout est possible.

Les choses se font petit à petit, par bouche-à-oreille.' Quand on lui demande si elle compte rester, elle répond en souriant : 'Inch'Allah !' Mais, déjà, elle prévient : 'Je suis comme le lierre. Là où je m'accroche, je meurs.'

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