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Bénin: BÉNIN - « Grâce à la radio, j'ai compris que mes employées étaient mortes du sida »

5 Septembre 2008


Hilacondji — Lorsque ses employées ont commencé à tomber malade, puis mourir, Claudine*, propriétaire d'un petit restaurant à Hilacondji, ville frontière entre le Bénin et le Togo, a d'abord cru que des concurrentes jalouses lui avaient jeté un sort. Mais des émissions radio sur le VIH/SIDA lui ont ouvert les yeux.

En 2007, en l'espace de huit mois, trois employées du maquis (petit restaurant) de Claudine, toutes originaires de villages environnants, sont décédées, les unes après les autres. Elle a raconté son histoire à IRIN/PlusNews.

« La première [a commencé à tomber] régulièrement malade. Lorsque son cas est devenu grave, elle s'est rendue au village. Quelques jours après, on m'a appris sa mort. Puis quelques mois après, une autre [est tombée] malade aussi, [on] a vu son cas s'aggraver. Les médicaments et les soins ordinaires n'ont rien pu. Elle a succombé à sa maladie ».

« Chaque fois que je cherchais à comprendre la mort d'une [de mes employées], j'enregistrais un autre décès. C'est dans ce contexte que j'ai perdu la troisième ».

« Les gens m'ont prise pour une sorcière. Beaucoup ont raconté que je tuais [mes employées] en guise de sacrifice pour pouvoir faire fructifier mon commerce. J'ai eu beaucoup de soucis à l'époque ».

« A un certain moment, j'ai fini par me dire qu'il s'agissait tout simplement de manà "uvres de mes concurrentes qui tentaient de [me saper le] moral au point de me pousser à abandonner cette activité ».

« Malgré le découragement, j'ai tenu le coup. Pour me [remonter le moral], je passais toute ma journée à écouter les émissions diffusées par la radio RTDS [Radio et télévision Delta Santé, une radio togolaise captée également dans la zone d'Hilacondji, au Bénin] ».

« Il y avait beaucoup d'émissions qui passaient sur le sida, sur les comportements à avoir et les dangers auxquels s'exposent ceux qui ne respecteraient pas les conseils. Au départ, je suivais ces émissions passivement, puis avec le temps, je me suis mise à sérieusement réfléchir sur les messages qu'elles transmettaient et à y voir des liens avec ce qui était arrivé aux filles décédées, car [mes employées] présentaient les mêmes symptômes ».

« C'est ainsi que, grâce à la radio, j'ai compris que mes employées étaient mortes du sida. Notre zone [frontalière] est dangereuse. Il y a beaucoup de travailleuses du sexe et les hommes couchent avec elles sans se préserver, ils [n'arrêtent pas] de coucher avec les femmes ».

« N'ayant aucune information [auparavant] sur la maladie, je ne voyais pas de mal à ce que les hommes viennent chercher les filles que j'avais engagées, [lorsqu'elles avaient fini] leur travail. Elles se laissaient aussi aller à leurs avances et faisaient l'amour avec eux, certainement sans précautions ».

« Aujourd'hui, je fais tout pour sauver les autres filles. Dès que j'ai su de quoi les autres étaient mortes, j'ai construit chez moi un petit bâtiment sur un espace encore vide dans ma concession [pour pouvoir] toutes les héberger ».

« A la fin de la journée [de travail], elles n'ont plus la [possibilité] de partir avec un homme. Elles sont avec moi, à la maison, sous mon contrôle. Depuis, je n'ai plus enregistré de maladies fréquentes, encore moins des cas de décès ».

« Je leur ai même imposé de suivre les émissions diffusées à la radio sur le sida et ses ravages. Elles ont aussi pris conscience de l'enjeu et parlent elles-mêmes du sida autour d'elles. C'est de cette façon que j'ai [géré] le problème ».

* Un nom d'emprunt

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