Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Moustapha Cissé Lô " Le limogeage de Farba Senghor est un signal fort pour les autorités "

Gabriel Barbier

5 Septembre 2008


interview

En marge du Magal des 'Deux rakkas', nous avons accroché le tonitruant député de Touba-Mosquée. Entre autres sujets, Moustapha Cissé Lô s'exprime sur les relations presse-pouvoir, le limogeage de Farba Senghor et sur le contexte économique difficile.

Quelle lecture faites-vous de la vive tension qui existe entre le pouvoir en place et la presse ?

Je conseille à tous les acteurs de revenir à de meilleurs sentiments. Aujourd'hui, le pouvoir ne peut pas se passer de la presse. Mais la presse est aussi obligée de compter avec le pouvoir. Donc, il faudrait quand-même créer des plages de convergence pour discuter des questions essentielles et informer juste pour l'intérêt du Sénégal et des Sénégalais. Je pense que c'est la meilleure solution pour sortir de cette crise.

Quand le pouvoir a pris, par le biais du Pds, des décisions au niveau d'un bureau politique ou autre pour parler d'une bataille contre la presse, j'avais condamné, en son temps, ces agissements irresponsables. Aujourd'hui, cela a conduit à des dérives ( ). Je pense que tout cela est regrettable. Dans un pays démocratique, certaines pratiques doivent être bannies. Surtout, s'il s'agit d'user de violence pour éliminer un adversaire.

Aujourd'hui, le limogeage du ministre Farba Senghor peut-il être perçu comme un signal fort ?

C'est un signal fort du président de la République et cela se justifie. Dans toute démocratie, quand on cite une personnalité dans des faits qui sont condamnables et qui doivent faire l'objet de poursuites, celle-ci doit être démise de ses fonctions. Donc, le président Wade l'a fait avec juste raison et nous apprécions. Ce que nous demandons, c'est que la justice dise le droit. Je ne pense pas qu'il y ait des intouchables dans un Etat de droit. Quand quelqu'un est fautif, il doit être poursuivi quel que soit son rang social.

Vous venez dans cette partie nord du pays dans un contexte difficile. Quels conseils donnez-vous aux Sénégalais ?

C'est un contexte économique mondial qui n'est pas favorable. En tant qu'opérateur économique, je pense que les Sénégalais doivent revoir leur copie et adopter d'autres habitudes alimentaires. Parce que dans la sous-région, la consommation du riz n'atteint pas le degré du Sénégal. Et pourtant dans d'autres pays, il y a de fortes densités de population comme au Mali et ailleurs. Mais ce sont des pays qui ne consomment pas beaucoup de riz.

Grâce à la Goana, le Sénégal est bien outillé désormais pour réussir l'autosuffisance alimentaire. Je ne pense pas qu'on puisse continuer à utiliser le riz comme on le fait actuellement parce qu'il y a d'autres céréales comme le niébé, le mil, le maïs qui émergent cette année.

Je pense donc qu'il faut aller vers une sensibilisation des populations pour qu'on consomme, dans notre pays, d'autres céréales au lieu de la forte consommation actuelle du riz. Le riz, deux à trois fois par jour, c'est inacceptable. Surtout que qualitativement, le riz n'est pas si riche que cela en termes de qualité nutritionnelle.

Sur le front politique, les élections locales se profilent à l'horizon. Quelle devrait être votre position ?

Ma position, elle est claire. Aujourd'hui, nous sommes dans un parti déchiré. Les gens ne parlent plus le même langage. Il n'y a pas de cohésion ni quelqu'un qui, à l'instar du président de la République dirige et anime le parti. Donc, nous allons vers des élections locales. Ce sont des problèmes de localité et chacun a sa responsabilité à assumer.

Donc, j'entends diriger une liste de la Convergence libérale citoyenne pour briguer le Conseil Régional de Diourbel. Et, dans toutes les communautés rurales de la région, je me verrai obligé d'encadrer ceux qui sont proches de moi pour qu'ils dirigent des listes en vue de conquérir ces localités.

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