La Presse (Tunis)

Tunisie: Fahd Ben Khalfallah-«Je suis là pour gagner!»

Sami Akrimi

6 Septembre 2008


interview

A une époque où la communication était interdite en équipe nationale, on en a fait un renégat, un déserteur. Jeté en pâture à une presse frustrée et en colère; jugé et condamné sans aucune circonstance atténuante. Par contumace car l'homme n'a même pas eu droit à une défense.

Ben Khalfallah : "L'important, c'est de franchir le cap et de se qualifier pour le Mondial"

En 1999, le «petit Ribéry», comme le surnomme le président d'Angers, avait 17 ans. Il jouait en CFA 2 et hésitait entre la fac d'économie et la filière Staps. Pas de projet de carrière pro. En 2005-2006 puis en 2006-2007, il portait les couleurs du Stade Lavallois, en Ligue 2 puis en National, avant de rejoindre Angers. Désormais titulaire d'un diplôme universitaire en gestion des organisations sportives, Fahid (il n'aime pas qu'on l'appelle Fahd) connaît tous les bonheurs à la fois : Caen (en attendant mieux et plus) et l'équipe de Tunisie pour la grande fierté de ses parents (retraités), ses oncles et ses cousins.

«Vexés» par sa première dérobade, les Tunisiens attendent beaucoup de lui.

Franchement, ça vous fait quoi d'être là?

Super content car j'ai très bien réfléchi ces derniers mois. C'est ce que je voulais. Vous savez, à partir du moment où on entame une carrière professionnelle, l'objectif naturel devient l'accès à l'équipe nationale. Le moment était venu pour moi, à la grande fierté de mes parents qui sont fous de joie. Ceci pour le côté sentimental. Sur le plan sportif, je suis là pour gagner.

Pourquoi le cacher, votre arrivée s'est faite dans la douleur avec en prime une petite polémique provoquée par un premier refus de votre part ?

Cela s'est passé avant la fin de l'année dernière et j'étais à un moment important de ma carrière. Les pistes de Marseille et surtout de Saint-Etienne étaient chaudes. Cela ne s'est en définitive pas fait et c'est tant mieux ainsi car certains me voulaient à Saint-Etienne, d'autres pas.

Or, c'est important pour un joueur d'être aimé et désiré. Les grands clubs, ce n'est pas toujours facile facile.

Revenons à la polémique

Pourquoi insister, ce n'était tout simplement pas le bon moment. Angers, mon club de l'époque, était 3e, la piste Saint-Etienne toute chaude ?

C'était pas que je ne voulais pas venir. Je ne pouvais pas. La preuve de ma bonne volonté? Il n'a pas fallu plus de dix minutes de téléphone pour que je réponde à l'appel de Coelho.

Vous débarquez dans une équipe en pleine restructuration. C'est un avantage ou alors un inconvénient?

Cela ne peut pas être un handicap. Une nouvelle équipe, c'est beaucoup d'ambition et de fraîcheur. En ce qui me concerne, le sélectionneur m'a clairement signifié qu'il comptait sur moi. Ce n'est pas plus mal que je débarque au début d'une nouvelle aventure.

On attend d'ores et déjà beaucoup de vous ?

J'aime ça et ça ne me fait pas peur. Un professionnel, ça joue et ça vit pour vivre de grosses émotions et pour connaître la pression. J'ai hâte que ça commence!

Cette équipe de Tunisie manque d'un meneur de jeu. Nous savons que vous êtes polyvalent mais vous êtes un peu là pour tirer les ficelles du jeu ?

Peu importe où me placera le sélectionneur, même si j'ai l'habitude d'évoluer sur le couloir droit tant à Angers qu'à Caen. Mais j'aime aussi évoluer derrière les attaquants. L'important pour moi, c'est de toucher le maximum de ballons. Le système, je n'y crois pas trop, ce sont les joueurs qui le font.

Parlez-nous un peu de la qualité de ce groupe ?

Je n'apporterais rien de nouveau si je vous disais que la qualité première du joueur tunisien en particulier et maghrébin en général, c'est la technique. Le groupe actuel a peut-être moins d'expérience que celui précédent mais il compense ce manque par la présence des éléments évoluant à l'étranger.

Premier match et premier grand challenge pour vous. Et c'est génial. Le football, c'est la pression, la tension et l'obligation de résultat.

C'est aussi exaltant de savoir que tout un pays est derrière vous et qu'il dépend de vous.

Quand on est professionnel, on vous apprend que le résultat vient avant le jeu, même si le résultat ne peut venir qu'avec le jeu.

A Ouagadougou, il faut gagner!

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